Si vous adorez aller chez Berbena et Pompa
du chef Carles Pérez de Rozas, sans aucun doute vous serez émerveillé par la nouvelle
ouverture de deux de leurs anciens collaborateurs.
Lema Freire Maria Soledad et Gonzalo Francisco San Martín, respectivement cheffe et sommelier qui eurent donc travaillés dans ces deux établissements. On pourra en déduire que l’esprit de l’approche culinaire de Carlès aura probablement eu un impact ainsi que le choix de la cave qui s’avère être aussi complet que possible comme dans les deux autres adresses.
Ce nouveau restaurant se trouve plutôt bien positionné dans Sarrià-Gervasi non loin des Colmado Wilmot, du Bar Omar et son voisin Hijos de Javier, plus bien d’autres tables su quartier, donc un choix tout à fait pertinent.
L’intérieur est très bien pensé avec quelques tables en arrivant face a la superbe armoire à vin de l’entrée, d’ailleurs la même que chez Pompa. Une décoration assez zen, presqu’un peu à la manière nordique avec des murs unis de couleur blanc-crème, des tables en bois et des bouquets de fleurs très « nature ». Quelques marches et à un niveau inférieur quelques autres tables face à la cuisine devant laquelle l’on peut également manger.
C’est principalement Gonzalo qui assume le service et qui officie aussi en tant que maitre de salle et sa partenaire Lema qui a la charge de la cuisine avec quelques cuisiniers additionnels.
La cuisine de Piedra est absolument ce qu’il fallait que l’on ait à Barcelone, bien sur contemporaine, axée sur la qualité des fournisseurs, des produits de saison et un focus sur le végétal mais pas que. J’en parlerai par la suite, mais avoir Can Fisas comme fournisseur est un signe que l’on va trouver une cuisine de très haut niveau.
La carte tient sur une page, structurée classiquement entre entrées, plats et desserts avec la possibilité de tout partager. A mon grand bonheur, un certain nombre de plat qui mettent en valeur les légumes et cela ne sera pas du classique. Des assiettes qui aussi peuvent parfois avoir un clin d’œil à l’amérique du sud mais attention, il ne s’agit aucunement de cuisine fusion. Seulement l’utilisation de quelques éléments, ingrédients.
Par exemple une empanada et tomates vertes. A vrai dire l’empanada n’est pas quelque chose que je prends souvent car est devenu un peu fast food à Barcelone mais celui-ci fût exemplaire. Une empanada est donc un petit chausson en pâte feuilletée que l'on farcit avec différentes garnitures comme de la viande, du poisson, des pommes de terre, des légumes… Puis, on la cuit en entier. Les ingrédients varient selon les coutumes de chaque région. Les empanadas proviennent d'Espagne. C'est au moment où les Maures, ont envahi, en 1520, l'Espagne que les empanadas sont apparues. Par la suite, les Espagnols ont connu une grande période de conquête et sont arrivés en Amérique du Sud. Ils ont apporté avec eux les empanadas. Quelle que soit la garniture, la clé d'une bonne empanada est l'équilibre parfait des saveurs et des textures, chaque ingrédient complétant les autres. Et on appréciera la sauce un peu comme une salsa verde mexicaine.
Impressionné par ce chou au foie de poulet. Premièrement c’est une pâte complexe, cuite en deux temps, utilisée en pâtisserie pour de nombreuses réalisations sucrées et parfaitement réalisée. La mousse de foie est parfaite, légère, crémeuse et il faut presque mentionner inhabituelle ici à Barcelone ! Une bouchée qui a quelques influences techniques françaises.
De remarquables Cachete de rape, aji amarillo et pickles. Les cachetes de rape (joues de lotte) sont les muscles situés de part et d'autre de la tête de la lotte (le rape en espagnol). Très recherchés, ces petits morceaux sont considérés comme un mets de choix en raison de leur texture fine, tendre et sans arêtes, idéale pour les sauces et les ragoûts. Chaque poisson ne possédant que deux joues, ce produit est considéré comme un morceau très exclusif et prisé chez les poissonniers. La sauce sur le coté est à base d’'ají amarillo (littéralement "piment jaune" en espagnol) est un piment originaire du Pérou, véritable pilier de la cuisine andine. Reconnaissable à sa couleur jaune-orange vif et à sa forme allongée, il se distingue par son goût très aromatique et fruité, avec un piquant modéré (environ 30 000 à 50 000 sur l'échelle de Scoville). Il est rarement consommé cru tel quel, mais plutôt transformé pour intégrer les préparations. Puis quelques légumes au vinaigre type radis pour amener une touche d’acidité à ce plat de friture car les joues sont entourées d’une fine pâte.
Et c’est ensuite que viennent ces ingénieux plats de légumes avec tout simplement le premier appelé légumes de saison ou plutôt crucifères ! Les crucifères sont une variété de légumes d'une grande polyvalence culinaire qui sont consommés depuis des siècles en salade, cuits à la vapeur, cuits ou grillés. Ils incluent le chou, le kale, le chou-fleur, le brocoli, les bimis ainsi de suite… On les préparera de manière grillée ou braisée, avec toujours cette touche d’acidité parfaitement maitrisée, ici des graines de moutarde. C’est un plat absolument magnifique.
Nous poursuivrons avec des legumbres tiernas de saison. L'expression espagnole "legumbres tiernas" (ou verduras tiernas) désigne les légumes tendres, jeunes ou primeurs. Elle est utilisée pour décrire des légumes récoltés tôt dans leur saison de croissance, ou des variétés naturellement jeunes et fondantes. Il faut savoir que les légumes utilisés sont exceptionnels et proviennent de Can Fisas qui est un projet agroécologique et une exploitation agricole familiale située à Molins de Rei, dans le Parc Agraire du Baix Llobregat. C'est une famille de paysans qui en est à sa quatrième génération. Actuellement, c'est Lluís Fisas qui gère l'exploitation et ils Ils ont reconverti leurs champs pour pratiquer une agriculture écologique et durable, en plein air et axée sur les produits de saison (légumes, fruits et olives). Petits pois, fèves, pois mangetout, ciboule, sur une crème de panais montée au persil. Et un ajout surprenant mais idéal, des fraises blanches qui possède un goût similaire à celui de l'ananas. Ce plat de légume est sans équivoque l’un des meilleurs que j’aie pus manger !
La cuisine catalane a toujours intégré les abats : pieds de porc, tripes, rognons, foie, langue… Les ris de veau sont très présents dans les restaurants de Barcelone parce qu’ils s’inscrivent parfaitement dans la tradition catalane des abats, dans le retour en grâce de la cuisine “nose‑to‑tail”, et dans la gastronomie technique que beaucoup de chefs barcelonais revendiquent aujourd’hui. Ici parfaitement grillé enrobé d’une sauce type hoisin qui est une sauce chinoise épaisse, sombre, sucrée‑salée, utilisée comme condiment, marinade ou sauce de cuisson. L’assiette est complétée par des blettes juste poêlées.
Les desserts sont tout aussi épatants, avec tout d’abord des Nèfles, chou-rave, sorbet à la fraise. Mélanger un dessert avec un légume est une approche innovante, magnifiquement pensée et qui fonctionne a merveille. Le sorbet maison est une pure merveille.
Puis un autre clin d’œil a la France avec la tarte Bourdaloue et sorbet à la rhubarbe. La tarte Bourdaloue (ou tarte aux poires amandine) est un grand classique de la pâtisserie française. Née à Paris au XIXe siècle, elle se compose d'une pâte sablée ou sucrée garnie d'une fondante crème d'amande et de poires pochées. Elle est généralement saupoudrée d'amandes effilées et parfois d'un peu de sucre glace. Accompagnée d’une autre magnifique glace ou plutôt sorbet.
Avec ce fantastique repas, un vin blanc. Un Destellos Raul Moreno 2024 Pastrana & Miraflores. Le Palomino et l’Arinto qui révolutionnent le Marco de Jerez. Après s’être entraîné à travers le monde, Raúl retourne en Espagne, plus précisément à Jerez de la Frontera et à Sanlúcar de Barrameda, où en 2021 il ose planter de l’arinto, une variété blanche portugaise célèbre pour sa grande acidité. Et pourquoi pas ? Leur intention était d’obtenir suffisamment de raisins pouvant être assemblés avec du Palomino (une variété originaire du sud de l’Espagne) afin de maintenir et d’équilibrer l’acidité de leurs élaborations lorsque nécessaire.
Un repas lumineux, une cuisine absolument enchanteresse qui met un joli coup de pied dans la restauration devenue répétitive à Barcelone depuis un certain temps ou qui tourne en rond. Une approche nouvelle sur la manière de cuisiner le légume sans tomber dans des assiettes juste végétales, en y amenant beaucoup d’idées, de personnalité. De très beaux et bons desserts, un cellier exemplaire…fort à parier que d’ici peu de temps les réservations deviendront difficiles…et tant mieux pour eux !