lundi 15 janvier 2018

Caña de Azúcar, Barcelone


Je me lance ce soir dans un genre de cuisine plutôt particulière, celle du Vénézuéla, pays dans lequel je me suis rendu il y a belle lurette et à vrais dire je ne me rappelle pas grand-chose de leur cuisine. Il faut savoir que la répression de Maduro fait monter en flèche les demandes d’asile en Espagne et que Barcelone reste donc une destination de choix. La gastronomie vénézuélienne est très variée et s'apparente sous certains aspects à celle de la Colombie. Une cuisine élaborée à partir des produits locaux comme le maïs, les poissons et fruits de mer les pommes de terre, le riz et l’arepa (sorte de pain de maïs). Mais avec l'arrivée des européens les influences de la cuisine méditerranéenne et les traditions culinaires africaines ont transformé les habitudes alimentaires de la population.

C’est au « Caña de Azúcar » dans le quartier de l’Eixample que depuis 2016, la cheffe Adnaloy Osío avec sa sœur Adriana, élabore une cuisine créative vénézuélienne, basée sur des recettes traditionnelles, mais avec les techniques culinaires les plus actuelles. Une cheffe venue en Espagne pour étudier à l’école Hofmann, qui ensuite travailla chez Mugaritz, Jordi Cruz de ABaC et Berasategui ; c’est quelque chose qui se doit d’être visité !

Une entrée qui donne sur une porte vitrée à travers de laquelle l’on perçoit un intérieur très coloré et chaleureux.  Quelques plantes tropicales de chaque côté pour nous donner l’impression que nous sommes aux Caraïbes.


Un intérieur complètement fidèle à ce que pourrait être une maison coloniale vénézuélienne, un environnement plein de couleurs et de charme.  Une première salle, un bar en contrebas et une seconde salle avec des murs de briques dans le fond.


Haut plafond, quelques plantes ci et là, des lampadaires réalisés en paille qui illuminent cette salle aux murs blancs et rouge-framboise.




Au moment de la réservation sur internet, vous aurez la possibilité de déjà choisir l’un des menus de dégustation, chacun avec plein de plats pleins de couleurs et de saveurs, ainsi que des desserts originaux ainsi qu’une belle sélection de cocktails.  Cela sera celui intitulé « Sabor a Venezuela Pa´ tí y Pa´mí » tarifé à 68 euros pour deux personnes. Une carte existe également mais l’approche de menu de dégustation m’a semblé être la meilleure pour une première visite. Un ensemble de plats avec un dénominateur commun qui est donné par la zone d'influence, les produits, arômes et fruits tropicaux. Cependant l’on percevra quelques touches innovantes ci et là, puisqu’il s’agit d’une cuisine un peu créative.

Pour commencer « El tipico tequeño».  Le tequeño est une mise en bouche vénézuélienne et colombienne typique, qui est aussi très présente au Pérou et beaucoup de restaurants en proposent. Il est composé de fromage dur en bâtonnets entouré d'une pâte à base de blé, puis frit. Le nom « tequeño » vient de la ville de Los Teques (Venezuela), lieu d'origine de cet hors-d'œuvre selon la conception populaire. Ici avec du fromage de vache frais, servi avec de la « guasacaca » qui est une sauce à base d’avocat, oignon, poivron, piment, ail, coriandre, persil et vinaigre. Aussi de la sauce « rosita de la vera » et du sirop de canne à sucre. Présenté sur une feuille de bananier et accompagné de petits bols avec les sauces. Plutôt assez inattendu car les saveurs sont celles d’un chausson au fromage relevé par ces délicieuses sauces.



Ensuite la « Chalupa de Cana », qui est un gateau de maïs doux cuit au four à bois sous un carpaccio d’avocat, un ragout de poulet, du fromage de vache frais, du pico de galllito des caraibes, du fromage crème créole, une purée d’haricot et du piment jalapenos frais. On appréciera le coté « petites herbes » sur le dessus. Au Mexique, la Chalupa est une petite tortilla de maïs ovale épaisse, avec un peu de condiment sur le dessus mais ici c’est vraiment un délicieux gateau légèrement doux avec un ensemble de petits plats sur le dessus.


Surprenant et délicieux ceviche « sauvage » réalisé avec du Maigre sauvage mariné dans leur lait de tigre à base de citron vert, kimchi, coriandre fraiche et miso blanc avec une texture crémeuse et d'un goût très doux presque sucré.  Accompagné de patates douces caramélisées au four de bois dans le sirop de cane, menthe fraiche, cancha serrana qui est une sorte de gros grains de maïs, betteraves, panais et carottes croquantes. C’est un ceviche vraiment très différent de ce que j’ai mangé auparavant et très gourmand.


Nous poursuivons avec un arepa de « aseda negro », veau effiloché en casserole cuit a 84 degrés dans cinq épices, vieux cheddar, chou rouge, truffe noire et pousses de petits pois. Les arepa sont de petits pains de maïs que l’on mange le matin ou le soir comme en-cas. On le garnit de divers ingrédients. Très joliment dressés, la viande est délicieuse, relevée par le chou un peu vinaigré comme un pickle. Ce qui ne m’a pas vraiment séduit c’est l’utilisation de la truffe qui dénature un peu l’idée originelle. Une touche créative superflue selon moi.



Un dessert bienvenu avec la douceur citronnée, qui est un crémeux de guimauve au citron, sur Maria croustillante qui est un type de biscuit écrasé, cannelle et fruits secs. C’est une fin sucrée tout à fait plaisante.


Avec ce genre de repas, il m’y semble que le Cava Brut Nature Reserva « Descregut » 2015 Metode Tradicional serait un parfait accord, ce qui fut le cas.


Un très agréable repas avec un large éventail de sensations fraîches et gaies qui rend cette cuisine très accessible, réalisée avec quelques probables clins d’oeils aux techniques ou associations plus européennes. Les présentations sont vraiment soignées, les saveurs sont vraiment plaisantes, les assiettes gourmandes, le tout parfaitement orchestré par ces deux sœurs qui sauront vous amener beaucoup de soleil dans toutes les assiettes.

vendredi 12 janvier 2018

Casa Lucio, Barcelone


De manière non planifiée, me voici en début d’après-midi dans le quartier de Sant Antoni et avec une légère fringale. Je me rappelle de l’adresse qui se trouve juste en face de moi et me voici quelques instants plus tard chez « Casa Lucio » que l’on nomme parfois aussi « Antigua Casa Lucio ». Une jolie devanture rouge qui laisse penser que l’établissement a récemment été rénové.


Une fois à l’intérieur on se demande si l’on n’est pas dans un magasin de victuailles car tout semble aussi être disposé à la vente et à l’emporter, charcuteries, vins et conserves. En réalité, il s’agit un peu d’une Mecque pour les gourmets, de beaux produits sont exposés soit pour la consommation sur place, soit pour emporter comme je viens de le dire. Etagères garnies de bouteilles et de conserves, certaines à hauteur d’homme pour se sustenter comme dans tous bar à tapas.


A l’entrée donc, un comptoir avec des mets froids exposés et également des fromages protégés par des cloches en verre comme des gateaux.  Un sympathique garçon pour vous conseiller et vous servir si vous décidez de manger sur place.


Pas n’importe quoi comme fromages car l’on trouve même du Stilton, du fromage de chèvre entouré de feuilles de châtaigner, des fromages qui semblent avoir mariné comme un au whisky et un autre au Barolo.



Pour picorer, des petits poivrons au fromage de chèvre, des artichauts à l’huile d’olive, de la salade de betterave ou salade russe, des anchois à l’huile, des moules en escabèche.





Quelques marches pour vous emmener vers une salle de restaurant qui probablement est plus adaptée pour des repas en soirée et plus consistants. A l’heure de midi, le bar nous conviendra parfaitement.


Les plats chauds du jour sont eux affichés sur quelques ardoises attachées à l’une des structures porteuses. Des plats qui ont l’air gourmands, certains connus mais d’autres où l’on peut comprendre que l’on y amené une touche plus sophistiquée qu’à l’habitude.


Par exemple la tortilla farcie de brandade de morue est d’une très grande légèreté, pas lourde ni huileuse, un bon goût de poisson et une cuisson parfaite car encore moelleuse au centre. Elle est complétée par un excellent pain à la tomate.


Si vous n’avez jamais osé manger des tripes à la catalane, c’est bien ici qu’il faut les apprécier. Ces tripes aux pois chiches sont d’une rare perfection, car la consistance est idéale, pas de saveur forte et la sauce est onctueuse, parfaitement assaisonnée de tomate et de piment doux.


Délicieuse assiette que l’oeuf cuit à basse température avec des pommes de terre confites, du chorizo et de la truffe. Œuf coulant, truffe fraiche râpée sur de le dessus provenant de la région d’Aragon.



Les desserts ne sont pas en reste avec le mato accompagné d’une glace au ratafia et noix, avec du miel. Belle idée que d’associer ce fromage blanc frais local avec cette glace avec cette liqueur traditionnelle catalane à base d’une eau de vie à base de noix et d’herbes aromatiques.


Belle sélection de vin avec ce midi une bouteille de Montsant Acustic Blanc 2016 à la couleur jaune paille, ses saveurs toastées et une belle vivacité en bouche.


« Casa Lucio » ce n’est pas le bar de tapas au coin de la rue mais un établissement où les produits sont soigneusement sélectionnés, les petits plats à se partager d’un très haut niveau dans leur style, des recettes classiques magnifiquement exécutées, sans oublier des saveurs intenses et beaucoup de gourmandise. Une adresse que je visiterai sans aucun doute également en soirée.

mercredi 10 janvier 2018

La Xula Taperia, Barcelone


J’aime alterner les lieux ou plutôt quartiers afin de découvrir d’autres tables de Barcelone. C’est donc ce soir dans Gracia que l’on se rend afin de passer la soirée chez « La Xula Taperia » pour un repas plutôt décontracté et donc peu formel. Eh bien c’est exactement ce que ce lieu offre, un bar à tapas plutôt fréquenté par des étudiants, des personnes locales qui souhaitent passer un moment décontracté en mangeant quelque chose d’un peu plus sophistiqué que dans la plupart des bars. Quelques tabourets à l’extérieur pour soit prendre un verre ou plutôt fumer.


Un bar en longueur décoré comme dans passablement d’endroit avec un mélange de briques apparentes et des murs blancs. Ambiance informelle, comptoir où l’on peut prendre un verre, grignoter ou alors si chanceux, on s’aventura au fond car là-bas se trouvent quelques tables. La réservation en ligne est donc conseillée si l’on est plusieurs.


Ardoise murale avec les divers tapas qui ne sont pas que des classiques boites ou préparations froides mais aussi quelques plats cuisinés très intéressants.


Un couloir le long duquel sont parqués des fûts de bières car le lieu n’est pas vraiment grand et l’on range où l’on peut.


Et vous voila dans un fond de salle fort convivial avec un des murs qui affiche les spectacles du moment en ville.


Certains sont assis sur des tabourets ou des poufs, d’autres on la chance d’être sur l’une des banquettes, on appréciera ce côté très nonchalant, presque improvisé.


Une petite carte si l’on n’a pas consulté l’ardoise à l’entrée et si jamais en version anglaise si vous ne maitrisez aucune des langues locales. Des assiettes à se partager assez catalanes dans l’ensemble comme par example ces excellentes boulettes « terre et mer », souvent appelées à l’Empordaise mais ici sans les petits pois. Un mélange de viande hachée, de seiche, le tout cuisiné dans une sauce à la tomate. Ici quelques pommes de terre et carottes en morceaux.


Une incontournable salade russe dans une mayonnaise citronnée. C’est du « maison », la salade est fraiche, accompagnée comme à l’accoutumée avec ces sortes de grissins.


Un joli plat cuisiné et avec une cuisson longue, l’agneau accompagné d’une crème de pois chiche. Agneau confit et reconstitué, un fond de sauce bien parfumé et le pois chiche plutôt au naturel et non pas apprêté comme un houmous.


Autre plat dans la même idée, à savoir mijoté et gourmand, les joues de bœuf en estouffade accompagnées d’une purée de pommes de terre. Plat assez familial, parfaitement exécuté.


Un étonnant et très bon cannelloni qui ici est préparé avec de la saucisse catalane, la botifarra avec une sauce aux cèpes.


Choix de vins assez limité qui résultera en prenant une bouteille de Montsant Jaspi Negre 2014 de la maison Coca i Fité.


Les prix sont vraiment très raisonnables, la cuisine de type familiale est dans son genre irréprochable, gourmande et contentera les amateurs de plats locaux et roboratifs. Encore que vous puissiez choisir d’autres mets dirons-nous plus dans la mode actuelle avec quelques ingrédients fusion. Pour une adresse simple et sur le pouce, on sent qu’il y a une volonté « à faire bien » et surtout de la cuisine fidèle à ce que doit être de bons plats catalans, tout cela dans une très agréable ambiance.

mardi 9 janvier 2018

Bastaix, Barcelone


Un 25 décembre au soir, pas franchement facile de trouver un établissement d’ouvert et si c’est le cas, cela sera probablement dans la zone touristique du quartier Gothique. Quelques recherches et c’est sur « Bastaix » que je tombe. Un bar ou restaurant à tapas en face de l'église de Santa María del Mar et le nom provient du mot « bastaixos » qui ont été les promoteurs de la construction et de ceux qui ont transporté les pierres sur leur dos depuis la carrière de Montjuïc jusqu'au quartier de la Ribera-Born pour sa construction.  Sur une jolie place où il doit y avoir une probable terrasse l’été, l’endroit est évidemment un lieu de passage.


Bar a vin mais aussi a tapas, pas de doute sur l’endroit car les murs extérieurs clairement décrivent ce que l’on y trouvera sur les portes boisées un peu reconverties en forme de grandes ardoises. A priori une cuisine variée, un peu internationale, que l’on appréciera au rez le long d’une fenêtre ou dans la salle à l’étage inférieur.




Une entrée qui donne sur une cuisine ouverte où sont exposés fruits et légumes comme dans une épicerie, cela a un certain charme et se trouve presque être un peu original. Et au dessus, les plats contenant les divers tapas que l’on apprécie sur un comptoir. Globalement la décoration est vraiment réussie et le lieu est très plaisant.




Un sous-sol d’ailleurs très beau car dans un espace aux arcades semi-circulaires entre murs de pierres et d’autres de briques apparentes. Ancien mobilier, éclairage convivial et discret, bougies sur les tables. Décoration de taverne, sobre mais réussie avec une atmosphère plutôt intime ce soir.






Comme il s’agit aussi d’un bar a vin, la décoration n’oubliera de présenter quelques bouteilles sur les murs.


Une carte assez variée qui contentera tout le monde avec des classiques locaux et quelques assiettes avec l’adjonction des incontournables inspirations péruviennes ou italiennes. Pas de plats vraiment originaux mais des tapas qui devraient rassurer tout un chacun.  Par exemple ces pommes de terre « bravas Bastaix », rôties au four, sauce harissa et aïoli. Pommes de terre un peu molles mais dorées, sauce pas assez pimentée à mon goût qui a plus le goût de concentré de tomate et aïolis sans histoire.


Pour cuivre une timbale de boudin et de fromage de chèvre, pomme rôtie et miel. Ce n’est pas vraiment une croûte de pâtisserie ni un moule mais une sorte de petit pain ouvert sur lequel se trouve une confiture de pomme, ce boudin poêlé, des rondelles de fromage fondante, pignons et sésame noir. Les goûts vont bien ensemble et cette sorte de sandwich est assez gourmand.


Comme a l’habitude du pain cristal avec tomate. Ici comme dans certains endroits on le fait soi-même ce qui n’est pas plus mal car cela permet de doser l’ail et la tomate. Le pain est croustillant comme il se doit.


Une suggestion du jour avec l’agneau avec moutarde et menthe, pommes de terre rôties. Viande fondante, bon jus, pommes de terre en billes. Rien de créatif mais c’est bien cuisiné et correspond à nos attentes.


Seule assiette un peu différente avec du poulpe accompagné de sa purée d’avocat, poudre de chorizo et aïoli au piment fumé. C’est joliment dressé, le poulpe est tendre, l’association à l’avocat un peu fade mais relevée par le chorizo.


Et pour terminer une Coca à la ventrèche de thon, poivron piquillo au four et oignon. A première vue cela pourrait se comparer a une mini-pizza, mais c’est plutôt une pâte levée avec diverses garnitures, ici un peu sèche avec les ingrédients sus-mentionnés.


Pas trop l’envie de vin ce soir mais plutôt de bulles, un simple Cava Ratbellat i Vidal avec ce repas.


Certes l’endroit est principalement fréquenté par les gens de passage mais la prestation est quand même satisfaisante, les prix raisonnables et l’endroit tout à fait charmant.