lundi 4 mai 2026

San Kil, Barcelone

 

Dans la série des tables coréennes, il m’a semblé que San Kill se positionnait très différemment des autres tables de ce pays.


Fondé en 1993, San Kil est un établissement bien établi dans le quartier de Gracia qui, désormais, sous la direction de la deuxième génération, fusionne la cuisine coréenne et catalane.


Situé un peu à l’écart de l’agitation des places, où les bars exposent d’immenses terrasses pour que les gens puissent en profiter, il faut se rendre dans une rue pas forcément des plus passante et trouver cette adresse derrière une entrée pas forcément des plus clinquante. Cette table est ouverte depuis de nombreuses années et fût gérée par plusieurs générations de cuisiniers bien entendus de la même famille.


Le chef s’appelle Kiwon Kim Lee et il faut admettre que récemment il y a eu un certain buzz sur son établissement. Justifié ? Je ne sais pas vraiment. Il faut savoir qu’avant de rependre cet établissement, le chef est passé chez ABaC, Azurmendi et Disfrutar. C’est donc pour également ces raisons que l’on en a tant parlé. Maintenant est-ce que cela signifie que l’on va atteindre des niveaux tels que ces restaurants ? A voir.


La salle n’est pas des plus attirante, c’est avant tout pour manger que l’on vient ici. Quelques estampes coréennes sur les murs, tables et chaise en bois sans charme particulier, mais c’est tout à fait ce que l’on trouve souvent dans des restaurants asiatiques traditionnels, coréens ou autres.

En fait la carte combine des classiques coréens avec des réinterprétations, des adaptations liées aux précédentes expériences du chef. Certains plats on des énoncés qui rappellent grandement la cuisine catalane et d’autres sont de traditionnels plats. On choisit donc selon ses envies de manger un peu moderne ou non.

Nous prendrons pour commencer un banchan. Les banchan incarnent l’hospitalité coréenne : ils sont faits pour être partagés, renouvelés gratuitement dans la plupart des restaurants, et apportent variété, équilibre nutritionnel et convivialité au repas. Ils permettent d’intégrer légumes, aliments fermentés, protéines légères, et de jouer sur les textures et les saveurs. Maintenant ici c’est tout bonnement payant, ce qui n’est pas toujours le cas dans les autres restaurants coréens.  On y trouvera bien sur du Kimchi (김치) — légumes fermentés épicés, pilier incontournable du repas coréen, du Namul (나물) — légumes blanchis, sautés ou marinés, souvent à l’huile de sésame, cornichons et aubergines.


Du Dakgangjeong ou poulet frit coréen. Le Dakgangjeong est un plat Coréen qu'on trouve très souvent en street-food, et c'est du poulet frit en deux fois et qui est enduit ensuite dans une sauce aigre douce, épicée, épaisse qui va enrober agréablement et délicieusement le poulet. Ici il est mentionné l’utilisation de praline, ou amande confite ou caramélisée, chouchou, qui est un bonbon constitué d'une amande, ou plus rarement d'une noisette ou d'une cacahuète, rissolée dans du sucre cuit, lequel peut être teinté et parfumé de diverses manières. Servi avec une salade de chou et yaourt. Pas forcément le meilleur que j’aie mangé, finalement un goût un peu de kechup….puis est-ce que cette salade de type américaine a un sens ?


Des Mandu farçis au magret de canard, champignons shiitake et pâtes aux patates douces. Les mandu, également appelés « mandoo » ou « mandou » (만두 en coréen), sont des raviolis qui occupent une place de choix dans la gastronomie coréenne. Leur histoire remonte au 14ème siècle, lorsqu'ils auraient été introduits en Corée par les Mongols de la dynastie Yuan. Ils sont d’apparence bien dorés mais manquent singulièrement de saveur.


Je prends un Buldak ramen qui est soi-disant très piquant, avec des poivrons, de la saucisse, des tomates cerises et de l’œuf frit. La sensation coréenne qui a surpris le Japon, enflammant une fièvre ardente dans le cœur (et la bouche) des amateurs de ramen à travers le monde. Le ramen, originaire de Chine mais largement popularisé au Japon, a subi de nombreuses transformations au fil des ans. Des bouillons classiques miso et shoyu aux variétés plus contemporaines de tonkotsu et tantanmen, le ramen est devenu une toile culinaire pour l'expérimentation et l'innovation. Cependant, au milieu de cette myriade de saveurs, le Buldak Ramen est apparu comme un phare de piquant, remettant en question les notions traditionnelles de ce que le ramen pourrait être. Je n’avais pas réalisé c’est que c’est aussi une gamme de préparations de nouilles instantanées assaisonnées commercialisée depuis 2012 par la marque sud-coréenne Samyang Foods, et je ne suis pas amateur de ce genre de nouilles. Il faut aimer la texture de ces pâtes, la sauce a tout de même un côté assez édulcoré et sans finesse. Algues séchées, graines de sésame, œuf frit. Ces bouts de saucisses n’amènent rien a part de la lourdeur et de plus sont locales.



Un dessert plus original avec un flan au miso et au dulce de leche. Texture assez “sur l’oeuf” qui manque un peu de crémeux, le miso est léger.


Un vin rouge avec un Clot dels oms du Penédes de la Bodega Ca N’Estella 2022.


Expérience un peu mitigée, peut-être un mauvais choix des plats ? En tout cas ce que nous avons mangé ne nous a pas fortement impressionné et on peut se demander pourquoi tant de buzz.

dimanche 3 mai 2026

La Rovira, Barcelone

 

Le quartier de Gràcia a toujours été l’un de mes préférés pour boire quelques bières et dîner dans l’un des nombreux restaurants proposant de la cuisine étrangère ou non… qui peuplent le quartier. Première visite à La Rovira dans ce très sympathique bar pour prendre un verre avant de dîner et même pour y prendre quelques tapas si on en a envie.


Un bar au caractère local et authentique, qui célèbre cette année ses 10 ans en proposant de bonnes bières et une atmosphère propre, fidèle à l’esprit de Gràcia. Avec un large choix de bières artisanales, on ne peut qu’y trouver son bon bonheur.

Le design de ce lieu est particulièrement soigné avec aussi bien un comptoir que des tables, tout ceci dans un jeu de lumières vraiment bien étudié pour conférer une ambiance finalement presqu’intime malgré la foule.


Le choix de ces bières artisanales qui varient au fil du temps sont documentées sur de petites ardoises en dessus de ce comptoir.


De beaux objets de décoration comme par exemple ce magnifique juke-box qui est un Würlitzer que tout amateur appréciera.


Des meubles d’antiquaires un peu partout, un vieux frigo, c’est vraiment très cosy.



Bonne bière de la maison et de superbes olives avec une sauce elle aussi réalisée sur place.




vendredi 1 mai 2026

Bodega Josefa, Barcelone

 

L’endroit dont tout le monde parle en ce moment, la traditionnelle Bodega Josefa du quartier El Putxet/El Farró, qui est un lieu un peu légendaire de l’ancien Barcelone qui fût fermée un certain temps et qui vient de rouvrir en mars/avril, revêt une signification culturelle particulière. Le retour de ce lieu, dans le quartier d'El Putxet, s'inscrit dans ce mouvement de plus en plus visible qui cherche à faire revivre une conception de la gastronomie liée à la terre, aux produits du terroir et, surtout, à la vie du quartier.


Il ne s'agit pas simplement de nostalgie car il existe une forte demande pour ce genre d’établissement qui a tendance à disparaitre, remplacé par des bars et bistrots sans âme où l’offre de restauration est souvent d’une affligeante banalité, brunch et autres propositions de restauration internationale, même des chaines de restauration. La Bodega Josef se positionnant comme un lieu qui se tourne vers le passé sans y rester figé.


Réouverte début mars, c’est quasiment plein tous les jours et il faut savoir qu’il n’y a pas de réservation, donc il faut soit être chanceux, soit venir plutôt que d’accoutumée en tout cas pour les repas du soir.


Cette bodega date de 1930, et a conservé son intérieur d’origine avec très peu de modifications. A l’origine c’était un véritable trésor de la Barcelone traditionnelle, où la passion du football se mêlait à la saveur de la cuisine maison.


Sous la direction gastronomique d'Oriol Lagé, cette réouverture réhabilite la taberna historique en alliant tradition catalane et cuisine moderne, tout en conservant l'âme authentique du lieu, notamment ses grands tonneaux de vermut, la porte vitrée, le bar en marbre, le porte-bouteilles avec des détails d’armoire et le support des anciennes bottes. Les décombres ou déchets ont été enlevés ; restauré la peinture d’origine et quelques meubles.


Tout semble avoir été là depuis des générations sans avoir été transformé ou si peu. Un décor presqu’imaginable en 2026.


La gestion de la salle est dirigée par Santi Olivella, sommelier et barman avec plus de 25 ans d’expérience dans tous les aspects du service. On retrouvera également l’épatante et passionnée jeune sommelière Carla Viladric que nous avions eu à l’époque chez MAE !



C’est parti pour des Bravas Josefa qui sont en réalité plus des frites sur lesquelles l’on trouvera un léger aïoli et un peu d’huile pimentée.


Les croquettes de rôti comme l’on dit ici. Les croquetas de rostit (croquettes de rôti) sont des tapas, très populaires en Catalogne, fabriquées à partir des restes de viandes rôties lentement (poulet, porc, veau) émiettées dans une béchamel crémeuse. Ces croquettes croustillantes à l'extérieur et fondantes à l'intérieur sont une cuisine d'assemblage traditionnelle.


Mention particulière pour les coques en sauce verte ; car le sauce est vraiment délicieuse.


Une morralla qui est un terme espagnol désignant principalement un mélange de petits poissons de roche et de déchets de pêche, très utilisé pour préparer des bouillons de poisson (fumets) intenses pour les paellas et soupes. Souvent des petits poissons variés (serrans, girelles, rascasses, etc.). Ici il s’agit d’une friture où l’on mange tout.


Une étrange version que ces « Pilota » ou boulettes stroganoff et patates frites. Déjà les « pilotes » (ou pilototes) de Minorque sont des boulettes de viande traditionnelles, cousins des albondigas espagnoles, mijotées dans une sauce tomate à l'ail et au persil. Plat convivial et familial, elles sont souvent préparées avec de la viande de veau et constituent une recette simple, transmise de génération en génération. Ensuite le bœuf Stroganoff (ou Stroganov) est un plat emblématique d'origine russe, créé au XIXe siècle, composé de fines lanières de bœuf saisies, de champignons et d'oignons, le tout nappé d'une sauce onctueuse à la crème fraîche, au paprika et à la moutarde. Bref…ce sont des boulettes normalement avec cette sauce qui a presque disparu de l’industrie hôtelière et qui est préparée ici avec de la moutarde, de la crème aigre et du vin blanc.  L’idée étant de catalaniser les boulettes strogonoff, dans ce cas en utilisant une escudella pilota, faite avec du porc haché et du bœuf mélangés, de l’ail, du persil, du sel et du poivre. Pas de pain mais de la fécule de maïs pour amalgamer le tout.


Le flan de rafa à la crème fouettée, avec bien dur des œufs, du lait condensé et aussi crème. Probablement l’un des meilleurs flans en ville.


Aussi un xuixo tout a fait classique.


Elle reste une bodega de quartier traditionnelle, axée sur les vermuts et les tapas, avec un respect pour la cuisine de produit. La réouverture de la Bodega Josefa symbolise bien plus que la récupération d’un local historique : elle représente le désir de redonner vie à un modèle restaurant profondément lié à l’identité de Barcelone.

mardi 28 avril 2026

Santamadre, Barcelone

 

Une adresse trouvée grâce a mes contacts qui s’avère être peut-être être en dehors des sentiers battus et qui se situe dans le quartier de Sants-Montjuic.  Avant tout une adresse pour les tapas, les produits de la mer et les viandes.


Une adresse qui travaille en étroite collaboration avec les fournisseurs locaux et qui sélectionne soigneusement les ingrédients les plus frais et de meilleure qualité.


Pas vraiment de stratégie de communication, pas de site officiel et pas de mise en avant du chef. C’est un restaurant de quartier probablement tenus par un couple ou une petite équipe qui ne cherche pas forcément la médiatisation et qui existe déjà depuis plusieurs années.


Ce qui n’empêche pas en cherchant bien que l’on découvre que peut-être récemment un nouveau chef est arrivé du nom de Ferran Bernes préalablement à l’Hospitalet de Lobregat au El Raco d’En Toni. Un chef inspiré par l’Andalousie et ses produits, qui fût chef pendant plusieurs années dans des restaurants étoilés Michelin et de haute cuisine comme par exemple en tant que chef de partie au restaurant choco de Kisko Garcia. On s’aperçoit que dès à présent que le niveau a augmenté et que les assiettes sont devenues moins conventionnelles que par le passé.


L’établissement possède une terrasse dans la rue, abritée mais ouverte que par beau temps. C’est évidemment à l’intérieur que nous nous rendons.


Une salle assez conventionnelle avec des murs de briques apparentes, des tableaux,  des tables hautes ou basse, un accueil charmant. Les tables du fond de la salle ont des chaises confortables autour de tables joliment dressées.

Comme nous sommes dans un restaurant proposant une belle sélection de produits de la mer, ceux-ci sont exposés dans la vitrine réfrigérée du bar. Huitres, Saint-Jacques, crevettes rouges, couteaux et palourdes.


Ici de superbes « canyuts » en Catalan ou ce que l’on peut aussi appeler petits couteaux du Delta, nettement supérieurs aux couteaux traditionnels. Bien entendu rares, de ce Delta de l’Ebre, beaucoup plus fins en bouche car nettement moins caoutchouteux, ils seront servis comme il se doit, cuits à la plancha avec un peu de sauce type persillade avec de l’ail.


Un plat original avec ce tartare de thon rouge avec une gelée de Michelada et une glace à la tomate. On se rappellera que la Michelada est un cocktail mexicain rafraîchissant à base de bière, souvent décrit comme une version épicée et relevée, idéale pour l'apéro ou en guise de remède de lendemain de veille. Elle se compose principalement de bière blonde, de jus de citron vert, de sel, et de sauces assaisonnantes (sauce anglaise, Maggi, Tabasco), ici sous forme de gelée.


D’excellents artichauds confits cuits dans l’huile d’olive de nombreuses heures. Les artichauts à la Montillana (alcachofas a la montillana) sont une recette traditionnelle andalouse, originaire de la province de Cordoue. Ils consistent en des cœurs d'artichauts mijotés dans une sauce à base d'ail, d'oignon, de jambon ibérique haché et de vin blanc Montilla-Moriles, souvent épaissie avec un peu de fécule.


Les calamars farçis sont une délicieuse interprétation qui leur est propre d'un plat terre et mer : farcis de saucisse de Perol, cuits à basse température, parfumés à l'huile de romarin et servis avec leur propre sauce à l'encre de seiche.


Comme dessert une traditionnelle Torrija accompagné d’une glace vanille, ici parfaitement réalisée car avec un beau croustillant.


J’apprécierai le soufflé de noisette agramunt avec une glace au nougat ou plutôt turron. Les noisettes d'Agramunt sont le composant principal du Torró d'Agramunt, un nougat traditionnel espagnol (Catalogne) bénéficiant d'une IGP. Coulant, préparé à la minute.



On aura pu observer une passion pour les produits d’Andalousie, cela sera comme vin un Forlong Mon Amour 2021 Balbaina Alta. Un vin blanc de Palomino sur l’albariza, issu de vignoble au cœur du Pago de Balbaina, dans la municipalité d’El Puerto de Santa María. Le Forlong Mon Amour est un blanc fermenté dans des fûts de chêne français et vieilli longtemps sur lies pendant environ 10 mois. Le résultat est, comme certains critiques nationaux l’ont déjà défini, un Leflaive andalous, en claire allusion à l’un des grands blancs de Bourgogne. 


La probable arrivée du nouveau chef a sans aucun doute donné un élan de la cuisine proposée dans ce restaurant, recherchant les meilleurs produits aussi bien locaux que ceux d’Andalousie, les recettes parfois sont influencées par certains produits comme l’utilisation du Jerez ou du thon Almadraba, Indéniablement une belle table qui ravira celles et ceux qui recherchent de la maitrise culinaire des saveurs d’autres régions d’Espagne.

dimanche 26 avril 2026

Mineral, Barcelone

 

Ouverture cette semaine de la table d’Oliver Peña dans l’Eixample non loin du Mercat del Ninot. On se remémore qu’Oliver formé chez El Bulli était le chef du Teatro Kitchen & Bar qui eut fermé en fin d’année passée et qui se lança dans un projet des plus personnel.


Oliver Peña est donc un chef catalan reconnu pour sa cuisine créative, son parcours dans la haute gastronomie et son style très technique mais lisible, centré sur le produit. Pas d’effets de mode, pas de caviar dans sa cuisine (comme l’autre ex-Bulli qui ne semble que se focaliser là-dessus), juste une cuisine sincère imaginée quotidiennement en fonction des saisons et des arrivages.


Passé aussi chez 41º Experience et Enigma, ce chef qualifie sa cuisine de Catalane moderne, je pense que cela va bien au-delà de cela.


Il est entre autres accompagné de Cristina Losada qui fût auparavant l’un des éléments clé de chez Enigma, le restaurant renommé d’Albert Adrià. Elle eut fait partie de l’équipe cuisine et salle à manger du restaurant, travaillant avec des personnalités telles qu’Oliver. Aujourd’hui, également propriétaire du restaurant, elle s’occupe de la salle et en est aussi la sommelière.


Bien situé car non loin du Mercat del Ninot et avec d’autres adresses réputées telles que Disfrutar ou SIPS pour les cocktails, la devanture ne nous indique pas (encore) le nom du restaurant. Bien entendu on ne viendra pas ici par hasard et les réservations se font pour deux tranches d’horaires, tôt ou tard dans la soirée.


L’intérieur rappelle étonnement un peu Direkte, et par un pur hasard, Arnau Muñío est en train de dîner ce soir. Un long comptoir, la cuisine devant, des chaises confortables pour assister la brigade et observer cuissons et dressages de plats.


Pas de menu de dégustation mais une carte très variée avec des plats très attirants et l’on remarquera avec bonheur, un certain nombre d’assiettes axées sur les légumes. A relever car plutôt rare à Barcelone et ceux-ci proviennent de l’excellente maison Can Fisas.


Quelques bouchées assez dans le style des précédents établissements du chef comme cette délicieuse Coca de civet.  C’est à l’origine une pâtisserie traditionnelle du Pays catalan (Pyrénées-Orientales, Catalogne, Valence), se présentant généralement sous forme de brioche ovale, moelleuse et parfumée, souvent garnie de manière sucrée mais ici c’est complètement repensé car ce n’est pas une brioche mais une coquille de pâte croustillante. La coca de civet est un plat emblématique qui associe la traditionnelle coca catalane à un ragoût de gibier riche et savoureux, caractérisé par des saveurs intenses et terreuses, souvent rehaussées de notes minérales apportées par des ingrédients comme la courge nixtamalisée ou la réduction de civette. Cette préparation originale est un choix prisé pour les menus de saison célébrant généralement les saveurs de l'automne. Sur le dessus une touche vinaigrée avec des légumes marinés, une caractéristique de la cuisine d’Oliver, contraster les assiettes avec une pointe d’acidité pour donne un coup de fouet en bouche.


Une merveilleuse salade de tomates et algues fraiches. Tomates en deux déclinaisons, confites et sucrées ou crues. Une biscote parfumée et cette magnifique sauce à base entre autres de codium qui désigne un genre d'algues vertes siphonées, connues sous le nom de « truffe de la mer » ou « alga percebe » en raison de leur goût iodé rappelant le crustacé.


Autre bouchée avec le Choux Toro qui et fait une pâte a chou dans laquelle se trouve une préparation à base je crois d’une mayonnaise mais très allégée, sur le dessus de fines lamelles de ventrèche de thon rouge Balfego et une fine lamelle de gingembre provenant d’un agriculteur japonais de Girone. Une bouchée de grande finesse avec ce thon rouge, issu d'une entreprise familiale espagnole, est une référence mondiale du thon rouge de Méditerranée (Thunnus thynnus), réputé pour sa qualité gastronomique et sa pêche durable.


Autre plat de légume avec de la courge moelleuse, une sauce romesco verte et betteraves. Une sauce romesco verte est une variante fraîche et herbacée de la célèbre sauce catalane, idéale avec des légumes grillés (asperges, calçots), du poisson ou en trempette. Elle remplace les poivrons rouges par des herbes fraîches, tout en gardant la base onctueuse d'amandes/noisettes, d'ail, de pain et d'huile d'olive, mixés pour une consistance lisse. Quelques pignons et la betterave en julienne légèrement vinaigrée.


Des sublimes artichauts cuits à la braise accompagnés d’une sauce de yoghourt et une poudre d’olives. Cela se mange dans une feuille de salade comme un tacos. On ne peut s’empêcher de penser un peu à la cuisine de Yotam Ottolenghi pour les deux dernières assiettes.


Un poisson étant du maquereau, semi-cuit, découpé en tronçons, jambon, et tomates de penjar. La tomate de penjar (tomate suspendue) est une variété autochtone de Catalogne, des Baléares et de Castellón, réputée pour sa capacité à se conserver naturellement suspendue à des ficelles après la récolte estivale. Petites, à la peau épaisse, à la chair abondante et à la saveur intense, elles sont idéales pour le traditionnel « pa amb tomàquet » (pain à la tomate) ou comme ici en base avec un peu d’huile d’olive.


Autre produits de la mer avec de la ventrêche de thon toujours rouge et Balfego mais cette fois-ci rapidement saisie avec des piquillos cuits à la braise et une sauce douce d’acacia qui se peut être en fait un miel de cette fleur. Les piquillos sont de petits poivrons rouges doux et charnus, originaires de Navarre en Espagne. Grillés au feu de bois, ils ont une saveur sucrée et fumée caractéristique. Ils sont majoritairement vendus en bocaux, pelés et prêts à être farcis. Sur le côté, une picada qui est une technique culinaire essentielle de la cuisine traditionnelle catalane. Elle consiste à piler des ingrédients (ail, noix, pain frit, persil) au mortier pour épaissir, texturer et rehausser la saveur des ragoûts, des plats de riz et des soupes en fin de cuisson. Elle leur confère un goût grillé et aromatique caractéristique, et constitue la touche finale indispensable. L’association de ces trois éléments un peu doux est idéale. L’association de toutes ces saveurs est superbe.


En plat final, ne viande avec de l’agneau, samfaina, et choux.fleur vinaigré. Là aussi les pensées à Yotam Ottolenghi sont présentes. Viandes fondantes et croustillante, fond sa sauce parfaitement équilibré sans trop de gras, un peu de menthe, et cette version de ratatouille catalane.


Un dessert inattendu a priori simple mais d’une grande délicatesse avec des fraises du Maresme et une glace au vinaigre ! L'association fraise et vinaigre, particulièrement le vinaigre balsamique, est un classique culinaire qui rehausse la douceur du fruit. L'acidité équilibre le sucre, idéal en salade avec de la menthe, poêlée avec du miel, ou en coulis.


Le choix de vin est ici exceptionnel avec de très belles découverte comme ce cépage Albariño (ou Alvarinho au Portugal) qui est un cépage blanc de haute qualité, emblématique de la Galice (Rías Baixas) en Espagne et du nord du Portugal. Reconnu pour sa fraîcheur, il produit des vins secs, très aromatiques (pêche, abricot, agrumes) et dotés d'une acidité vive avec une note saline caractéristique, parfaits avec les fruits de mer. Ici un vin de Raul Perez, Los Arrotos Delpendon Leon Albarin 2019. Avec un nez principalement agrume, avec des connotations de peau de mandarine, fleurs blanches, citron vert et fruits à noyau mûrs. En bouche, il est frais et doux, avec un arrière-goût de thym.


Puis comme verre de vin rouge, un  Zismero Garnacha 2024 Alto Moncayo, fluide présenté dans le verre avec une belle teinte rouge rubis. Ses arômes évoquent la cerise, la cerise, les cassis et les nuances du sous-bois. En bouche, il est rafraîchissant, vif et charnu.


Comment ne pas résister a l’impressionnante et rare collection de vins de Jerez et Sanlucar de Barrameda, avec deux pedro ximenez. Le premier, un Don PX Bodegas Toro Albala Cosecha 2018. Vin millésimé doux fait avec des raisins Pedro Ximénez ensoleillés.  Crémeux, sucré, long... un spectacle de dessert sans besoin d’être accompagné de quoi que ce soit d’autre mais parfait avec les fraises.


Autre grand moment avec le  Gran Barquero Pedro Ximenez 6 anos Perez Barquero, il se distingue par sa couleur acajou intense, la complexité des arômes de raisins secs, de café et de cacao, ainsi que sa bouche dense et persistante.


Une table lumineuse où l’on trouvera une maîtrise des cuissons, une précision dans les fonds, sauces et textures,   une capacité à transformer des plats traditionnels en finger food gastronomique (sa signature au Teatro Kitchen Bar) et autres plats témoignant d’une évolution vers de nouvelles saveurs. Oliver incarne une nouvelle génération de chefs qui quittent la haute cuisine conceptuelle pour revenir à une cuisine lisible, savoureuse et profondément ancrée dans le territoire.