jeudi 23 juillet 2015

Ciya Sofrasi, Istamboul



Un certain guide classe (ou classifiait) les tables avec les termes « Vaut le voyage », « Vaut le détour ») et bien ici c’est bien « Vaut le détour » qui devrait être utilisé. Et en ce qui concerne le déplacement, cela demande un petit effort, mais quel plaisir ! Très souvent l’on oublie que le coté asiatique d’Istamboul est aussi très agréable à visiter et pour s’y rendre, rien que de plus agréable de prendre ces grands et beaux bateaux sur la Corne d’or qui traversent par la suite le Bosphore. Une magnifique balade sur l’eau qui peut vous emmener a Kadiköy à quelques 20 à 30 minutes pour quelques centimes… Un quartier très animé, même plus authentique que certains endroits de Sultanhamet… Une fois à quai, promenez-vous dans les ruelles, prenez le temps de fumer le nargilé en buvant une tasse de thé et en jouant au backgammon…Tout bonnement fantastique.

Si vous vous y trouvez la journée  je vous suggère de parcourir le quartier du marché au poisson et ensuite de déjeuner chez le fantastique Çiya qui évoque comme son nom, les hautes montagnes et les fleurs. « Ciya » ou « Ciya Sofrasi » est en fait répartit sur trois restaurants : un spécialisé dans les kebaps (Kebapçi), le second dans les plats et mezzés, le troisième un mélange des deux (Sofrasi). Chaque restaurant espacé de quelques mètres proposent également des terrasses dans la rue. Le soir c’est un peu plus compliqué si vous n’avez pas votre propre moyen de locomotion car les bateaux de retour s’arrêtent à 21 :00.



Si vous pensez connaitre la cuisine turque…et bien il y a de fortes chances que vous n’ayez qu’une vision très limitée de celle-ci. Cet établissement est surement une des plus belles tables d’Istanbul. Mais attention, ici rien de chic ; quelque chose entre une cafétéria et une brasserie, fréquenté majoritairement par les turcs et les travailleurs qui y viennent pour le lunch. D’ailleurs vous aurez un peu de peine à vous faire comprendre car ici on ne parle pas ou peu l’anglais…Le seul moyen sera de montrer du doigt ce que vous souhaitez car les cuisines sont ouvertes, ce qui évidement facilite un peu la chose.




Les « créateurs » de ce restaurant vont vous faire faire un voyage avec des plats ruraux d’une grande diversité géographique, de l’Anatolie, de la Mésopotamie aux Ottomans, des Balkans au Caucase, en réalité de l’Asie à la péninsule arabique ! Une cuisine avec nuance et sophistication basée sur des sauces légères souvent réalisées avec des herbes.

En sélectionnant les plats derrière le comptoir, sachez que le propriétaire Musa Dağdeviren, est reconnu comme étant « le cerveau de la cuisine en Turquie ». Dağdeviren commença à cuisiner il y a une vingtaine d’années dans une de ces tables de kebab des rues avant de devenir une image de la cuisine turque , invité régulièrement par des magazines de cuisines ou journaux internationaux tels que « The New Yorker ». Il fut aussi membre de la branche californienne du « Culinary Institute of America ». Ce chef Anatolien de Gaziantep prépare entre autre différentes spécialités de sa région.



Vous aurez le choix de vous servir de mezzés froids qui vous seront facturés au poids ou alors comme précédemment relaté, commander directement les plats chauds auprès des cuisiniers.




Ici chaque plat est une redécouverte de l’histoire du pays et tout est absolument extraordinaire. Choisissez pour vos assiettes (qui seront en réalité creuses en métal ciselé), divers plats tels que l’incontournable « visneli kofte », un extraordinaire plat à base de petites boulettes de viandes de bœuf cuites dans une sauce aux cerises aigres (griottes), tomates et oignons. 


Aujourd’hui de la région de Gaziantep et Nizip, de délicieuses blettes farcies au bœuf haché au couteau, boulgour et épices. Une variation des feuilles de vignes sans acidité et peut-être plus subtil en bouche mais tout de même différent des « dolma ».


Un « Enginar Tavasi », ragoût d’agneau, artichauts frais, oignon, ail, tomate, poivrons verts et épices. Un plat très parfumé et gourmand.


Un « Sebzeli Tikliye» à base de boulgour, agneau haché, pois chiches, courgettes,  yaourt et menthe. Un plat qui provient également de Gaziantep et Nizip. Le yaourt a été filtré afin d’enlever son eau, le boulgour a été utilisé pour façonner avec sa farine des petites boulettes qui accompagnement la viandes et les légumes, le tout dans une sauce assez liquide et légèrement acidulée.


Tout est absolument incroyable, parfumé, gouteux, mémorable…Allez sur leur site et contemplez les dizaines de plats en photos…inimaginable…Le nom, les ingrédients et l’origine… 

Un restaurant qui vaut réellement la peine de traverser le continent (même plusieurs fois..) avec un chef qui fut référencé en 2006 comme dans les 100 favoris du magazine Saveur (USA), avec plusieurs références dans le New York Times ainsi que dans Zagat Survey's Europe's Best Restaurants.
« Vaut immanquablement le détour »….