dimanche 19 août 2018

Cuines Santa Caterina, Barcelone


Il y a de forte chance qu’un jour ou l’autre vous vous rendrez au marché de Santa Catarina si ce n’est pour faire des emplettes, en tout cas pour admirer les étals. Aux heures de midi ou plutôt début d’après-midi, une belle offre de restauration ni plus moins que dans le marché lui-même. Un lieu simplement appelé « cuisine de Santa Catarina ».  Etablissement qui fait partie d’un groupe ; l’assez connu Tragaluz. Groupe qui possède un certain nombre d’établissements non pas qu’à Barcelone mais ailleurs en Catalogne. D’ailleurs j’ai toujours beaucoup apprécié leur « Tragamar » de Calella de Palafrugell, une raison donc supplémentaire pour venir ici.


Un marché restauré avec passion, conçu par le regretté Enric Miralles et complété par sa veuve Benedetta Tagliabue, qui offre un cadre spectaculaire pour une certaines forme de restauration plutôt originale. Sous la superstructure en bois du marché, un bar à tapas et petit-déjeuner à l’entrée, un restaurant qui propose une certaine variété de spécialités culinaires influencées par différentes cuisines (méditerranéennes, asiatiques, végétariennes) et des produits (pâtes, riz, poisson, viande), tous servis sur des comptoirs élégants et de longues tables en bois. Quelque chose d’un peu Scandinave dans l’ensemble.




Une petite terrasse à l’extérieur, cette très grande pièce ou plutôt salle à manger très bien structurée et décorée. De la nature un peu partout avec des plantes en pots, de petits arbres, des murs décorés d’herbes avec une zone de plantes aromatiques, un côté aussi un peu épicerie, un lieu très plaisant et rafraichissant. Tables basses ou hautes et même adaptées également pour familles ou groupes qui font que l’on se sent ici tout à fait à l’aise. Sur un côté la cuisine ouverte avec les chefs portant des toques, chacun avec sa section particulière en fonction des types de cuisine.






Pas de réservation mais si c’est la qualité et la proximité de la source de nourriture que vous recherchez, cet endroit est l'endroit pour vous car le restaurant n'utilise que des produits du marché, extrêmement frais et de qualité. Le menu est plein de surprises et est présenté par catégorie, avec des types de plats (végétariens, méditerranéens, cuisine du monde dont l’Asie ou grillades), puis une liste d'ingrédients clés (légumes, riz ou pâtes, viande, poisson, œufs ou fromage).


Pas forcement intéressé par les cuisines du monde ni ce qui semble plutôt sans réelle particularité, nous optons pour une cuisine plutôt locale pensant que les produits seront bien entendu de qualité. Et c’est surprise après surprise que nous découvrons une très bonne cuisine qui pourrait sembler anodine mais en fait très pointue dans les assaisonnements et cuissons. Pour commencer, diverses variétés de tomates accompagnées de ventrêche de thon. Tomates mures et gouteuses ce qui est rare, thon de qualité, un peu de roquette et une huile d’olive avec des herbes. Simple mais parfait.


Un pain de qualité de diverses sortes.


Autre salade classique en Espagne, l’escalivada avec du fromage Tou dels Tillers. Aubergines, oignons et poivrons fondants en bouche. Bon assaisonnement et cet excellent fromage de Lérida non pasteurisé, avec une apparence un peu comme le brie de Meau, une texture riche, une saveur corsée et lactique. Au dessus quelques jeunes pousses et herbettes.


Un plat vraiment lui aussi classique mais devenu très rare ailleurs qu’en France et encore…que l’on ne trouve que très rarement en Catalogne. La raie au beurre noir, câpres et olives. Evidemment, on n’a pas lésiné sur le beurre qui n’est tout de même pas trop noir. La raie est superbement cuite, les câpres eux aussi sont de qualité car de type allongés et géants. L’olive étant en fait une tapenade.


Et la vraiment un exploit dans son genre pour les amateurs, la saucisse butifarra aux haricots de Sant Pau et foie-gras. Pas léger mais vraiment très bon. Saucisse type de pages est le butifarra le plus traditionnel. Fait de viande maigre, de bacon de porc, de sel, de poivre blanc et de poivre noir. Pour moi parmi les meilleurs haricots blancs qui existent, dans une sauce ou plutôt huiles au persil et ail. Et pour ne faire le régime, un morceau de foie gras poêlé sur le dessus… Jubilatoire.


Un petit blanc simple pour le déjeuner, un Verdejo Perplejo du Rueda 2017, des sensations végétales, avec une bouche crémeuse et volumineuse.


En voila une bien belle adresse, une cuisine très gourmande, pleine de fraicheur où l’on a le choix entre du « comfort food » et des assiettes plus internationales. Chacun y trouvera ce qu’il recherche, tout cela dans un superbe cadre avec un service vraiment performant.

La Pruna, Barcelone


Autre table du quartier de Sant Antoni où l’on peut trouver des petits plats de style méditerranéen et des tapas comme l’intitulé de l’établissement l’indique. Le genre d’adresse que j’appellerais « restaurant de quartier » qui se remplit principalement d’habitués avertis et en dehors des passages touristiques. « La Pruna » ce n’est pas l’endroit pour de grandes découvertes culinaires mais pour une cuisine sincère, des plats gourmands et une ambiance à la limite familiale dans un lieu plutôt contemporain.

Dans la calle de Calabria, une entrée dans un immeuble de début de siècle comme une entrée de service de l’époque car généralement ce type de porte mène à des pieces de demi-nouveau en dessous de la rue. Locaux souvent utilisés après rénovation pour des commerces comme bar et restaurants.


Salle en longueur qui a su préserver les structures anciennes avec les murs de pierre apparents, un incontournable comptoir dans cette première salle avec un ensemble de tables surélevées ou des possibilités de manger à même le comptoir. Lumières étudiées, lieu agréablement rénové mais vide ce soir car la clientèle se trouve dans une seconde salle.


Une fois la cuisine dépassée, une pièce unique avec ici un certain nombre de tables. Bien entendu pas de fenêtres mais le tout a été soigneusement été décoré de telle manière que l’on n’ait pas l’impression de se trouver dans le fond d’un couloir.



La carte est plutôt assez conventionnelle avec des tapas froids ou chauds, des salades, des petits plats à se partager, une section de plats cuits à la braise et des desserts. Il est évident qu’à première vue c’est plutôt assez classique mais chaque établissement met toujours souvent sa touche personnelle même pour des plats qui a priori nous semblent connus. On peut percevoir que certains produits lorgnent vers le bio et que certaines recettes sont inspirées de la Catalogne. Pour commencer quelques plats que l’on se partage comme ces sardines fumées avec une marmelade de tomates et olivada. L’idée est plutôt bonne mais bon, une marmelade de tomate même évidement faite maison cela ressemble tout de même un peu trop à du ketchup quelque soit la qualité et ce qui me gêne un peu c’est ce côté un peu trop sucré. L’olivada est un peu l’équivalent en France de la tapenade, mais la je la cherche encore sur l’assiette, quoique pas forcement adapté avec l’autre marmelade. Un filet d’huile, un peu de ciboulette ciselée.


Second tapas une coca de moules en escabèche, avec tomates et œufs de harengs. Un autre tapas un peu dans le même esprit que le premier avec cet incontournable et inutile sauce trop sucrée malgré un bon pain, une association moules, tomates et œufs de poisson bien vue.


On poursuivra avec leurs croquettes qui ici sont variées et originales. Nous prendrons les moelleuses au provolone, aubergines et tomates séchées. De forme ronde, croustillantes et bien assaisonnées.


Un plat plutôt particulier non pas pour l’intitulé mais le visuel avec les œufs brouillés aux calamars et encre de seiche. Il est coutume de servis de diverses manières les œufs brouillés en Espagne, souvent avec pommes de terre et jambon, mais ici le mélange est intéressant et goûteux. C’est seulement ce côté un peu noir qui est étrange à l’œil qui donne l’impression de manger quelque chose avec de la cendre, mais ce n’est qu’anecdotique. Peut-être un peu plus d’encre aurait été approprié.


La Presa ibérique avec des pommes de terre confites croustillantes et une sauce chimichurri qui suit est très bonne. Viande cuite sur la braise, fondante en bouche, la pomme amène une touche ici utilisée à bon escient.


En dessert une excellente crème catalane parfaitement caramélisée avec la bonne texture et surtout cette croute de sucre qui ici est parfaitement réalisée.


Il ne manquerait pas grand-chose pour améliorer les premières assiettes car la suite fut gourmande et bien cuisinée, le service très aimable et souriant, le lieu très agréable et les prix vraiment raisonnables.

samedi 18 août 2018

El Bitxo, Barcelone


Voici un endroit plutôt assez particulier que cette adresse à quelques mètres du Palais de la Musique Catalane. Découvert en fait en passant avant ou après être allé prendre un verre l’Antic Teatre, je me suis toujours dit qu’une fois où l’autre j'irais y manger un morceau. Ce qui m’avait attiré en regardant à l’intérieur, c’est cette très jolie décoration sans vraiment savoir ce que j’allais y trouver. Certes pas l’adresse inconnue puisque nous sommes en plein centre de Barcelone et ce ne sont pas les touristes qui manquent comme on le sait.


Une fois à l’intérieur on sera rapidement sous le charme de l’endroit qui en fait ne ressemble pas à beaucoup d’endroits. Lieu assez petit, coquet et intime. Le piment comme emblème, représenté de diverses manières (même sous forme de bonbons), des guirlandes de ce piment et j’oubliais…le nom de l’établissement qui signifie justement… piment. Vieux objets de brocante, lumières délicates, seau à champagne, quelque chose me dit que le lieu n’est probablement pas Espagnol car la décoration comme je l’ai dit est plutôt originale.





On va de découverte en découverte visuelle et remarque ces signes distinctifs comme par exemple cette coupe remplie de cerises. Ou encore ces vieux miroirs, ces siphons et…des fleurs. Je ne sais pas si c’est quelque chose de rare ou non mais de manière générale, les établissements à part les grands hôtels ne sont que très rarement fleuris à Barcelone, ce qui me fait toujours penser qu’il y a quelque chose un peu du Nord de l’Europe comme par exemple à Amsterdam ou même encore plus au nord.





Un comptoir avec des bouteilles, dans un coin un atelier de cuisine, des saucissons qui pendent avec toujours des couronnes de piments et en face une sorte de recoin avec quelques tables avec des miroirs sur lesquels sont mentionnés quels sont les tapas du moment.

Lorsque l’on consulte pour une première fois la carte également disponible en format traditionnel, on constate qu’effectivement nos impressions Scandinaves furent les bonnes. Références au riesling, à l’aneth, aux harengs, à des poissons marinés ou fumés, à la pâte de thon…on ne peut se tromper. Des petits encas à se partager, des salades, des charcuteries, fromages, des poissons et autres mets principalement froids. Parfois beaucoup d’originalité dans les préparations avec des ingrédients inhabituels et probablement pas dans les habitudes locales. Saumon mariné dans le café ou morue dans le thé earl grey pour ne citer que deux exemples.

Mais malgré ses influences que je peux confirmer comme étant nordiques puisque la très charmante patronne est d’origine Danoise, on peut tout à fait se cantonner a du plus local quoi que…  Par exemple ces « Boquerones » marinés au riesling, vinaigre et aneth. Les yeux fermés cela ressemblerait un peu à ces harengs marinés que l’on trouve principalement de la Suède au Danemark, car le fond de sauce est légèrement doux et l’herbe utilisée est bien-entendu un grand classique de ces pays. Le goût de l’anchois nous ramène tout de même à la réalité mais on pourrait se tromper !


Pour suivre. la « ventrêche », une salade de roquette, tomates, vinaigrette avec de la sauce soja, confiture d’agrumes et ventrêche de thon. Même si la base est plutôt locale, les saveurs restent bien nordiques avec ce goût vraiment sucré. Belles tomates, thon de qualité, le tout est bien frais.


Un plat intitulé pommes de terre Bitxo, chaudes avec une sauce épicée et une seconde sauce au yoghourt et a l’estragon. Cela me rappelle un peu le plat de Minorque avec la sauce mojo à base de piments, poivron, ail , sel, paprika et cumin, mais ici avec une sauce un peu laiteuse qui peut-être est prévue pour atténuer le côté pimenté de celles et ceux qui ne sont pas trop amis avec ce qui est fort.


Et de la bière à la pression par ces chaleurs…


Un lieu plutôt romantique, très joliment décoré et assez unique dans son genre, des couleurs chaudes, des objets choisis avec amour, des tapas et petits plats inventifs mais un peu pour des palais avertis habitués à autre chose que les sempiternelles bravas et croquettes un peu partout pareilles.

vendredi 17 août 2018

Lio de 4, Barcelone


Une belle adresse qui se trouve loin du lassant tourisme de masse, non pas cette fois dans Sants mais dans Sarria, l’un des quartiers chics de Barcelone. C’est presque un signe engageant que de se dire qu’une table se trouve en dehors des sentiers battus comme le secteur de La Bonanova et plus particulièrement la rue Mandri et ses environs. Un autre quartier qui revendique également sa petite place dans la paysage gastronomique de la ville.


Alors comment classifier « Lio de 4 » ? Comme certains le disent, plutôt un gastrobar bien que beaucoup de lieux peuvent se venter d’être qualifié de la même manière, encore qu’ici ce sont vraiment les places au bar qui sont les plus attirantes et confortables. Mais c’est surtout parce que l’on y trouve une cuisine plus variée et intéressante où l’on recherche bien entendu la qualité des produits.

Pas sur de savoir ce que signifie le nom de l’établissement mais dans tous les cas il s’agit d’un projet de quatre personnes fans de la gastronomie qui souhaitaient créer un bar à manger avec des aliments de qualité, de saison et sur les hauteurs de la ville parce qu'il n'y avait pas vraiment grand-chose. C’est voilà donc l’idée derrière l'équipe fondatrice du restaurant, composée de Xavier Miravalls, Carina Soler-Lluró, Alex Soler-Lluró et Carles Miró.

Ce restaurant a ouvert ses portes il y a un peu plus d’une année et en cuisine c’est le chef José Miguel Manzanal qui officie. Cuisinier qui avait déjà été chef dans des restaurants tels que « Cachitos », « Dos Palillos » et « Koy Shunka ».

Une structure vraiment de bar car les quelques tables qui donnent sur les vitrines dans la rue sont surélevées avec des tabourets et face à cette cuisine ouverte. Une décoration soignée, chic, sans aucuns éléments superflus.


Face à cette cuisine, quelques autres tabourets qui permettent aux convives de voir la préparation des plats, étape par étape.




Une carte de petits plats à se partager comme dans la plupart des endroits, avec les classiques de la maison mais aussi les suggestions du jour affichées sur une ardoise de l’autre côté où se trouvent également quelques tabourets pour manger sur une table murale. Certes on retrouvera les incontournables plats catalans mais aussi quelques plats plus méditerranéens, certains avec quelques clins d’œil à l’Asie.

Ce soir envie d’une simple salade russe. Je dis simple mais elle n’est jamais identique d’un endroit à l’autre. Celle-ci au niveau légume est plus basée sur pommes de terre et carotte, la mayonnaise est plutôt fine, le dosage de thon adapté et la présentation plus soignée qu’à l’accoutumée.


Une très bonne escalivada de légumes sur une tranche de pain de coca grillée, plat typique de Catalogne, qui peut se servir froid comme ici ou tiède en accompagnement de viandes ou poissons grillés. Absolument délicieux car tout d’abord un très bon pain croustillant mais surtout aubergines, poivrons rouges et oignons caramélisés et fondants. Sur le dessus un anchois pour relever l’ensemble.


Très bonne idée que ce tartare de petits pois, tomates concassées et jambon ibérique. Esthétiquement assez réussi et plutôt élégant. Les petits pois sont travaillés comme une sorte de houmous. Les tomates en cubes et assaisonnés avec une sauce type pesto, le jambon en chiffonade sur le dessus.



Pour suivre une très goûteuse poêlée de calamars sautés, chorizo ibérique et tomate. Calamars tendres, saucisson avec belle saveur de paprika et la tomate confite mélangés au tout.


Petite visite vers l’Italie avec ces délicieuses tomates pebrotero avec du fromage strataciella et un pesto de basilic. Connue sous le nom de tomate poivron est une variété de mi-saison, fruits de 80 à 100 g, chair ferme, farineuse et légèrement acidulée. Généralement utilisée pour salade, coulis et purée. La strataciella est de qualité et le pesto de première fraicheur, parfumé, quelques pignons au dessus.


Certes encore un classique mais le Cannelloni de poularde et sauce au foie est ici particulièrement gastronomique et d’une grande finesse. Je ne sais pas si c’est vraiment de la poularde mais plutôt du poulet mais la farce est très fine, la pâte elle aussi est légère et la sauce est magnifique avec cette touche de foie-gras qui sublime le plat. Une petite réduction de probables fruits rouges tout au tour.


Une très belle découverte avec un Pago de Los Capellanes Ribera del Duero 2015, un vin de couleur cerise intense avec des reflets violacés, un côté épicé avec des tanins fins.


Un resto-bar qui se donne beaucoup de peine en proposant ponctuellement des assiettes basées sur le produit saisonnier. Certains plats font partie des classiques de la région mais d’autres sont plus contemporains. Une adresse où l’on se plait a regarder ce qui se prépare devant vous, des petits plats bien gourmands.