Impressionnant
repas que celui-ci dans cet établissement où je n’aurais jamais pensé découvrir
autant d’idées dans les assiettes. Le chef Raúl Sierra, propriétaire de son
établissement est l’architecte de l’une des promesses gastronomiques les plus
élégantes de Grenade. En dehors du circuit touristique et un peu caché, aucun
risque d’être au milieu de personnes arrivées par hasard dans cet endroit ou
est servie une cuisine d’auteur servie dans un lieu loin de l’agitation du
Centre.

À tel point
que même le Guide Michelin, le plus prestigieux de la gastronomie au
monde, a remarqué son travail et l’a reconnu en 2020 comme l’un des trois
restaurants 'Bib Gourmand' de la province. Ce prix distingue les établissements
présentant le meilleur rapport qualité/prix sur le territoire
national. « Avec un clin d’œil à d’autres pays, il exalte les saveurs
andalouses des techniques actuelles », explique le prestigieux manuel
culinaire. Ce n’est pas une étoile, mais elle brille tout de même et cela ne
devrait pas trop tarder au vu de la prestation reçue avec cette cuisine moderne
préparée avec des produits locaux.
Une salle
en longueur décorée dans un style assez épuré, contemporain, avec une
possibilité de manger soit au comptoir soit à l’une des tables en bois. Le
service est particulièrement attentif et l’on sent immédiatement le côté très
motivé de l’équipe en salle.
A la
lecture de ce « menu dégustation » on est tout de suite intrigué par
ce que seront ces assiettes car les ingrédients mentionnés ou associations sont
plutôt inhabituels, ce qui est de bonne augure. On sait que cet établissement
offre une cuisine très changeante, de saison, avec des mélanges de saveurs,
dans laquelle l’émotion est entrelacée avec la technique, et beaucoup de
respect pour le métier et les produits.

Déjà une
première « claque » avec cette huitre au kiwi piment jalapenos et
salicorne. Souvent on ajoute un peu n’importe quoi sur une huitre, entre les
sauces japonaises devenues lassantes, le « bling bling » dess
produits de luxe comme le caviar et je ne sais quelle autre association
inspirée des ceviche ou autre influences asiatiques… Que nenni, voici quelque
chose de réellement audacieux, parfaitement équilibré, préservant la saveur du
crustacé mais en y ajoutant beaucoup de fraicheur avec une pointe épicée ou
plutôt pimentée, en additionnant une autre saveur marine avec la salicorne. Je
n’aurais jamais pensé à associer ce fruit avec de l’huitre, c’est vraiment
magnifique !

Et cela ne
fait que démarrer ! Le dressage est aussi assez exceptionnel avec ici
cette tartelette de rillettes de lapin croustillantes, shimeji et piparras en
pickle, demi-glacé au citron. Un visuel parfait, une texture de la terrine ou
rillettes maitrisée, cette sauce qui complète parfaitement avec ce petit côté
un peu acidulé. A noter aussi que la vaisselle apporte une touche
supplémentaire à l’esthétique du plat.

Autre surprenante
et délicieuse assiette que ce granité de tomate de Grenade nixtamalisé, œufs de
poisson de maruca, vanille, poudre glacée au raifort et consommé de poisson salé.
La nixtamalisation est une technique culinaire d’Amérique centrale
ancestrale mais bien futée, qui permet de pouvoir bien digérer et profiter de
tout le contenu nutritionnel du maïs, maintenant, aucune idée de ce que cela
signifie pour des tomates… Pour les œufs, comme son nom l'indique, il est
obtenu à partir du poisson connu sous le nom de Maruca ou Rosada, une sorte de
poisson gadiforme de l'océan Atlantique qui vit dans les eaux profondes et
rocheuses. Ses œufs sont exquis, différents de ceux des autres poissons par
leur consistance, leur douceur et leur saveur. Ils ont une texture assez
charnue mais tendre, contrairement aux œufs d'autres poissons qui sont plus
caoutchouteux. Sa saveur conserve le goût du poisson salé, sans camoufler les
saveurs originales de la mer. Le consommé étant ensuite versé au dernier
instant.


Des
haricots verts fumés au grill kamado avec des kokotxas, une sauce pil-pil à
base de volaille, des sphèrs d’olives à la manzanilla, et agretti. Encore un
plat mémorable pour sa saveur et son originalité car ce n’est pas des kokotxas
de plus…souvent cuisinée de manière très classiques avec la recette de base du
Pays Basque. Ici on a aussi cette agretti qui est une plante succulente
(amatrice des milieux arides et salés) dont la tige produit de longue feuilles
vertes (et parfois rouges), quelques amandes toastées, une sphère parfumée
pour l’olive, ce plat est toujours aussi magnifique.
A nouveau
très impressionné par ce mélange de légumes frais et fermentés de la mer et de
la montagne, associés à un pesto d’ail des ours. C’est d’une incroyable
fraicheur, inventif, révolutionnaire dans les saveurs. Vraiment du grand
travail.
Un superbe
poisson avec la lotte marinée avec des olives noires et de la réglisse,
nouilles de panais siciliens, et texture de jambon. C’est juste cuit à la
perfection, la lotte est moelleuse, la sauce très bien équilibrée, le dressage
méticuleux. Un poisson parfaitement préparé.
Le plat
principal est tout aussi exceptionnel avec ce magret de canard mariné dans une
huile d’herbes, champignons de printemps, maïs et sauce au vermouth blanc et
poivre noir. On y trouvera aussi des petits tronçons de maïs et de la truffe en
lamelles.
Quelques
fromages locaux pour compléter ce menu.
Le dessert
sera tout aussi magnifique avec ces influences mauresques, appelé, Rêves de l’Alhambra,
Hibiscus, pomme, pistache, thé vert, noix tigre, fleur d’oranger et chocolat
blanc. A nouveau une agrégation parfaite entre les textures, les saveurs, le
sucré et l’acidité.
La carte
des vins est elle aussi superbe et nous reprendrons pour commencer un vin de la
Bodegas Cota 45, un UBE de ubérrina El Reventon Tosca Cerrada 2022. Ramiro
Ibáñez est le nom du vigneron hors pair de Jerez. Le nom de son domaine fait
référence aux 45 mètres au-dessus du niveau de la mer, le point où il considère
que l'on peut trouver les meilleurs sols d'Albariza, terroir idéal pour le
palomino. Cette cuvée est élaborée à partir de vieilles vignes de palomino,
dans un style semblable au Xeres, favorisant des arômes fins et délicats
oxydatifs tirant vers la noix, la poire, les agrumes et les épices.
Puis un
verre de Syrah 2021 Mendez Moya. Au nez c’est une explosion de délicieux fruits
rouges, framboises douces, fraises, cerises juteuses, mais aussi de légers
souvenirs floraux comme les lilas. Cependant, les plus frappants sont ses
arômes secondaires intenses, lactiques, yaourts à la fraise, assaisonnés de
touches douces de cannelle sucrée qui invitent à boire.
On ne peut
pas en rester la…et cela sera avec le dessert un Amontillado Contrabandista
Valdespino, il s'agit d'un Medium Dry peu sucré. Il est élaboré à partir
du mélange de Palomino et d'un élevage mixte (biologique et oxydatif), auquel
s'ajoute une touche de Pedro Ximénez.
Quel mémorable
et magnifique repas qui va bien au-delà de nos espérances. Il y en a bien des
tables de Barcelone avec un macaron qui n’arrivent pas à la cheville de cet
établissement… il n’y a pas de place ici pour la déception : proximité, attitude,
étonnement et émotion, une remarquable table à absolument découvrir.