dimanche 26 avril 2026

Mineral, Barcelone

 

Ouverture cette semaine de la table d’Oliver Peña dans l’Eixample non loin du Mercat del Ninot. On se remémore qu’Oliver formé chez El Bulli était le chef du Teatro Kitchen & Bar qui eut fermé en fin d’année passée et qui se lança dans un projet des plus personnel.


Oliver Peña est donc un chef catalan reconnu pour sa cuisine créative, son parcours dans la haute gastronomie et son style très technique mais lisible, centré sur le produit. Pas d’effets de mode, pas de caviar dans sa cuisine (comme l’autre ex-Bulli qui ne semble que se focaliser là-dessus), juste une cuisine sincère imaginée quotidiennement en fonction des saisons et des arrivages.


Passé aussi chez 41º Experience et Enigma, ce chef qualifie sa cuisine de Catalane moderne, je pense que cela va bien au-delà de cela.


Il est entre autres accompagné de Cristina Losada qui fût auparavant l’un des éléments clé de chez Enigma, le restaurant renommé d’Albert Adrià. Elle eut fait partie de l’équipe cuisine et salle à manger du restaurant, travaillant avec des personnalités telles qu’Oliver. Aujourd’hui, également propriétaire du restaurant, elle s’occupe de la salle et en est aussi la sommelière.


Bien situé car non loin du Mercat del Ninot et avec d’autres adresses réputées telles que Disfrutar ou SIPS pour les cocktails, la devanture ne nous indique pas (encore) le nom du restaurant. Bien entendu on ne viendra pas ici par hasard et les réservations se font pour deux tranches d’horaires, tôt ou tard dans la soirée.


L’intérieur rappelle étonnement un peu Direkte, et par un pur hasard, Arnau Muñío est en train de dîner ce soir. Un long comptoir, la cuisine devant, des chaises confortables pour assister la brigade et observer cuissons et dressages de plats.


Pas de menu de dégustation mais une carte très variée avec des plats très attirants et l’on remarquera avec bonheur, un certain nombre d’assiettes axées sur les légumes. A relever car plutôt rare à Barcelone et ceux-ci proviennent de l’excellente maison Can Fisas.


Quelques bouchées assez dans le style des précédents établissements du chef comme cette délicieuse Coca de civet.  C’est à l’origine une pâtisserie traditionnelle du Pays catalan (Pyrénées-Orientales, Catalogne, Valence), se présentant généralement sous forme de brioche ovale, moelleuse et parfumée, souvent garnie de manière sucrée mais ici c’est complètement repensé car ce n’est pas une brioche mais une coquille de pâte croustillante. La coca de civet est un plat emblématique qui associe la traditionnelle coca catalane à un ragoût de gibier riche et savoureux, caractérisé par des saveurs intenses et terreuses, souvent rehaussées de notes minérales apportées par des ingrédients comme la courge nixtamalisée ou la réduction de civette. Cette préparation originale est un choix prisé pour les menus de saison célébrant généralement les saveurs de l'automne. Sur le dessus une touche vinaigrée avec des légumes marinés, une caractéristique de la cuisine d’Oliver, contraster les assiettes avec une pointe d’acidité pour donne un coup de fouet en bouche.


Une merveilleuse salade de tomates et algues fraiches. Tomates en deux déclinaisons, confites et sucrées ou crues. Une biscote parfumée et cette magnifique sauce à base entre autres de codium qui désigne un genre d'algues vertes siphonées, connues sous le nom de « truffe de la mer » ou « alga percebe » en raison de leur goût iodé rappelant le crustacé.


Autre bouchée avec le Choux Toro qui et fait une pâte a chou dans laquelle se trouve une préparation à base je crois d’une mayonnaise mais très allégée, sur le dessus de fines lamelles de ventrèche de thon rouge Balfego et une fine lamelle de gingembre provenant d’un agriculteur japonais de Girone. Une bouchée de grande finesse avec ce thon rouge, issu d'une entreprise familiale espagnole, est une référence mondiale du thon rouge de Méditerranée (Thunnus thynnus), réputé pour sa qualité gastronomique et sa pêche durable.


Autre plat de légume avec de la courge moelleuse, une sauce romesco verte et betteraves. Une sauce romesco verte est une variante fraîche et herbacée de la célèbre sauce catalane, idéale avec des légumes grillés (asperges, calçots), du poisson ou en trempette. Elle remplace les poivrons rouges par des herbes fraîches, tout en gardant la base onctueuse d'amandes/noisettes, d'ail, de pain et d'huile d'olive, mixés pour une consistance lisse. Quelques pignons et la betterave en julienne légèrement vinaigrée.


Des sublimes artichauts cuits à la braise accompagnés d’une sauce de yoghourt et une poudre d’olives. Cela se mange dans une feuille de salade comme un tacos. On ne peut s’empêcher de penser un peu à la cuisine de Yotam Ottolenghi pour les deux dernières assiettes.


Un poisson étant du maquereau, semi-cuit, découpé en tronçons, jambon, et tomates de penjar. La tomate de penjar (tomate suspendue) est une variété autochtone de Catalogne, des Baléares et de Castellón, réputée pour sa capacité à se conserver naturellement suspendue à des ficelles après la récolte estivale. Petites, à la peau épaisse, à la chair abondante et à la saveur intense, elles sont idéales pour le traditionnel « pa amb tomàquet » (pain à la tomate) ou comme ici en base avec un peu d’huile d’olive.


Autre produits de la mer avec de la ventrêche de thon toujours rouge et Balfego mais cette fois-ci rapidement saisie avec des piquillos cuits à la braise et une sauce douce d’acacia qui se peut être en fait un miel de cette fleur. Les piquillos sont de petits poivrons rouges doux et charnus, originaires de Navarre en Espagne. Grillés au feu de bois, ils ont une saveur sucrée et fumée caractéristique. Ils sont majoritairement vendus en bocaux, pelés et prêts à être farcis. Sur le côté, une picada qui est une technique culinaire essentielle de la cuisine traditionnelle catalane. Elle consiste à piler des ingrédients (ail, noix, pain frit, persil) au mortier pour épaissir, texturer et rehausser la saveur des ragoûts, des plats de riz et des soupes en fin de cuisson. Elle leur confère un goût grillé et aromatique caractéristique, et constitue la touche finale indispensable. L’association de ces trois éléments un peu doux est idéale. L’association de toutes ces saveurs est superbe.


En plat final, ne viande avec de l’agneau, samfaina, et choux.fleur vinaigré. Là aussi les pensées à Yotam Ottolenghi sont présentes. Viandes fondantes et croustillante, fond sa sauce parfaitement équilibré sans trop de gras, un peu de menthe, et cette version de ratatouille catalane.


Un dessert inattendu a priori simple mais d’une grande délicatesse avec des fraises du Maresme et une glace au vinaigre ! L'association fraise et vinaigre, particulièrement le vinaigre balsamique, est un classique culinaire qui rehausse la douceur du fruit. L'acidité équilibre le sucre, idéal en salade avec de la menthe, poêlée avec du miel, ou en coulis.


Le choix de vin est ici exceptionnel avec de très belles découverte comme ce cépage Albariño (ou Alvarinho au Portugal) qui est un cépage blanc de haute qualité, emblématique de la Galice (Rías Baixas) en Espagne et du nord du Portugal. Reconnu pour sa fraîcheur, il produit des vins secs, très aromatiques (pêche, abricot, agrumes) et dotés d'une acidité vive avec une note saline caractéristique, parfaits avec les fruits de mer. Ici un vin de Raul Perez, Los Arrotos Delpendon Leon Albarin 2019. Avec un nez principalement agrume, avec des connotations de peau de mandarine, fleurs blanches, citron vert et fruits à noyau mûrs. En bouche, il est frais et doux, avec un arrière-goût de thym.


Puis comme verre de vin rouge, un  Zismero Garnacha 2024 Alto Moncayo, fluide présenté dans le verre avec une belle teinte rouge rubis. Ses arômes évoquent la cerise, la cerise, les cassis et les nuances du sous-bois. En bouche, il est rafraîchissant, vif et charnu.


Comment ne pas résister a l’impressionnante et rare collection de vins de Jerez et Sanlucar de Barrameda, avec deux pedro ximenez. Le premier, un Don PX Bodegas Toro Albala Cosecha 2018. Vin millésimé doux fait avec des raisins Pedro Ximénez ensoleillés.  Crémeux, sucré, long... un spectacle de dessert sans besoin d’être accompagné de quoi que ce soit d’autre mais parfait avec les fraises.


Autre grand moment avec le  Gran Barquero Pedro Ximenez 6 anos Perez Barquero, il se distingue par sa couleur acajou intense, la complexité des arômes de raisins secs, de café et de cacao, ainsi que sa bouche dense et persistante.


Une table lumineuse où l’on trouvera une maîtrise des cuissons, une précision dans les fonds, sauces et textures,   une capacité à transformer des plats traditionnels en finger food gastronomique (sa signature au Teatro Kitchen Bar) et autres plats témoignant d’une évolution vers de nouvelles saveurs. Oliver incarne une nouvelle génération de chefs qui quittent la haute cuisine conceptuelle pour revenir à une cuisine lisible, savoureuse et profondément ancrée dans le territoire.




samedi 25 avril 2026

Bar Dijous, Barcelone

 

Il y eut un temps où l’une des adresses dont on parlait le plus était celle de Gegant dans Poblenou. Une table de cuisine catalane revisitée avec en cuisine le chef Joan Vallès. Puis quelques mois plus tard, fermeture... sans en connaitre réellement les raisons à part quelques rumeurs de brouille interne.


Il est l’un des meilleurs représentants de la cuisine catalane traditionnelle, chef de cuisine dans le passé chez Fermí Puig et ensuite au restaurant Monocrom.


Aujourd’hui réapparait le chef Joan Vallès mais dans un tout autre contexte. A la place du Bar Copernic s’est récemment ouvert le Bar Dijous. Dans une ville marquée par des tendances changeantes, ce nouvel espace s’engage à retrouver l’essence du restaurant d’avant mais avec une approche contemporaine.  Un projet coopératif centré sur les plats catalans de toujours, exécutés avec une technique très précise et un respect profond du produit. Tout ceci a des prix très raisonnables.


L’endroit fait un sacré buzz et les réservations sont indispensables même si en fait il s’agit d’un bar pas trop conventionnel. Maintenant est-ce que tout ce bruit médiatique est-t-il bien justifié ?


Une terrasse pour les moments informels plutôt pour une boisson ou collation.

L’intérieur est simple, une légère rénovation un peu passe-partout, quelques tables et un comptoir. Un petit côté années 70 comme cela devient de plus en plus souvent le cas en ville.


L’axe central du lieu est une carte qui retrouve des recettes catalanes traditionnelles. Il ne s’agit pas de réinterprétations complexes ou de fusions risquées. La proposition est basée sur des plats reconnaissables, mais ajusté pour un équilibre plus léger et raffiné.


Conceptuellement, il n’y a absolument rien a redire, cependant il y eut un problème majeur…celui de la salle avec du personnel sous qualifié, des plats la majorité du temps tièdes, certains mêmes étaient déposés sur un comptoir et seulement présentés quelques minutes plus tard sur les tables. Je me rappelle encore avoir vu ce gratin de macaronis avoir trainé au moins cinq minutes et servi figé…sans parler des frites avec un fricando…ayant subi le même sort.


Avoir un tel laxisme dans la restauration est tout simplement impardonnable et dessert complètement les qualités d’un chef. Si « le patron » ne comprend pas cela…c’est tout de même un peu étonnant. A noter que peut-être que tout le monde s’en moque de manger tiède…cela n’est pas notre cas.

Dans la carte nous choisirons, tout d’abord une Ensaladilla, ou salade russe assez conventionnelle, crémeuse avec un peu de thon sur le dessus.


Un Bacalla a la llauna qui est bien entendu une spécialité catalane traditionnelle de morue (bacalao) farinée et frite, puis cuite au four dans un plat rectangulaire en fer blanc appelé "llauna". Le poisson est servi nappé d'une sauce à l'ail, au pimenton (paprika) et au vin blanc, souvent accompagné de haricots blancs comme ici. Sauce assez claire, poisson bien épais mais comme déjà mentionné, ce n’est pas chaud.


Un millefeuille de légumes de saison, qui est une pâte feuilletée avec une sorte de ratatouille et quelques feuilles de salades sur le dessus.


Le Suquet de poissons du jour qui est de la lotte. Le suquet (ou suquet de peix) est un ragoût de poisson traditionnel catalan, originaire de Catalogne, Valence et des Baléares. À l'origine, c'était un plat simple et économique de pêcheurs, préparé avec les poissons "de roche" et "rebutés" du jour, de la pomme de terre, de la tomate et une picada (ail, amandes, persil) pour lier le jus. La sauce manque un peu de relief.


Un très bon dessert avec un xuxo a la braise et sa glace vanille. Le xuxo ou xuixo (prononcé « chouchou ») est une viennoiserie catalane traditionnelle, originaire de Gérone, en Espagne. Il s'agit d'un beignet cylindrique à pâte feuilletée, fourré à la crème catalane, frit dans l'huile et enrobé de sucre cristallisé.


C’est un bar de rencontre, de socialisation, qui s’appelle « jeudi » car était historiquement le jour où les femmes de chambre faisaient la fête, et le jour où les marchés offraient le meilleur produit. Si les assiettes sont bien faites, faussement simples, avec de bons produits, on regrettera ce laisser-aller avec ce service improvisé, pas professionnel et des plats que l’on pourrait qualifier de finalement sabotés car tièdes…ou même froids. La « coolitude » …a ses limites…




vendredi 24 avril 2026

Bodega Luis, Barcelone

 

Un de ces lieux confidentiels principalement connus des gens du quartier et qui est une perle dans son genre. Pas de réseaux sociaux, pas de reconnaissance de la presse, mais qu’est-ce qu’on y mange bien ! Et de plus pas des assiettes que l’on trouve partout.


Peu de chance que de passer devant la Bodega Luis si l’on ne connait pas l’adresse et probablement que si vous passez devant, rien ne vous laissera penser qu’a l’intérieur c’est le bonheur assuré.


Pas de doutes sur ce que vous y allez y trouver car la majorité des plats sont affichés sur une ardoise à l’extérieur mais il faut savoir qu’il y a toujours des « hors de la carte », en fonction des arrivages du jour. Selon mes précédentes expériences, le lieu est tenu par des Galiciens, mais a confirmer.


A l’intérieur toutes les tables sont réservées ou presque donc ne pas venir trop tard. Le probable patron qui est toujours très agréable assure un service de qualité et vous proposera les plats hors carte, mais vous pourrez toujours jeter un œil sur la vitrine où se trouve les tapas.


Tortilla, jambon, croquettes, et les fruits de mer sont exposés dans cette devanture.


Petites olives offertes, Estrella Galicia bien entendu et c’est parti pour un magnifique lunch.


Justement, une tortilla avec au centre du jambon cru et accompagné classiquement de pain à la tomate comme cela se fait dans tous les bars à tapas. Pas que du jambon cru mais également du lacon. Le jambon lacon (ou lacón en espagnol) est une spécialité charcutière espagnole, principalement de Galice, issue de la patte avant (épaule) du porc blanc. Contrairement au jambon serrano, il est moins séché et souvent cuit. Il est reconnaissable à sa saveur douce, sa texture tendre et, parfois, une note fumée.


Ce qui me plait le plus ici, ce sont ces dés de thon cuisinés sur une plancha avec un peu d’huile d’olive et sur lesquels on trouvera une sauce d’herbes.



A la carte ce jour, des sardines simplement grillées ce qui n’est finalement pas toujours facile à trouver.


Des couteaux toujours cuits de la même manière avec un peu de poivre.


Le bar de quartier où l’on est sur de trouver des produits de la mer de la première fraicheur, cuisinés avec simplicité mais excellence, servi dans une atmosphère amicale et familiale.

jeudi 23 avril 2026

Mes adresses: Panadería Mimo, Forn artesa, Barcelone

 

À Barcelone, vous trouverez une boulangerie à chaque coin de rue. Certaines sont centenaires ; beaucoup, artisanales. Un des signes distinctifs des boulangeries est la qualité : des ingrédients naturels et des recettes artisanales, toujours en misant sur la modernisation technique et l'innovation dans les produits.


Si la majorité des points de vente banals proposent du pain industriel, les véritables boulangeries artisanales de la ville n'ont rien à envier aux meilleures enseignes françaises grâce à des critères stricts comme cette Panadería Mimo, Forn artesa.



C’est un petit fournil de quartier très artisanal, réputé pour son pain de levure mère, sa qualité constante et son esthétique soignée.


La levure mère (ou levain) est un mélange de farine + eau qui fermente naturellement grâce aux micro‑organismes présents dans l’environnement. Elle ne contient aucune levure industrielle : tout repose sur les levures sauvages et les bactéries lactiques qui se développent dans ce petit écosystème.


On y trouve du pain paysan ou Pa de pagès très apprécié, souvent cité comme un des meilleurs du secteur. Du pain à la levure mère donc une fermentation longue, croûte soignée, mie humide et aromatique. Des pains spéciaux : intégral, graines, grosses miches (quantités limitées), à l’épeautre, aux noix, figues et olives.


Des brioches à l’huile d’olive, des pains au chocolat, des pains a burger et de la coca.


Également du café, du mile, du granola, du muesli et des œufs bio.

Une boulangerie artisanale à ne pas manquer avec production réduite, donc mieux vaut venir tôt dans la matinée, à son ouverture.