dimanche 12 juillet 2026

El Chiringuito de Casa Bonay, Barcelone

 

La Casa Bonay c’est avant tout une association d’établissements dans ce très joli hôtel de l’Eixample. C’ est l’un des hôtels-boutiques les plus créatifs de Barcelone, installé dans un ancien palais de 1869 sur la Gran Via de les Corts Catalanes, au cœur de l’Eixample Dreta. C’est un lieu hybride : hôtel, espace culturel, cafés, bars, rooftop, très fréquenté autant par les Barcelonais que par les voyageurs.



Cette fois-ci c’est le rooftop que je découvre, appelé Chiringuito rooftop qui propose une ambiance plage, un barbecue et des tapas au soleil. On y accède par l’entrée majestueuse de l’hôtel puis en prenant l’ascenseur à la petite réception à droite au fond.


Une fois en haut vous arriverez sur une terrasse tropicale sur le toit, décorée dans un vrai style plage avec des lampes en osier, des chaises en rotin et de nombreuses plantes vertes qui apportent de la fraîcheur, en faisant le refuge parfait pour ces chaudes journées d’été. Sans oublier une vue magnifique sur la ville.



Tables basses, tables hautes avec tabouret, évidemment la réservation est impérative car il faut bien s’imaginer que l’endroit est très recherché et comme on peut se l’imaginer, grandement fréquenté par les expats au vu des langues parlées, anglais et français.


Partout des plantes tropicales, une terrasse en plein air douillette et un esprit décontracté de bar de plage. L’idée toute s’inspire du chiringuito, mais avec une touche plus urbaine.


L’ambiance est luxuriante et détendue, avec de la verdure bordant le toit et un coucher de soleil donnant à l’espace une lueur dorée d’une heure.


Ouvert jusqu’en novembre (il n’y a pas de date fixe) car le temps à Barcelone est souvent beau.


Ici l’esprit, ce sont des grillades, des petites assiettes méditerranéennes, des produits simples mais bien faits, idéal dans cette ambiance décontractée. Mais ce soir c’est plus que cela !

Casa Bonay propose une offre gastronomique appétissante qui fréquemment change de type de cuisine. Cette saison avec une proposition qui rend hommage aux saveurs du sud de la Turquie avec le concours de la cheffe Damla Çolakoglu avec une cuisine de la région d’Adana.

La carte comprend des des meze, des viandes grillées, des légumes et des pains moelleux, tous inspirés par la street food d’Istanbul et la cuisine à feu ouvert. 


Du babaganoush avec du basilic. Le babaganoush “turc” existe… mais ce n’est pas du vrai baba ganoush au sens levantin. Les sources montrent clairement que Le baba ganoush authentique est un plat du Levant (Liban, Syrie, Jordanie, Palestine), pas de Turquie. En Turquie, on trouve des variantes locales qui ressemblent au baba ganoush, mais qui sont différentes dans les ingrédients et l’esprit culinaire. Et effectivement, c’est plutôt un Babagannuş de Hatay qui est la seule version vraiment proche du baba ganoush levantin. On y trouve souvent comme ici aubergine grillée, poivron, tomate, ail, huile d’olive.  Souvent sans tahini, car la cuisine turque utilise moins le tahini dans les mezes. (Le tahini est l’élément qui définit le baba ganoush levantin.) Dans tous les cas c’est vraiment très bon et très bien réalisé.


Autre excellent mezzé avec un muhammara qui est aussi l’un des grands mezzés du Levant : une pâte rouge, onctueuse, originaire d’Alep (Syrie), à base de poivrons rouges, noix, mélasse de grenade, ail, pain et épices. Les sources confirment son origine syrienne et sa diffusion en Turquie sous le nom acuka. Elles précisent aussi la différence entre la version syrienne (poivrons rôtis) et la version turque (pâte de piment biber salçası).


Avec ces deux mezze d’excellente pitas maison qui en fait ne sont pas des pitas mais des pide, ou même des bazlama : un pain plat, moelleux, parfait pour accompagner mezzés, kebabs, muhammara, etc.


Ensuite des Kofte de bœuf avec des piments, tomates confites et Amba. C’est un classique absolu : juteux, parfumés, simples, et parfaits avec du bazlama, du riz pilav ou une salade d’oignons au sumac. Ici avec un amba qui est une sauce de mangue fermentée et épicée, née en Iraq, devenue ensuite un pilier de la street‑food israélienne (shawarma, sabich, falafel). On obtient un plat turco‑levantin ultra aromatique : la viande chaude, grillée, juteuse… et ce contraste acide‑épice‑fermenté de l’amba qui réveille tout. L’amba apporte acidité, fruité, piment, curcuma, fenugrec et donc ça coupe le gras et amplifie le goût du bœuf.


Servis sur un lavash qui est un pain plat très fin, emblématique du Caucase et du Moyen‑Orient, surtout Arménie, Iran, Turquie, Géorgie et les régions kurdes.

Autre magnifique brochette avec l’Adana kebab aux oignons, persil, et sumak. C’est l’un des kebabs les plus emblématiques de Turquie : un long kebab de viande hachée, monté sur une large broche plate, grillé au charbon, et originaire de la ville d’Adana, dans le sud du pays. Agneau haché à la main, souvent avec 20–25 % de graisse de queue (kuyruk yağı), indispensable pour le moelleux et la saveur, du piment rouge (pul biber) ou isot biber (piment d’Urfa), qui donne une chaleur lente et profonde. La viande est longuement pétrie à la main pour devenir collante et tenir seule sur la broche — aucun œuf, pain ou liant.  Et pour la caisson toujours au charbon.


Une très belle Bouteille de vin blanc avec un Meridiano Perdido Sobremar 2023 est un Meridiano Perdido 100 % palomino originaire de Viña La Trinidad dans le Pago de Añina, à Jerez de la Frontera, avec des vignes plantées en 1965 et enracinées sur l’albariza di tosca et les « barajuelas », très ouvertes et riches en calcaire d’origine marine. Le vignoble, exposé aux vents sans barrières naturelles, privilégie particulièrement des raisins frais et tendu : le résultat est un blanc essentiel, salé et fluide, conçu pour exprimer directement le caractère lumineux et côtier de Cadix.


Comme dessert, un Portokalopita qui a mon avis est plutôt un Revani / Kalburabastı, qui est un gâteau imbibé de sirop, comme la portokalopita.  Parfumés parfois au zeste de citron, rarement à l’orange. Une texture moelleuse, très proche du concept grec. Avec sur le dessus une glace vanille.


Bien sur que c’est une cuisine moyen-orientale et que l’on peut être rigoureux sur les noms des plats mais bien sur on s’adapte aux connaissances locales. Dans le fond tout est parfaitement cuisiné, présenté, gourmand, authentique et cela servi dans un cadre unique pour passer une délicieuse soirée à l’extérieur.

vendredi 10 juillet 2026

Casa Fina, Sant Pol de Mar



Probablement l’une des plus belles découvertes sur la côte en allant au nord de Barcelone à Sant Pol de Mar. Un village blanc, tranquille, très photogénique, avec des plages plus propres que celles proches de Barcelone et un accès en train R1 qui arrive littéralement au bord de la mer et quelques très bonnes tables.

Il faut savoir que la cheffe Nathalie Miranda de Casa Fina eut au préalable travaillé dans l’une des plus belles tables de Catalogne, le Restaurante Els Casals qui est l’un des rares restaurants européens où la chaîne complète “terre → assiette” contrôlée par la même famille. Donc un cursus lié à l’un des meilleurs exemples de cuisine kilomètre zéro en Europe. Les principes étant le travail sur les produits paysans ; une cuisine rustique mais d’une précision gastronomique. 

Mais il faut savoir qu’auparavant Nathalie avait un profile plutôt lié à la pâtisserie, où elle a développé une carrière qui l’a menée à travailler à La Pastisseria, Tickets, Pakta et la dernière ligne droite du Sant Pau, alternant une période où elle a été enseignante au Hofmann, où elle a étudié. Mais cette pâtissière s’est désenchantée de la profession et préféra continuer dans le domaine de la cuisine également salée probablement un peu inspirée donc par Oriol Rovira.

Nathalie travaille une cuisine Méditerranéenne contemporaine, propre, précise, sans prétention, centrée sur les produits frais, avec une esthétique soignée mais pas ostentatoire.


Son partenaire étant Albert Juvé, chef de salle et de service, puis sommelier.

Dans cette petite rue de Sant Pol de Mar sur les hauteurs, on trouvera cet établissement dans une rue bien calme. 


Une salle en profondeur avec une représentation d’un jardin intérieur car au centre de la pièce se trouve une réplique d’arbre avec un ensemble de tables tout autour.

Quelques objets plutôt domestiques ci et là, un peu une impression de se trouver chez un particulier. Le plafond classique catalan est en briques ocres.

Le menu du jour qui est la seule possibilité au déjeuner est tarifé de manière très amicale car 21 EUR, ce qui est une vraie aubaine tenant compte de la qualité de la prestation. Un menu avec des plats au choix avec dessert ou café, eau, verre de vin ou bière ! On peut y ajouter si on le souhaite, en tout cas aujourd’hui une petite entrée, type tapas pour 2.50 EUR.

Ce tapas ou plutôt petits plats sont de fantastiques fleurs de courgettes farcies au fromage en tempura. La farce fromagère est aérienne, la friture vraiment parfaite car il n’y a aucune trace d’huile, comme se doit de l’être une tempura.

Une très plaisante salade au fromage de chèvre avec des fruits secs, vinaigrette au miel et à la moutarde. Rares sont les salades de manière générale, ici de la laitue, de la courgette, du concombre, des raisins secs, des noix, des pistaches et des amandes.

Un excellent salmorejo à la fraise avec un picadillo d’œuf et du jambon ibérique. Le picadillo étant un mélange d’œufs hachés que l’on dans certaines régions d’Amérique centrale. Il faut mentionner que Nathalie vient de cette partie du monde.

Un duo de boutifarre, noire et de perol, de Cal Rovira avec des haricots blancs. Bien entendu que Cal Rovira est à l’honneur connaissant le parcours de Nathalie. La première est donc le type boudin en Catalogne, la seconde de perol. Une charcuterie cuite, typique du Girona / Empordà / Pla de l’Estany, préparée dans un perol (grand chaudron), d’où son nom. Elle est faite avec de la viande de porc cuite (épaule, poitrine), du gras de porc, du bouillon du perol, sel, poivre, parfois un soupçon d’ail, parfois un peu de collagène naturel (peau cuite) pour la texture.

Pour moi un très bon riz marinero qui est l’un des plats les plus emblématiques de la côte espagnole : un riz marin, profond, iodé, qui se situe quelque part entre l’arroz caldoso, l’arroz meloso et la paella de marisco, selon la région. C’est un riz de pêcheurs, pas un riz “touristique”. Un filet de rouget sur le dessus et servi avec un vrai aïoli !


Dessert au choix avec une sorte de financier avec du dulce de leche, bien moelleux.

Et des fraises, un produit de saison qui est toujours excellent lorsque les fruits sont locaux.

Comme vin un rosé, avec un Sumoll Pardas 2024 Penèdes R. Parea. Un Sumoll pur, floral, vif, d’une finesse étonnante, avec un style très “Pardas” : précision, fraîcheur, et tannins polis. Un rosé  catalan léger mais profond, parfait pour ce repas.

Cette cuisine méditerranéenne moderne, bien exécutée reflète une maîtrise de choix des produits, des cuissons justes, des assiettes équilibrées, une volonté de rester accessible tout en étant créatif. Casafina est souvent décrit comme un restaurant où on mange mieux que ce que le prix laisse imaginer — ce qui est typiquement le signe d’un chef très rigoureux et qui explique pourquoi l’établissement est toujours plein. Des plats lisibles, des saveurs nettes et un très bon rapport qualité/prix.

lundi 6 juillet 2026

Parada Torres, Barcelone

 

 

Une des grandes ouvertures de restaurants il y a peu de temps, c’est celle des frères Torrès dans le marché de Santa Catarina. Un marché réputé pour son toit coloré en forme de vague et ses stands de nourriture variés. Plutôt une bonne nouvelle car rares sont les bonnes tables de ce quartier.


Ouvert en mai 2026, c’est un espace gastronomique créé par les Hermanos Torres, chefs 3 étoiles Michelin, qui ont ouvert un comptoir directement dans le marché Santa Caterina. Le nom vient du concept Parada qui est  un stand / un poste dans un marché (sens catalan très courant)., et Torres qui est le nom des deux chefs, Sergio et Javier Torres. Donc Parada Torres est tout bonnement “le stand des Torres”.


Un partenariat avec le Grup Pantea (qui possède Público, Can Fisher et Superlocal).


En réalité cet espace n’est pas complètement dans le marché mais attenant a celui-ci ou plutôt dans le bâtiment mais avec sa propre entrée et son entrée surveillée, ce qui est plutôt une bonne idée, empêchant les curieux d’entrer pour seulement regarder et ne pas consommer.


En fait, les fenêtres peuvent être ouvertes, et pendant les heures d’ouverture des stands, le bar s’intègre à la vie du marché. Le soir, lorsqu’il n’y a plus d’activité aux stands, elle peut être fermée et fonctionner de manière indépendante.


L’établissement spacieux de 440 mètres carrés comprend un bar central en marbre, une salle à manger pouvant accueillir environ 150 invités, ainsi qu’une terrasse extérieure.


La rénovation a été vraiment bien faite et l’agencement parfaitement dans les critères d’un étal de marché mais plutôt utilisé pour cuisiner, des tables tout autour parfaitement espacées afin de donner un peu d’intimité et comme cela pourrait être bruyant, laisser les convives s’entendre parler. Une sorte de hangar à l’entrée et ensuite cette grande salle à manger où vous serez accueilli comme dans un restaurant.

Le design intérieur rend hommage aux bars traditionnels du marché, avec des sols en terrazzo, des tables en acier et des éléments décoratifs reflétant l’héritage culinaire des frères.


Car oui, il faut le préciser, ce n’est pas qu’un simple comptoir comme dans les autres marchés avec souvent pas ou peu de service car tout se passe derrière un bar et souvent on se bagarre pour trouver un tabouret pour s’asseoir. Ici le service est de qualité comme d’ailleurs tout se qui se fait par les frères Torrès.


Possibilité de manger au bar ou alors a l’une des tables qui se trouvent le long des parois donnant sur l’extérieur ou autour de l’un des ilots.


Une belle décoration qui bien sût rappelle les étals de marchés avec des produits, des bouteilles et des conserves.


Pour les amateurs, le comptoir principal avec des jambons suspendus et la brigade dans cette grande cuisine ouverte sur la salle.


Parada Torres propose une carte qui met l’accent sur des ingrédients frais et de saison, issus directement du marché. Des plats espagnols ou catalans bien entendu classiques tels que l’esqueixada, l’escalivada, le fricandó, la salade russe, l’escalivada, les crevettes panées, les champignons à l’ail, la botifarra aux haricots, le pipito de bœuf, le rouleau au jambon, les anchois, les huîtres, les croquettes... et la crema catalana. Tous préparés avec un accent particulier sur la qualité et l’authenticité.


Une parfaite escalivada à la braise au charbon végétal. Toujours les trois piliers catalans : aubergines, poivrons rouges et oignons.


Toujours dans la perfection, les patatas bravas de la maison. Bien sur on en trouve partout mais celles-ci sont vraiment délicieuses.


Encore parfaite, l’esqueixada de morue. De la morue salée, dessalée, puis déchiquetée à la main (jamais coupée au couteau), des légumes crus, très frais, de l’huile d’olive, parfois un peu de vinaigre et des piparras.


Un grand Classique avec un succulent bar à la Donastiarra. Un morceau épais, cuit au à la plancha, puis nappé d’un refrito brûlant. De l’ail laminé doré dans l’huile d’olive, des guindilla (piment sec basque), un trait de vinaigre ou de vin blanc et un peu de persil. Le refrito est sur le poisson juste cuit, ça parfume, ça saisit légèrement la peau, ça donne ce goût typique basque. Un refrito est une “huile frite avec ail, oignon, pimentón et autres ingrédients, ajoutée en chaud sur certains plats.” Un bar ultra‑frais avec une cuisson simple, le refrito avec un trait d’acidité. Un plat pur, direct, très “Donostia”. Servi sur des pommes de terre fondantes.


Un calamar anzuelo à la plancha avec ail et persil. Ce sont des calamars pêchés à l’hameçon, c’est‑à‑dire un calamar capturé un par un, sans filet, avec un anzuelo (un crochet de pêche) . C’est un terme très courant en Espagne, surtout en Catalogne, Galice et Andalousie, pour désigner le calamar de la meilleure qualité possible.


Puis des crevettes blanches de couleur blanchâtre‑rosée, très pâle au goût doux, sucré, très fin, avec une texture délicate, moins iodée que la gamba roja. Un produit premium quand elles viennent de la lonja comme ici. Elles seront services rebozadas donc enrobées et frites. Typiquement passées dans de la farine ou un batter léger, puis frites dans l’huile chaude ce qui donne un résultat croustillant dehors, gamba fondante dedans. C’est la version espagnole des “beignets de crevettes”, mais plus fine, car la gamba blanche est très délicate.


En dessert une agréable tarte tatin avec un toffee maison sur le dessus.

Et une bonne glace vanille maison.

Une Bouteille de Rias Baixas Leiras Albarino 2023. Leiras signifie «ferme» en galicien et illustre le vignoble de Leiras Albariño dans la Valle do Salnes à Rias Baixas qui nous donne dans ce vin blanc les caractéristiques les plus authentiques de la variété Albariño. D'une couleur jaune pâle aux reflets de citron. Le nez s'exprime avec une bonne intensité des arômes de fleurs blanches, de pamplemousse, de pomme et d'épices. Il enveloppe le palais avec un bon équilibre et de la frâicheur, se terminant par une touche minérale caractéristique typique et des notes d'agrumes.

Une proposition qui s’engage à une simplicité bien comprise avec cuisine de marché avec un excellent rapport qualité-prix, des plats simples mais de qualité, et une ambiance Populaire. Incontestablement une nouvelle adresse qui est idéale dans ce quartier où l’on est sur d’avoir un repas servi avec aauthenticité dans un cadre très agréable.