jeudi 19 décembre 2013

Hoi Polloi, Londres



Quel incroyable endroit et quel nom bizarre que cet établissement… C’est une expression de l’ancien grecque  qui signifierait « la majorité »  et en Angleterre décrit la classe ouvrière, les masses, les gens normaux... et puis par la suite l’élite… Allez comprendre…

Il faut tout d’abord savoir que l’hôtel Ace de New-York est un lieu incontournable des hipsters de la ville ou officie le chef April Bloomfields. C’est donc à Shoreditch que vous trouverez le petit frère de celui de New York et c’est la qu’a été créée une brasserie moderne au nom de Hoi Polloi.


Une fois arrivé en face de l’endroit présumé vous serez un peu surpris car rien n’indique vraiment qu’il s’agit d’un hôtel à part une horloge au look rétro et encore moins qu’à l’intérieur se trouve une table qui fait en ce moment un sacré buzz. Ouvert seulement depuis le mois d’octobre, les branchés-lookés se donnent rendez-vous dans cet endroit de ce  quartier de Shoreditch.

Pour y accéder, deux possibilités. La première plutôt originale car l’entrée s’effectue depuis un petit magasin de fleurs et la seconde par le hall du présumé hôtel. Vous allez vite comprendre pourquoi, présumé..


J’en ai déjà fait des hôtels mais comme celui pas vraiment… Un hall d’entrée où l’on trouve plusieurs bars, un photomaton, des bicyclettes japonaises, des gens en train de boire des bières ou cocktails, dans un mélange un peu industriel, moderne scandinave et galerie d’art. On peut même observer un coin DJ avec des platines… Je ne suis pas sur encore en ce moment ou la réception est est à moins que cela soit le coin ou se trouvait il me semblerait de la vente de t-shirts comme au Hard Rock café… C’est noir de monde, il y a une ambiance festive. Unique dans son genre.





En partant sur la gauche et dépassé un couloir artistiquement délabré vous arriverez au Hoi Polloi mais comme précédemment décrit, passer par le magasin de fleurs de Hattie Fox depuis l’extérieur est plus que surprenant.



La salle de restaurant est également étonnante dans son design en même temps retro et contemporain. Difficile de savoir si c’est beau ou non, toujours est-il que l’impression générale fait penser au style scandinave des années 50. Un peu salle d’attente, un peu brasserie ou cafétéria chic, un peu ancienne salle de bal, on ne peut pas vraiment décrire précisément cet endroit mais il y a quelque chose d’un peu magique.



Des parois de bois en lambris étroit, des lampes en formes de boules, des tables recouvertes de linoléum, des lustres du designer Philippe Malouin, un bar sur un coin et les cuisines de l’autre côté. Ce qui me surprend tout de suite c’est cette coolitude avec certaines tables avec des poseurs, une autre avec une femme fatale qui boit des cocktails ou alors la sortie entre amis installés sur des banquettes.



Musique des années 80 ou électronique pas trop forte qui apporte au tout une ambiance vraiment très agréable. Aussi, la structure de la pièce étant carrée, il y a passablement de passage mais cela ne gène aucunement. Au contraire, c’est presqu’un spectacle d’observer les gens arriver…partir… de regarder le personnel en sweat-shirt au logo de la maison s’occuper de la clientèle de manière plutôt très efficace. Ce soir puisque nous sommes en prériode de fêtes, nous avons droit au sapin qui est éclairé presque de manière kitsch…  C’est vraiment un endroit très particulier d’un nouveau genre.

En regardant les cuisines, j’observe qu’il y a une sacrée brigade et que cela fonctionne de manière très structurée. J’ai plus l’impression d’être dans un restaurant gastronomique que dans une sorte de brasserie. 



Un très sympathique membre de l’équipe de salle me tend le menu qui ressemble presqu’à un journal avec des rubriques, petit-déjeuner, lunch, repas du soir et même repas au delà de 23 heures. Ce qui signifie que l’endroit est ouvert en continu et que la carte change en fonction des heures, ce qui est un concept vraiment très bien pensé.

Le choix est plutôt limité avec cinq entrées et une dizaine de plats principaux. A priori  des plats britanniques mais plutôt inventifs en tout cas sur le papier. Je trouve tout de suite mon bonheur car les intitulés sont plutôt alléchants.

Comme d’habitude on m’amène une corbeille d’excellents pains et de l’eau gazeuse. Je m’aperçois qu’il est devenu une tradition dans tous les établissements fréquentés récemment que d’être servi une eau faite maison soit plate ou gazeuse dans des bouteilles personnalisées en lieu et place d’être proposé ces eaux souvent à prix prohibitif qui frise parfois l’arnaque dans certains établissements en Europe. Pour illustrer cela, l’eau m’a été comptée 1.5 GBP !

 

La carte des vins est vraiment belle avec des vins au verre ou en carafe mais je suis plus attiré par la surprenante liste de bières londoniennes dont je n’avais pas connaissance. Sur les conseils de on serveur je prends une Beavertown Gamma Ray, American Pale Ale, ABV 5.4%. Une bière avec un mélange de malt : Simpsons Best, Caragold, Caramalt et de houblon : Magnum, Columbus, Bravo, Amarillo. Très parfumée et délicate en bouche.



Mon entrée intitulée sobrement broccoli et morue va plutôt me surprendre grandement car c’est un plat vraiment exceptionnel digne d’une table gastronomique. Visuellement très engageant et au niveau saveur et texture absolument délicieux. Les broccolis sont en petits morceaux et ont été préalablement poêlés. Sur chacun, un morceau de morue légèrement cuite sur laquelle des brisures de noisettes grillées ont été déposées. En dessous, deux sauces très onctueuses avec une première réalisée avec du broccoli et la seconde avec la morue. Ne pas oublier les quelques capres qui apporte une touche acide au tout. Ce plat est une vraie réussite et admirablement pensé. 


Je poursuis avec l’agneau confit pressé, topinambour, radis, madeire. Il s’agit d’une timbale d’gneau qui a du cuire de longues heures ; la viande a été réduite en petits morceaux et reconstituée dans un moule. Sur le dessus une mousse légère de topinambours avec quelques chips du même légume. Un lit d’épinards sautés, quelques légumes croquants rapidemment blanchis comme de la carotte et des lames de radis et une délicieuse sauce ou plutôt bouilloin à base de vin de Madeire. Le tout est incroyablement gourmand, léger et magnifiquement réalisé.


Je suis tellement impressionné par cette cuisine que je me décide pour un dessert ; le coing mariné dans un vin épicé, sorbet au babeurre et noix caramélisées au miel. En règle générale je ne suis que rarement impressionné par les desserts, mais je vous garantis que celui fut au dela de toutes mes attentes. Une base type shortbread-génoise sur laquelle des morceaux de coings imbibés d’une préparation type vin chaud ; sur le côté ce sorbet légèrement acidulé donnant un coup de fouet en bouche et contraste parfaitement avec la sauce du vin chaud bien concentrée et la touche croquante avec les noix croustillantes. Un très bon dessert.
 


Je ressors de Hoi Polloi avec de l’étonnement car j’ai vécu un moment assez innatendu ; une ambiance inhabituelle, un lieu vraiment différent et surtout une cuisine bistronomique de haut niveau. C’est vraiment une très grande réussite à tout niveau et le buzz est vraiment plus que justifié…

Quand je me remémore que sur le menu page  6 il est écrit dans un coin « Pourquoi retourner chez soi ? Restez pour la nuit, demandez à votre serveur les disponibilités et nous espérons vous revoir pour le petit déjeuner de 7 à 11 heures », on est plus que tenté…