samedi 30 mai 2026

Arturo, Barcelone

  

Probablement l’un des meilleurs et plus caché restaurant de Sants où vous ne risquerez pas de trouver de touristes car la clientèle est probablement à 90% locale ! Ce genre de table qui passe les décennies sans devoir faire de la promotion tapageuse sur les réseaux sociaux et qui de plus n’en a pas besoin car la qualité est telle que l’on y vient et revient.


Une petite rue à l’écart de l’artère principale de Sants, on se doit de connaitre l’adresse car one ne passerait pas forcément devant.


Une clientèle qui connait la cuisine du passé ou même actuelle, plutôt dans la cinquantaine et au-delà et qui n’a pas besoin d’avoir des assiettes faites pour les réseaux dont je parle mais plutôt tout simplement du produit, de la fraicheur, de l’excellence au niveau de la réalisation.



Un restaurant avec également plus de 50 années d’existence puisque né en 1972 qui propose une cuisine traditionnelle et familiale de marché dans une atmosphère chaleureuse et agréable. Le nom de l’établissement est lié à Arturo Jansà et son épouse Eulàlia Canals , ce sont désormais leurs enfants Carlos et Anna qui dirigent les locaux.


Un très joli bar pour probablement des tapas et un repas pour le déjeuner avec une vitrine qui est très bien achalandée en produits de la mer, ce qui est finalement rarement le cas à Barcelone.


Palourdes, crevettes, homard, mantis et autres coquillages.

La salle de restaurant de l’autre côté est assez élégante avec de jolies tables bien dressées, des nappes blanches, puis un service vraiment de qualité. Murs de briques, tableaux ; un espace confortable pour celles et ceux qui apprécient d’avoir une « vraie table » et non pas juste un coin…comme cela devient de plus en plus le cas.


La variété des assiettes, comprend des plats maison et traditionnels tels que des viandes grillées et du poisson et crustacés frais. La cuisine est également confectionnée avec des matières premières de la plus haute qualité. Quelques plats suggérés en dehors de la carte.

Comme par exemple ces simples mais délicieux artichauts à la braise et qui sont de plus légèrement confits, avec un peu de sel de Maldon.


Les bravas d’Arturo qui sont réputées pour leur originalité. Arturo a conservé plusieurs préparations emblématiques de son époque de bar à tapas. Les bravas font partie de ces plats “historiques”, préparés selon une recette transmise et inchangée, ce qui leur donne un goût très différent des versions modernes.


Des crevettes rouges de la côte, juste rapidement cuites, encore moelleuse et crues à l’intérieur avec un peu de sel.


L’excellente tranche de merlu a la Donostiarra qui est une préparation traditionnelle basque, originaire de San Sebastián (Donostia), où l’on sublime un excellent morceau de merlu avec un refrito chaud d’ail, piment et huile d’olive. C’est souvent cuite au four ou à la plancha) servie avec de l’ail doré dans l’huile d’olive, des guindilla (piment sec), un trait de vin blanc ou de vinaigre pour apporter une pointe d’acidité.



Une viande avec une Pluma Iberica Juan Manuel a la braise. La pluma est l’un des morceaux les plus nobles du porc ibérique. Située près de l’épaule, de forme triangulaire, fine et allongée (d’où le nom “plume”), très persillée, extrêmement juteuse, elle Se mange rosée, comme une viande rouge. C’est l’un des trois “morceaux stars” du porc ibérique avec le secreto et la presa. Quand un restaurant précise “Juan Manuel”, cela signifie qu’il utilise une pluma ibérique de très haute qualité, souvent bellota 100 % ibérico avec une une alimentation riche en glands (bellota). Servie classiquement avec de bonnes frites maison. Juan Manuel” fait référence à Jamones Juan Manuel, un producteur artisanal de Guijuelo (Salamanque).


Un plat bien local avec des tripes aux pois chiches. C’est le ragoût riche, gélatineux, parfumé, qui fait partie de l’ADN culinaire des fondes, bodegues et casas de menjar. Tripes de veau,  pois chiches, une sauce tomate à base d’oignon, ail, vin blanc, du pimentón (doux ou piquant),  parfois comme ici un peu de chorizo pour  parfumer   et surtout une picada (amandes, persil, ail) qui épaissit et parfume


En dessert, un xuixo de Gérone de la pâtisserie Can Castelló qui est l’une des versions les plus réputées et les plus fidèles de ce grand classique catalan. Une pâte feuilletée ou levée-feuilletée, roulée autour d’une crème pâtissière, frite dans l’huile, puis enrobée de sucre. C’est croustillant dehors, fondant dedans, avec un parfum de crème vanillée et une texture presque “beignet feuilleté”. Il a été inventé dans les années 1920 par le pâtissier Emili Puig, et est devenu un symbole de la ville.


Un vin blanc avec L’Avi Arufi Garnatxa Blanca 2024 Celler Pinol qui est l’un des meilleurs blancs de Terra Alta avec un élevage long en barrique neuve → style riche, ample, complexe; une “bombe de fruits blancs mûrs”.


L’endroit est né comme un bar de vermouth dans une zone où la gastronomie est peu variée, et a évolué pour avoir une clientèle fidèle à la qualité de ses plats et à la familiarité d’Arturo Jansá et de sa famille. Ils sont donc spécialistes des viandes grillées et des produits de la mer. Un restaurant qui est en dehors des modes mais qui vous assurera un repas de qualité avec un service parfait et des assiettes très bien exécutées.

jeudi 28 mai 2026

Algrano Bistro, Barcelone

 

Seconde visite chez Algrano Bistro, la première étant été en 2022 à Sant Antoni mais depuis cette date, une seconde adresse a été ouverte dans l’Eixample au vu du succès de la première adresse. A la tête de ces établissements qui sont des bistrots à pâtes, Gabriele Milani dont le parcours n’est pas anodin puisqu’il est passé par Lasarte et plusieurs autres célèbres tables parisiennes ou londoniennes. Est-ce que j’avais été émerveillé par cette première visite ? sans plus…donc une nouvelle visite dans ce nouvel établissement s’imposait.


A noter qu’aujourd’hui le chef est maintenant de retour chez le nouveau Bera de Martin Berasatagui et que probablement il peut compter sur sa brigade dans ses deux établissements.


Je ne sais pourquoi mais à Barcelone, dès qu’un nouveau restaurant italien ouvre, c’est toujours un flot de compliments sans aucun discernement. Je ne sais pas comment une clientèle venant directement d’Italie considérerait ces nouvelles offres, mais je doute que le niveau de « wow » serait aussi souvent élogieux que ceux entendus ici. Toujours est-il que cette nouvelle visite s’imposa.


Ce nouveau local est bien aménagé avec deux sections, la première étant devant la porte vitrée un peu comme une antichambre et le second avec un bar sur la droite et la cuisine au fond. Décoration avec des encadrements de bouteilles de vin sur les murs, tables en bois, nattes en paille au plafond, différents types de chaises autour des tables. Difficile de définir le style a part juste qualifier celui-ci de méditerranéen.


Une belle cuisine donc au fond où se préparent à la minute les pâtes et autres assiettes.


Pas vraiment de souvenir de cette proposition du jour mais ce fût le fromage du moment d’origine italienne accompagné de crackers et d’une confiture. Pas vraiment emballé, mais c’est plutôt dû au fait que l’on aurait pas dû prendre cela, les fromages ne sont pas des plats cuisinés et pour moi se mangent chez soi, question de goût.


Le Vitello tonnato est très bon, la viande parfaitement coupée de manière fine, plutôt assez ressemblante à du veau, ce qui est rare en Catalogne. Souvent c’est du jeune bœuf. La sauce aussi, pas trop compacte, les câpres sur le dessus comme requis.


La Foccacia au romarin et tapenade est aussi excellente et c’est une vraie foccacia, à savoir que la pâte à focaccia est plus épaisse, plus alvéolée et contient généralement plus d'huile d'olive et de levure pour une texture moelleuse de pain. 


Une recommandation. Toujours prendre des plats de pâte « maison » car c’est là que l’établissement marque sa différence et de loin… Comme exemple, ces magnifiques Ravioli ossobuco qui seront le meilleur plat de la soirée.   La farce des raviolis est préparée avec de la viande de veau ou de boeuf effilochée provenant d’un ossobuco, mélangée à sa sauce riche et parfumée (tomate, céleri, carotte, oignon, vin blanc, parfois zeste de citron).  Les pâtes fraîches enveloppent cette farce fondante.   On les sert souvent avec une sauce légère au beurre et sauge, ou un jus réduit de cuisson du veau, mais ici avec du safran.


Ensuite des Linguinne tonno au thon rouge cru de la méditerranée, beurre fumé et poutargue. Comme je le disais, les pâtes ne sont pas maison, et même si parfaitement cuites, cela reste faisable chez soi à la nuance tout de même que le choix du thon est de qualité et difficilement trouvable en ville. Le thon rouge étant une délicatesse et provient de l’atlantique alors que généralement c’est du thon de méditerranée qui est servi et moins fin.


Même observation avec les pâtes mixtes aux seiches, une bolognaise de seiche de la côte et zestes de citron. C’est un plat rassurant, c’est une traditionnelle sauce bolognaise mais avec une saveur marine.


Un dessert avec un Affogato au café. c’est l’un des desserts italiens les plus simples… et les plus irrésistibles. C’est une boule de glace vanille “noyée” dans un espresso brûlant. Le mot affogato signifie d’ailleurs “noyé” en italien.


Comme vin, un Disco de Neo Ribera del Duero. Le Disco de Neo est une cuvée rouge de Ribera del Duero produite par Bodegas Neo, dans un style moderne et expressif, faisant partie de leur gamme officielle. C’est un vin moins connu que la cuvée “Neo”, mais issu de la même philosophie : Tempranillo puissant, fruit noir, boisé maîtrisé, et profil très “Ribera”.


Algrano est un excellent bistrot méditerranéen / italien moderne, appréciable pour sa cuisine fraîche, son service chaleureux et son rapport qualité‑prix ; une nette préférence pour les pâtes fraiches. Une utilisation de produits de qualité, des plats préparés sur place. Un mélange de cuisine méditerranéenne, italienne et bistronomique avec une constance et la maîtrise des cuissons.

mardi 26 mai 2026

Noumades, Barcelone

 

Souvent à la recherche d’un bar pour prendre un verre avant d’aller au restaurant, Noumades s’avéra être un endroit parfait dans ce quartier.


Noumades ou nomades, le mode de vie adopté par des personnes qui voyagent constamment (vanlife) par choix de vie. Et l’on apprendra que les propriétaires ont voyagé ensemble pendant plus de 30 ans à travers près de 30 pays jusqu'à ce qu’ils choisissent Barcelone comme maison, et vouloir partager leurs découvertes et leurs expériences avec tout le monde.


Noumades est un voyage sensoriel à travers les cultures et les paysages gastronomiques, un lieu pour ceux qui aiment la bonne bière, les vins naturels et manger si c’est aussi l’objectif. En commençant par la bière, ils choisissent leurs bières artisanales préférées (beaucoup locales) et les servent aussi fraîches que possible, directement sorties de l’un des robinets.



Bières également choisies à travers l’Europe en fonction des découvertes des propriétaires. Mais la bière n’est pas la seule boisson intéressante de la carte. Le propriétaire connaît beaucoup de vins et sélectionne ses vins naturels préférés parmi les domaines qu’il apprécie. Bières affichées dans une projection.



Des Noumades Pils Hüll Melon & Magnum, légères, rafraîchissantes et très facile à boire. Brassé avec du houblon cristallin, impeccable et fin, très équilibrée, elle s’impose avec une saveur maltée, très bien et un côté biscuité.


Ici tout le monde est nomade, voyageant entre boissons de bières artisanales et vins naturels élaborés par de petits producteurs, plats authentiques d'un monde sans frontières si on le souhaite, et au son des notes de vinyle et d'une playlist mondiale de qualité.




samedi 23 mai 2026

Mercado Central - Taberna Cevichera, Barcelone

 

J’aime toujours bien aller manger dans le quartier de Poble Sec (littéralement « village sec ») qui est un secteur dynamique et authentique situé entre la colline de Montjuïc et l'avenue du Parallèle. Ancien quartier ouvrier, il a su conserver une âme populaire et multiculturelle. Il offre un cadre de vie stratégique, très apprécié des locaux pour son ambiance animée et sa proximité avec le centre-ville. C’est là qu’à une époque existait un très sympathique restaurant appelé Mano Rota qui proposait une cuisine catalane avec des touches fusion.


La table a disparu mais la voici remplacée par Mercado Central, du chef Pablo Ortega péruvien de renom, reconnu comme l'un des ambassadeurs de la cuisine péruvienne en Catalogne. Formé auprès du célèbre chef Gastón Acurio ou il a travaillé chez Astrid y Gastón, le restaurant du chef péruvien le plus célèbre au monde. Ensuite il s'est fait connaître en dirigeant les cuisines de Ceviche 103, apportant une touche de fusion entre les saveurs du Pérou et la gastronomie catalane.


Ensuite Pueblo Libre, en mémoire du quartier de Lima où il a grandi. Là, il prépara les recettes habituelles, la cuisine traditionnelle péruvienne ainsi que la cuisine créole, puisque les livres de recettes péruviennes ont été nourries par les vagues d’immigrants italiens, japonais et chinois qui ont apporté leurs propres ingrédients et techniques.  Un chef qui a beaucoup appris sur la cuisine traditionnelle péruvienne avec des touches avant-gardistes.


Sa nouvelle adresse étant donc aujourd’hui Mercado Central Taberna Cevichera, un restaurant inspiré des marchés comme le Marché Central de Lima, des tavernes côtières péruviennes et propose l'une qui des plus vastes sélections de ceviches de la ville. Sans prétention, authentique, sans adaptation aux mauvais gouts pour séduire les européens.


La nouvelle structure du restaurant en longueur est assez similaire au précédent établissement avec ces murs de briques, le bar au fond devant lequel l’on peut manger, et le second à l’entrée a gauche plus pour la préparation des boissons et cocktails.


Catelles de couleur bleu, le mobilier lui a changé, au plafond de grandes nattes qui confèrent à l’endroit un peu rappelant un marché.



Pour commencer une « causa limena » que l’on appelle généralement « causa rellena » ou « causa a la limeña » (de Lima). « Rellena » signifie « farci » Et causa ? L’histoire nous dit que ce mets est né pendant la Guerre du Pacifique, en 1879, où le Chili a lutté contre le Pérou et la Bolivie. L’armée péruvienne avait tellement de mal à obtenir de la nourriture que les femmes collectaient des pommes de terre et d’autres aliments dans toutes les villes. Ainsi, elles ont créé ce repas qu’elles offraient aux soldats « pour la cause » (de défendre leur territoire). Voilà pourquoi « causa » ! Ici avec traditionnellement du poulet, de l’avocat et du piment jaune péruvien doux « amarillo » en sauce, une manière des plus classique de la préparer. Parfaite proportion entre les strates, et sauces gouteuses.



Bien entendu un ceviche ahumado, qui est une variante du ceviche classique dans laquelle le poisson ou les fruits de mer crus sont délicatement fumés à froid avant d'être marinés dans le jus de citron vert. Cette technique apporte une subtile saveur de barbecue qui sublime la fraîcheur du plat. Comme poisson de la corvina,  (connue en France sous le nom de maigre ou courbine) est un poisson blanc marin très apprécié pour sa chair fine et ferme, proche du bar, des langoustines, et un  lait de tigre au rocoto et piquillo qui sont deux variétés de piments originaires d'Amérique du Sud et très ancrées dans la culture hispanique, mais ils présentent des caractéristiques, des saveurs et des usages culinaires radicalement différents. Le piquillo doux et sucré, le rocoto est très piquant. Utilisation bien entendu des deux types de maïs que l’on met dans un ceviche, le choclo tendres et légèrement farineux, avec un goût moins sucré que le maïs doux et la cancha ;  Il s'agit de grains de maïs séchés et grillés à la poêle avec un peu d'huile et de sel jusqu'à ce qu'ils éclatent. Un vraiment excellent ceviche !


Un étonnant et délicieux plat principal, le Tacu tacu a lo macho qui est un plat emblématique de la gastronomie côtière péruvienne. Il associe normalement une galette croustillante de riz et de haricots (le tacu tacu) à un ragoût ou une sauce riche et épicée aux fruits de mer (a lo macho). C’est une sauce riche, légèrement épicée et très savoureuse, préparée avec divers fruits de mer (calamars, crevettes, moules, poulpe, etc.) cuits dans une réduction d'oignons, d'ail, de vin blanc, de bouillon de poisson et de pâte de piments péruviens. Ici avec également des petits pois. En fait la galette est remplacée par un excellent morceau de maigre.


Comme dessert le Tres Leches (qui signifie « trois laits » en espagnol) est un célèbre dessert originaire d'Amérique latine, particulièrement populaire au Mexique mais c’est aussi l'un des desserts les plus populaires et réconfortants au Pérou.  Il s'agit d'une génoise légère qui est généreusement imbibée d'un mélange de trois types de lait, puis recouverte de chantilly. Le biscuit est généreusement imbibé d'un mélange composé de lait entier, de lait concentré sucré et de lait concentré non sucré (lait évaporé). Le résultat est un gâteau extrêmement moelleux, riche, crémeux et très fondant en bouche.

Comme vin un Gerisena Tramuntanart produit par le Celler Gerisana, une cave située à Garriguella, dans l'appellation DO Empordà. Un vin blanc frais et sec, souvent élaboré à partir de cépages traditionnels de montagne comme la grenache rouge, offrant des arômes de fruits blancs et des notes de plantes aromatiques.


L'équipe en salle est très accueillante et experte, n'hésitant pas à expliquer les plats et à vous guider dans vos choix, une adresse bien agréable pour apprécier une cuisine péruvienne de qualité.