samedi 8 décembre 2018

Eroica Caffè Barcelona, Barcelone


Voici probablement l’une des nouvelles et plus étonnantes tables de Barcelone. Pendant un moment je m’étais demandé si c’était, un restaurant, un café, un centre de rencontre, une association, une épicerie…Eh bien c’est un peu tout à la fois mais avec tout de même un focus sur la gastronomie. Inauguré au mois d’octobre avec le légendaire Eddy Merckx, « Eroica Caffe » est un point de célébration de la culture cycliste, le premier espace permanent à Barcelone dédié à l’ « Eroica » ; une course internationale non compétitive fondée en 1997 en Toscane et dédiée à la récréation du cyclisme dans le passé, avec vélos, vêtements vintage et itinéraires sur les routes blanches de la province de Sienne. C’est cette course qui a inspiré Graciela Nowenstein (amatrice de pâtes) et Miguel (amateur de cyclisme) à ouvrir cet endroit absolument délicieux.



Amoureux du vélo et des vieilles courses cyclistes, où épopée et honneur vont toujours allés de pair, vous avez enfin votre restaurant à Barcelone pour se retrouver. Mais si vous n’êtes pas des adeptes du cyclisme, aucun problème car l’idée de l’« Eroica Caffe » c’est aussi de marier à cet espace, nourriture et vins, aligné avec les principes de l'identité italienne authentique ; hospitalité, passion et authenticité. Pour résumer, l’« Eroica Caffe » est né en tant qu'espace / restaurant où l’on peut parler du vélo, manger des pâtes fraîches avec des produits italiens, prendre un café ou déguster les meilleures glaces de Barcelone, celles de « DelaCrem ». Un concept absolument superbe !





500 m2, une capacité pour accueillir 150 personnes sur deux niveaux et un patio. Evénements, projections, et documentaires sont fréquemment organisés. Un espace en trois sections, la première pour une glace du chariot à glaces « DelaCrem » situé juste à côté de l'entrée, un café avec la légendaire machine Faema, des jus de fruits naturels et des gâteaux faits maison.

Puis le bar qui vous emmènera vers la plus grande salle, celle où sont pris les repas principalement le soir ou simplement lorsque l’on a un peu plus de temps à consacrer au déjeuner.






Une rénovation spectaculaire qui a redonné vie à un lieu abandonné depuis 10 ans où la décoration est exceptionnelle avec ces anciennes bicyclettes de collection ayant appartenus à Miguel Indurain, Fausto Coppi ou Tony Rominger, ces casquettes et maillots vintage, en l'honneur de cette course qui a donné son nom au restaurant ; une course cycliste créée en 1997 et se déroulant dans la Toscane italienne, où les participants ne pouvaient pas prendre de vélos, ni de vêtements d’après 1987 et dans lesquels la participation et l’expérience en étaient les valeurs principales. Images ou souvenirs du Giro, du Tour de France ou de la Vuelta en Espagne un peu partout.








L'offre à l'heure du déjeuner ou du dîner est variée avec des plats authentiques de la cuisine italienne. Entrées typiques, salades et pâtes fraîches faites maison qui feraient la fierté de tous les Italiens. Mais ce qu’il faut aussi mentionner et qui a toute son importance surtout dans la restauration, c’est le chef en cuisine ! Ici c’est Antonella Messina d’origine Sicilienne, formée dans le restaurant « Uliassi », qui compte aujourd’hui trois étoiles au guide Michelin, une très belle référence donc. Collaboratrice très précieuse à l’époque de Mauro Uliassi, elle prépare de délicieuses recettes avec d’excellents produits. Les relations des propriétaires avec leurs fournisseurs sont très étroites. Tous les produits sont sélectionnés en fonction de leur traçabilité. Pour cette raison, fruits et des légumes provenant directement de Molins de Rei, les glaces comme précédemment mentionné de chez « DelaCrem », les cafés du Honduras, des bières artisanales et des vins catalans et italiens.


Il y a bien entendu une carte ou plutôt une petite brochure avec l’histoire du lieu et intercalés dans le texte, tout ce qui a attrait à la restauration mais une partie de cette carte est indicative car les plats de la journée sont inscrits sur des ardoises. Les pâtes étant produites quotidiennement, les recettes sont bien entendu adaptées en fonction des produits et de la saison. De magnifiques propositions et toutes très sagement tarifées, ce qui n’est pas toujours le cas « chez certains Italiens » de Barcelone, qui ont un peu tendance à exagérer sur l’addition. Ici des plats entre une dizaine et quinzaine d’euros.



Dans la troisième section, la cuisine ouverte, les machines pour la fabrication de pâtes et les deux cuisinières dont Antonella.





Première assiette avec une Parmigiana. Les aubergines à la parmigiana ou la parmigiana d’aubergines sont (comme leur nom ne l’indique pas !) une recette traditionnelle du Sud de l’Italie, dont la Sicile et la Campanie se disputent l’origine. Parfaitement réalisée, une excellente sauce aux tomates, une aubergine bien fondante.


Puis une série de plats de pâtes que nous nous partagerons. J’apprécierai la délicatesse du service qui nous aura à chaque fois partagé les plats avec deux assiettes. Tout d’abord des raviolis à la ricotta au beurre et sauge. Ces raviolis sont un plat phare de la cuisine italienne. Nés plutôt au Centre et au Nord de l’Italie (on en retrouve notamment en Ligurie, Émilie-Romagne et Toscane), ils sont désormais répandus partout. Les raviolis ricotta et souvent aussi avec des épinards, sont vraiment des incontournables mais surtout sont un régal, on ne s’en lasse jamais. Ici ils sont délicats et assez léger, la pâte est d’une cuisson parfaite car bien évidemment encore « al dente », la qualité de la ricotta vraiment surprenante car presque crémeuse avec sa saveur bien particulière. 



Très belle autre assiette de pâtes avec des taglioline au pesto de courgettes, amande et basilic. Bien que le nom taglioline (ou tagliolini) sonne comme tagliatelle, les deux ne sont pas vraiment les mêmes, à part le fait que les deux sont traditionnellement des pâtes aux œufs coupées en rubans. En fait, le mot « taglia » signifie coupé en italien et la différence est en fait dans la coupe ! Les taglioline sont de longues mèches de pâtes quelque part entre le capellini et les tagliatelles. Chaque brin de pâte mesure environ 2 mm de large et est parfois légèrement cylindrique. Je dis parfois parce que les informations sur ces pâtes sont assez déroutantes. Cette recette de pâtes aux courgettes et aux amandes est un délice ! Le mariage de la douceur des amandes dans la sauce au basilic avec les courgettes est très fin et vraiment gourmand.


Puis une troisième assiette avec des tagliatelles aux champignons de saison. Un mélange de chanterelles d’automnes, de cèpes et de champignons régionaux. Des pâtes toujours avec la cuisson idéale et gourmandes.


Les desserts ne sont pas en reste et sont soignés. Tout d’abord un Panettone au Marsala. Une belle tranche associée a une sorte de mousse parfumée à cet alcool.


Ou encore le fameux Cannolo Siciliano qui ici est nettement supérieur a ceux servis dans d’autres réputés établissements italiens en ville. Une pure perfection ! Il se compose d’une coquille en forme de tube de pâte à tarte frite, fourrée d'une garniture douce et crémeuse contenant habituellement de la ricotta comme ici. Il être parsemé de pistaches et a un zeste d’orange et du sucre glace, ce qui est dans la plus pure tradition.


Jolie sélection de flacons eux aussi sagement tarifés avec un Gatzara Criança 2009, Conca de Barbera, vin élaboré à partir de 50% de merlot, 30% de cabernet sauvignon et 20% de tempranillo. Il a vieilli 12 mois en fûts de chêne français, En bouche, dense et puissant, mais la bonne maturation des raisins le rend plutôt rond et la fraîcheur en bouche cache l’alcool, ce qui lui confère une finale légère et en même temps très longue.


Un repas plus qu’étonnant au vu de la prestation offerte, une cuisine de trattoria absolument délicieuse, des pâtes cuisinées avec beaucoup de savoir faire et tout ceci dans l’un des cadres les plus surprenant que l’on puisse s’imaginer pour un restaurant. Je n’oublierai pas non plus notre agréable serveur qui nous a servi ce repas avec gentillesse et dévouement. Premier établissement ouvert ici à Barcelone mais il est prévu dans les dix prochaines années de lancer entre 50 et 100 cafés dans le monde ! En attendant, si vous voulez être surpris à tous les niveaux, une visite s’imposera !



jeudi 6 décembre 2018

La Estrella, Barcelone


Je me demande aujourd’hui pourquoi je n’avais pas eu l’idée jusqu’à présent de venir dans cet établissement. Un établissement pas du tout récent puisque son ouverture fût en 1924 avec l'arrière-grand-mère du propriétaire actuel. Mais ce n'est qu'en 1992 que Jordi Baidal et son épouse Pepi en ont fait ce qu'il est aujourd'hui, un restaurant historique que tous les gourmands devraient connaître. Donc je me demande vraiment pourquoi j’ai manqué cela jusque aujourd’hui ! Ce qui est le plus étonnant c’est que les réseaux sociaux n’en parlent que rarement, qu’il n’y a pas une explication logique à la raison pour laquelle un endroit d'excellent niveau, comme « La Estrella », est relativement peu connu, en tout cas par un grand nombre de « foodies ». La seule explication est que peut-être le fait que les nouvelles générations pourraient avoir une image d’un lieu ancien, ce qui est bien loin d’être le cas ! Mais aussi on peut penser que l’établissement possède sa fidèle clientèle et n’a aucune envie que de rendre le lieu plus médiatique.


Niché derrière l'Estació de França, à mi-chemin entre El Born et La Barceloneta, ce restaurant propose une délicieuse cuisine d'inspiration méditerranéenne préparée avec d’exceptionnels produits et beaucoup d'honnêteté. C’est d’ailleurs le chaleureux Monsieur Jordi Badal qui nous a admirablement conseillé lors de ce repas, parle un très bon français et qui s’est montré fort arrangeant puisque nous fûmes après le repas rejoints par une autre personne.




L’intérieur est vraiment très beau et probablement a dû l’être récemment réaménagé sans en avoir la certitude. Une très belle salle avec des tables élégamment dressées de nappes blanches, des banquettes de couleur vert olive, des luminaires simples mais de très bon goût, de belles et grandes baies vitrées qui donnent sur cette rue finalement un peu cachée.



L’établissement est le reflet de cette philosophie que je viens de mentionner : chaleureux, petit et familière, avec une décoration fonctionnelle à l’écart des mises en scène anciennes ou trop modernes mais tout de même assez élégant. Un endroit où vous vous sentirez rapidement chez vous.

Quelques traces du passé avec une horloge murale, des briques apparentes à certains endroits et quelques jarres de verre en hauteur. Sobriété et charme, voila comment l’on peut décrire l’endroit.


Comme c'est un restaurant basé sur la cuisine du marché, vous y trouverez des poissons, des fruits de mer et surtout la morue sont la spécialité de la maison. La carte propose des plats classiques de la maison et d’autres spécialités, généralement servies en portions généreuses avec des sauces soignées. Les suggestions sont présentées par le propriétaire et le maître, M. Baidal, avec une passion louable, mais à moins que cela ne soit explicitement demandé, le prix n’est pas mentionné, ce qui n’est pas un problème majeur car ici c’est une maison de confiance et les prix sont tout à fait raisonnables compte tenu de la prestation offerte. Il vous présentera généralement des plats en l'honneur de l'arrière-grand-mère, la fondatrice de l'établissement ; des plats traditionnels chargés d'histoire.  Et pour patienter, quelques petits choux dans un genre gougères, vraiment excellents.


En plat du jour, l’une de mes plats préférés qui ne se trouvent pas très souvent sur les cartes des restaurants, les anémones de mer. Elles poussent sur les rochers, à quelques centimètres sous l’eau. Elles se préparent comme ici généralement en beignets. Les uns recommandent de simplement les frire en chapelure, et de les assaisonner d’un soupçon de persil, et d’un filet de citron, d’autres préfèrent les frire dans une pâte à base de farine et d’œufs. C’est une rareté toujours savoureuse.


L'offre peut changer assez en fonction de la période de l'année, mais si vous avez la chance d'essayer les canyuts, une sorte de petits couteaux du Delta de l'Ebre, ne les manquez pas car vous ne les trouverez pas sur les différents marchés de la ville. Ils sont très savoureux et ne contiennent pas de sable. Ils sont absolument idéaux pour aiguiser votre appétit. Normalement c'est un plat fixe à la carte tant que la mer le permet parce que lorsque celle-ci est agitée, ils deviennent beaucoup plus difficiles à attraper et « La Estrella » sont très exigeants avec la qualité de leur matière première. Ici ils sont donc salés, préparés avec de l'huile d'olive, puis saupoudrés de noisettes broyées, une recette qui est presque devenue légendaire. Un plat que vous n’oublierez jamais et que nous avons même commandé deux fois !


Autre entrée sur les suggestions du jour, des lentilles noires avec une tranche de foie gras poêlé. Surnommée caviar végétal ou caviar des lentilles, la lentille Beluga est un légume sec de couleur noire. Originaire du Canada, elle est riche en fibres, en protéines, vitamines et minéraux. Bien ronde, noire et lisses, sa saveur douce proche de la noisette et de la châtaigne sublime de nombreuses préparations. L’ajout du foie-gras chaud est bien entendu une parfaite association, la vinaigrette bien équilibrée, la tuile de fromage est délicieuse.


Puis on sait que les plats de morue sont une marque de la maison et indispensables pour tout gourmet, nous choisirons la morue à la mousseline d’ail noir, plat à la saveur douce avec une sauce onctueuse. La cuisson du poisson est une référence ainsi que sa texture. Plat pas trop salé avec en plus de fines lamelles de topinambours en garniture. Une excellente assiette avec un très beau produit.


Nous serons comblés avec cet extraordinaire filet de thon provenant toujours de la région du delta de l’Ebre. Thon bluefin qui a été pêché selon le TAC (Total Allowable Catch) que le SCRS (Scientific Committe) de l’ICAT a défini comme durable. Un poisson qui a été nourri exclusivement de pêche extractive, sans aucun additifs, antibiotiques ou compléments alimentaires. On peut aussi prendre connaissance du pédigrée du poisson sur internet, donc sa traçabilité. Sa cuisson est un modèle du genre car cela peut paraître évident mais cela ne l’est pas. Avoir le centre encore moelleux et presque cru mais non froid, nécessite un sacré tour de main. Ce que l’on apprécie c’est de ne pas trouver d’ajour à ce produit comme c’est souvent le cas avec du sésame et autres idées asiatique dans une approche « tataki ». Ici c’est le produit, sa texture, sa saveur, et voila…c’est tout bonnement parfait. Quelques pimento del Padron et si on le souhaite une sauce additionnelle sur le côté.


Un seul dessert avec une excellente crème glacée au fromage de chèvre. Original, onctueux et délicat.


Un fromage pour l’un des convives avec une pâte de coing. Fromage de chèvre d’une certaine puissance dont je n’ai pas noté le nom.


Comme vin, ce fantastique Montsant Acustic Blanc 2016, couleur jaune paille aux reflets assez dorés. Au nez une bonne intensité aromatique aux notes de fruit blanc mûr (pommes, poire et abricot) avec quelques nuances de fruit tropicale et d'agrumes. Ils sont accompagnés d'arômes floraux subtils, fleurs d’oranger et touches d'herbes aromatiques intéressantes sur un fond onctueux de pâtisserie et notes grillées.


Une très belle adresse avec beaucoup d'âme, de tradition familiale et un grand respect pour la matière première. Cela peut sembler évident mais, précisément dans cette synthèse de simplicité, certes beaucoup plus difficile à réaliser qu’il ne le semble, réside le succès de cet établissement comme le montre toutes les années de sa création depuis 1924. Une magnifique table qui continue à fidéliser sa clientèle et à conserver, année après année, le type de cuisine qui les identifie, en dépit du fait que l'on en parle très peu (du moins dans les médias), c'est probablement parce qu'ils font quelque chose de bien. En tout cas, nous avons adoré !