La cuisine zapotèque est l'une des grandes
traditions culinaires indigènes d'Oaxaca. Elle est issue des peuples zapotèques
qui vivent depuis des millénaires dans les vallées centrales, l'Isthme de
Tehuantepec et les montagnes de l'État.
Ce n'est pas une cuisine de restaurant au sens moderne, mais plutôt un ensemble de techniques, d'ingrédients et de plats traditionnels. La cuisine zapotèque est souvent moins spectaculaire que la haute cuisine mexicaine moderne, mais elle repose sur des produits locaux, des recettes transmises de génération en génération, une maîtrise exceptionnelle du maïs et des moles.
Ce sont pour cette raison qu’il faut découvrir Tlamanalli, le très célèbre restaurant de Teotitlán del Valle fondé par les sœurs Mendoza, dont Abigail Mendoza est l'une des grandes ambassadrices de la cuisine zapotèque.
Ce restaurant est considéré comme une référence historique pour découvrir une cuisine zapotèque traditionnelle avec des recettes transmises de génération en génération, des moles régionaux, des soupes de fleur de courge, le nicuatole (dessert à base de maïs) et les quelites, chapulines et produits locaux selon la saison.
Pour trouver ce restaurant, il faudra connaitre le numéro dans la rue car j’ai du faire plusieurs aller-retour pour le trouver.
Le seul indice étant une plaque sur la façade
avec le nom de l’établissement mais pas franchement très lisible. A noter que l’adresse
étant connue des locaux, on ne se préoccupe pas forcément de ces aspects de
visibilité extérieure. De plus, c’est une adresse probablement assez peu connue
des touristes.
Un beau bâtiment de style colonial avec une
décoration très mexicaine et peu d'artifices.
L’intérieur est des plus surprenant avec le patio et les salles de repas autour duquel se trouve des échoppes vendant des objets locaux. La proximité avec l'univers artisanal de Teotitlán, connu pour ses tapis tissés. Une architecture domestique traditionnelle avec des ouvertures en forme de voutes arc-boutées.
Le menu étant affiché sur une ardoise à l’entrée de la salle principale.
De grandes salles qui sont généralement pleines lors de fêtes ou d’événements spéciaux.
Le plus intéressant c’est d’aller faire un tour dans cette cuisine au fond de la salle où les préparations sont réalisées de façon traditionnelle et que de nombreux plats sont préparés frais au fur et à mesure du service.
Le temps s’est un peu arrêté, les sœurs qui cuisinent nous ramènent à l’essentiel...pas de robots ménagers…que l’utilisation de couteaux et des mains….
Une des sœurs viendra nous conseiller sur le choix des mets et nous servira du mezcal comme apéritif de bienvenue.
Quelques tostadas de maiz bleu amenée avec une sauce pimentée verte.
Nous poursuivrons avec du mezcal pour le repas.
Cela sera des soupes pour commencer avec tout d’abord la sopa de flor de calabaza avec des quesadilla. La soupe est préparée avec des fleurs de courge (flor de calabaza), un bouillon léger, de l'oignon et de l'ail, souvent des grains de maïs frais (elote), parfois des lamelles de courgette, et fréquemment comme ici du fromage frais qui fond dans le bouillon. Le goût est très délicat, végétal et légèrement sucré. La fleur de courge rappelle un peu l'artichaut, la courgette et certaines fleurs comestibles. Une soupe délicate, végétale, très représentative de la cuisine traditionnelle d'Oaxaca. La carte indique "sopa de flor de calabaza con quesadillas", les quesadillas sont généralement servies à côté. Une tortilla de maïs pliée, garnies de fromage quesillo oaxaquénien ou d'Oaxaca cheese, frite sur le comal jusqu'à devenir légèrement croustillantes. On lac trempe dans la soupe comme on le ferait avec du pain dans un potage.
La sopa de nopal accompagnée de taquitos. Le nopal est la raquette du cactus figuier de Barbarie (Opuntia). Une fois préparé, il a une texture entre le haricot vert, l'asperge et le gombo. La soupe contient généralement comme ici des nopales coupés en lanières, un bouillon léger de légumes ou de poulet, tomate, oignon et ail, parfois du maïs, de la coriandre ou de l'épazote. Son goût est frais, végétal et légèrement acidulé. Les taquitos servis en accompagnement sont souvent de petites tortillas roulées et légèrement frites o, garnies de fromage, poulet effiloché, pommes de terre, ou haricots selon le restaurant. Ils apportent du croustillant à la soupe et se dégustent soit à côté, soit trempés dans le bouillon.
En plats principaux, la segueza (ou cegueza/ceguesa selon les variantes locales) est un plat traditionnel des Vallées Centrales d'Oaxaca, particulièrement associé à Teotitlán del Valle et aux communautés zapotèques. C'est le plat le plus original de la carte historique, car plat pré-hispanique. On la décrit souvent comme un « mole de maïs », mais elle est différente des moles classiques. C'est un ragoût assez épais et légèrement soupeux préparé avec du maïs sec grillé et concassé, qui sert à épaissir le plat, des piments guajillo ou chilcostle, de la tomate, de l'ail et des épices (clou de girofle, poivre, cumin), de la hoja santa ou parfois de la pitiona, une viande, souvent porc, poulet, bœuf ou lapin. Ce qui la rend unique est justement ce maïs grillé passé au metate, qui lui donne une texture rustique et un goût de céréale toastée très marqué. Pour donner une idée du goût, il faut imaginer un croisement entre un mole rouge peu sucré, un ragoût de maïs et une sauce aux piments séchés avec des notes fumées et épicées. À Oaxaca, la segueza est souvent associée aux fêtes, mariages et célébrations communautaires, au point qu'on dit parfois :« s'il y a une fête à Teotitlán, il y a de la segueza ». Beaucoup de voyageurs gastronomes y vont spécifiquement pour découvrir ce plat zapotèque peu courant.
Et le mole negro, riz et frijoles, un des grands classiques de la maison. Intéressant justement parce qu'il est préparé dans une optique très traditionnelle.
Une glace en dessert, maison bien entendu. La glace au níspero est une glace préparée à partir du nèfle du Japon (loquat en anglais, níspero en espagnol). Selon les régions du Mexique, le fruit peut être , jaune à orangé, juteux, légèrement acidulé, avec des arômes qui rappellent un mélange d'abricot, de pêche, de prune jaune et parfois de mangue. En glace ou en sorbet, cela donne une fraîcheur fruitée, moins de sucrosité qu'une glace à la mangue, une légère pointe acidulée très agréable sous le climat d'Oaxaca ou de la côte Pacifique.
L'intérêt de Tlamanalli n'est pas tant la créativité contemporaine que l'authenticité culturelle. On y va un peu comme on visiterait un conservatoire vivant de la cuisine zapotèque. Un petit bémol…c’est que cela n’est pas donné pour ce type de cuisine. Probablement que la renommée d’Abigail Mendoza et de son superbe livre de cuisine de plus de 300 pages a un impact sur le prix. Est-ce justifié…c’est une autre histoire.