Sans aucun doute toute personne visitant Oaxaca
de Juárez et intéressé par la gastronomie, ira manger à la Casa Oaxaca. Les
gens y vont pour trois raisons principales : le chef, la terrasse et la cuisine
oaxaqueña revisitée.
Le chef Alejandro Ruiz a consacré une grande partie de sa vie à la recherche sur la cuisine oaxaqueña et à la promotion des producteurs locaux. Le restaurant tourne depuis plus de vingt ans, et a reçu un prix de cuisine traditionnelle et régionale. Selon ce prix, on y trouvera une grande constance, avec un service de premier ordre.
Ensuite la terrasse est l’une des attractions principales. Le restaurant est sur deux étages, à l’ombre de l’église de Santo Domingo. Au coucher du soleil, les cloches de l’église sonnent et les cocktails arrivent. Réservez une table en terrasse pour la vue sur Santo Domingo si possible, ce que nous avons eu par chance mais sans le demander. A noter qu’au mois d’octobre, il fait un peu plus frais et un pull est nécessaire. Il faudra aussi mentionner que vous risquerez de manger un peu plus tiède a cette saison.
Et la cuisine associe des ingrédients locaux et des saveurs d’Oaxaca à des touches internationales, avec des assiettes plutôt soignées. Maintenant soyons clair, la fréquentation en tout cas ce soir la fût principalement touristique, ce qui n’est pas un problème en soi, une clientèle habillée pour l’occasion.
On entre dans une très belle maison de couleur bleu, puis vous êtes accueilli et l’on vous demande de monter à l’étage en passant par le patio intérieur, par un escalier métallique.
Une première terrasse sur la gauche pas forcément
la plus belle, sans vue, car la principale,
elle...est remarquable !
Depuis-cette dernière on a une vue sur la magnifique église de Santo Domingo.
Tables le long de la balustrade et tables légèrement en retrait, avec le ciel au-dessus de soi. A noter que par incertitude de temps, il existe une couverture avec des bâches qui sont montées en matinée.
Dès que vous êtes installé sur la terrasse face à l'église Santo Domingo, un serveur s'approche avec un chariot ou un plateau chargé d'ingrédients fraîchement grillés (tatemados) et d'un grand molcajete (un mortier traditionnel sculpté dans de la roche volcanique noire). Le serveur engage la discussion pour créer votre sauce sur mesure sous vos yeux, selon vos goûts. Tout d’abord le choix du piment (Le niveau de force). C'est la première question que l'on vous pose. Le serveur vous présente différents piments locaux grillés sur le comal :Le Chile de Água : Un piment vert endémique d'Oaxaca, très fruité et moyennant piquant.Le Chile Serrano ou Verde : Pour un piquant vif et frais.Le Chile Pasilla Oaxaqueño ou Morita : Pour ceux qui aiment les notes profondément fumées, terreuses et sèches. L'option "Valiente" : Le chef intègre parfois de petits chapulines (sauterelles grillées à l'ail et au citron) pour apporter une texture croustillante et un goût umami unique si vous le souhaitez. Le serveur commence à écraser les ingrédients à l'aide de la tejolote (la pierre du mortier) dans un ordre bien précis pour libérer les huiles essentielles. Il commence par broyer des grains de gros sel, des gousses d'ail rôti et de l'oignon caramélisé jusqu'à obtenir une pâte aromatique. Le ou les piments de votre choix sont ajoutés et vigoureusement écrasés dans la pâte d'ail. On intègre ensuite les jitomates (tomates rouges) et les miltomates (petites tomates vertes/tomatilles) grillées. Le serveur les écrase délicatement pour que la salsa reste martajada (texturée, avec des morceaux) et ne devienne pas une purée liquide. Un soupçon de cilantro (corandre fraîche) ciselé à la minute pour apporter une note de fraîcheur végétale indispensable.
Une fois la salsa terminée, le serveur vous invite à la goûter sur une tortilla de maïs natif chaude sur laquelle se trouve émietté du queso de Oaxaca.
Cette salsa sur mesure reste ensuite sur votre table pour accompagner toutes vos entrées, y compris le fameux taco de lapin à l’origan!
Nous choisirons tout d’abord ce taco de lapin à l’origan, purée de pomme de terre et salsa tatemada. Dans sa cuisine contemporaine qui honore les ingrédients locaux, le lapin (conejo) est une protéine que le chef travaille régulièrement. À Casa Oaxaca, il propose notamment des plats de lapin revisités avec des herbes locales comme la hierba santa ou des huiles aromatiques.
Servi par portion de deux pièces, ce plat est une alliance parfaite entre la finesse du lapin européen parfumé à l'origan et le caractère de la cuisine de rue mexicaine. Il se compose de trois éléments clés.La viande de lapin est délicatement effilochée après avoir été longuement mijotée ou confite. Elle est intensément parfumée à l'origan, ce qui lui confère des notes herbacées et aromatiques très fraîches qui contrastent avec le côté habituellement sauvage de cette viande. Au fond de la tortilla, le chef dépose une fine couche de purée de pommes de terre onctueuse. Cet élément apporte de la douceur, du liant et une texture réconfortante qui enveloppe la viande. Le tout est couronné par une salsa tatemada (une sauce traditionnelle dont les ingrédients — piments, tomates, ail — ont été grillés à même le comal ou au charbon jusqu'à ce qu'ils noircissent légèrement). Elle apporte une touche fumée et un piquant équilibré indispensable. C'est un excellent exemple de la philosophie d'Alejandro Ruiz : utiliser des tortillas de maïs natif d'Oaxaca faites à la main à la minute, mais y déposer une farce d'une grande finesse d'inspiration continentale (l'accord lapin/origan/pomme de terre) rehaussée par le feu d'une salsa typiquement mexicaine. C'est d'ailleurs l'une des entrées les plus recommandées sur la terrasse du restaurant.
Une quesadilla de barbacoa de res, frijol santanero. Bien que la Barbacoa de res (joue de bœuf mijotée à l'étouffée de Zaachila) et le frijol santanero (une variété de petits haricots noirs oaxaquiens très crémeux) soient souvent associés à de mémorables chilaquiles ou enfrijoladas à sa table, l'idée de les sceller ensemble dans une quesadilla à base de maïs natif et de quesillo fondu d'Etla est une bonne idée. Mais le problème est que le quesillo n’est plus fondu, il s’est rapidement solidifié tenant compte du trajet entre cuisine et terrasse, service et température.
Comme plat principal, pato, frijol santanero, chochoyotes, salsa martajada, aguacate. Ce plat revisite le canard de manière profondément oaxaquienne en utilisant les textures et les marqueurs aromatiques de la cuisine de village, sublimés pour une table gastronomique. La poitrine de canard (magret) est cuite à la perfection, généralement saisie pour obtenir une peau croustillante tout en gardant une chair juteuse et rosée. Le canard, avec son gras riche, s'accorde magnifiquement avec la rusticité de la garniture. Comme évoqué pour la quesadilla, ce petit haricot haut de gamme, originaire des Vallées Centrales, apporte un velouté incomparable. Les Chochoyotes sont de petites boules de pâte de maïs (masa) faites à la main avec un petit creux au centre (façon gnocchi mexicain). La salsa martajada apporte le relief indispensable au canard. Ses ingrédients (souvent tomates, piments locaux et ail) sont grossièrement écrasés au mortier en pierre (molcajete), ce qui lui donne une texture rustique, piquante et légèrement fumée. Quelques tranches ou une émulsion d'avocat frais apportent de la rondeur et de la fraîcheur végétale pour couper la richesse du canard et le piquant de la salsa.
Short rib, mole manchamanteles, camotes, relish de frutas. Ce chef-d'œuvre contemporain revisite l'un des sept moles traditionnels d'Oaxaca grâce à un équilibre parfait entre richesse, douceur et acidité. Ce morceau de plat de côtes de bœuf est cuit à basse température pendant de très nombreuses heures. La viande devient si fondante qu'elle se détache de l'os à la cuillère, tout en conservant son persillage et son jus savoureux qui contrastent superbement avec le mole. Le mole manchamanteles (littéralement « tache-nappe ») est l'un des sept moles classiques d'Oaxaca. Il est rouge, plus fruité et moins complexe que le mole noir, avec une pointe de douceur et d'acidité. La base est faite de chiles séchés (ancho, guajillo, parfois pasilla), de tomate, d'épices, de noix ou de graines, et souvent d'un peu de chocolat ou de pain grillé pour lier. La particularité vient des fruits cuits dans la sauce : ananas, banane plantain, pomme, parfois pêche ou patate douce. On le sert généralement avec du porc ou du poulet. Les Camotes (Patates douces) sont servies sous forme de purée onctueuse ou de morceaux fondants, les patates douces apportent une douceur terreuse qui s'harmonise naturellement avec les notes sucrées du mole manchamanteles. Pour contrebalancer la richesse de la viande et le côté enveloppant du mole, le chef couronne l’assiette d'un relish de fruits frais (généralement de la piña/ananas, de la pomme ou de la banane mâle) coupés en dés minuscules. Ce condiment apporte une texture croquante, une fraîcheur vive et une pointe d’acidité indispensable qui réveille chaque bouchée.
Comme vin blanc, un Casa Oaxaca 2025 Sant Antonio Las Minas Baja California, Chardonnay, Sauvignon blanc, Chenin blanc. il s'agit d'une cuvée exclusive et sur mesure créée spécifiquement pour le restaurant du chef Alejandro Ruiz. Ce vin est élaboré en collaboration directe avec Monte Xanic, l'une des bodegas pionnières et les plus réputées du Valle de Guadalupe en Basse-Californie (fondée en 1987). C’est un blanc très lumineux, frais et équilibré, sans élevage lourd en barrique afin de préserver le fruit. Sa tension et sa fraîcheur fruitée permettent de nettoyer le palais face à la richesse des plats oaxaquiens (comme le gras du canard, la texture des haricots santanero ou le piquant d'une salsa martajada) tout en soulignant les herbes aromatiques locales comme l'origan ou l'épazote.
C'est une table extrêmement courtisée, en particulier pour le service du soir sur la terrasse, ce qui laisse peu de place à l'improvisation lors d'un séjour. Il faut bien comprendre que l'expérience dépend énormément de l'endroit où vous êtes assis. Si la terrasse à l'étage face à l'église est fantastique, les tables du rez-de-chaussée à l'intérieur ou celles masquées par la végétation offrent une ambiance beaucoup moins immersive et dynamique. Pour la cuisine, Alejandro Ruiz excelle à intégrer des produits très spécifiques de la région dans une présentation raffinée de haute cuisine, cependant l'élévation gastronomique adoucit parfois un peu trop par exemple la puissance sauvage des moles traditionnels pour plaire à une clientèle internationale majeure.