vendredi 6 avril 2018

Sucursal Aceitera, Barcelone


Dans le quartier de Sant Antoni, au coin d’une rue, une devanture à l’allure plutôt sympathique et un nom qui interpelle, celui de « Sucursal Aceitera ».  Un endroit pour des tapas et plats à se partager dans une ambiance qui semble être très agréable, le tout préparé avec des produits bios. Un décor extérieur un peu rétro en tout cas dans la manière dont sont inscrits les noms sur volets et stores. A l’origine il semblerait qu’il s’agissait comme on peut s’en douter d’un dépôt à huiles.


L’intérieur est vraiment très bien décoré, préservant certaines structures d’antan comme certaines faïences sur l’un des murs de la pièce. On observera également d’anciennes pancartes et panneaux avec le nom de l’ancien établissement. Sur l’un côtés, de grandes baies vitrées le long desquelles l’on peut aussi manger et qui en plus l’été sont ouvertes.




Un traditionnel comptoir le long duquel l’on peut manger et jeter un œil sur les tapas froids rangés derrière une vitrine.



Et à gauche la cuisine où le chef finalise ses assiettes, ouverte sur une autre petite salle toujours le long des mêmes fenêtres.


L’idée ici est de proposer des tapas revisités que l’on trouve à la carte, mais comme nous sommes aux heures de midi, pourquoi ne pas profiter de l’alléchant menu tarifé à 13.90 euros, avec pain, vin ou bière, café ou dessert inclus. Menu de saison avec toujours trois plats à choix pour entrée, met principal et dessert.

Pour commencer de bons cannellonis à la Barcelonina. Normalement ceux-ci sont souvent accompagnés d’une sauce béchamel mais ici nous trouverons une sauce tomate plutôt assez concentrée et parfumée. Trois rouleaux avec une farce assez classique dans son goût, gratiné et recouvert de ciboulette ciselée.


Autre entrée avec une poêlée de champignons sur un œuf mollet, un petit bouillon tout autour. On y trouvera aussi un peu de lard légèrement fondu. Un œuf poché cuit à la minute, des champignons dans un peu de corps gras. Agréable entrée.


Ensuite un riz à la boutifarra, artichauts et champignons. Riz très bien cuit, bon fond de sauce, des artichauts grillées et découpés comme d’ailleurs la saucisse locale. Classique mais bien réalisé.


Autre type de plat avec un lapin à la Cazadora qui en fait est un ragout de lapin donc je ne sais pas s’il y a une recette classique mais toujours est-il qu’ici il était parfaitement grillé avec une sauce à base de petits morceaux de dives légumes mi-cuit/cru, comme des oignons rouges, des poivrons verts et rouges, le tout dans une sauce à base d’huile d’olive. Accompagné par une endive cuite probablement sur le grill pour qu’elle ne soit pas aqueuse. Assiette ménagère bien exécutée et légère, ce qui est fort appréciable.


Un simple dessert avec un yoghourt grec de qualité avec son crumble.


Un verre de vin blanc inclut pour accompagner ce repas.


Un endroit pour se détendre, prendre un verre, pourquoi pas un vermouth, des tapas comme fromages, olives ou des petites assiettes gourmandes et saines, dans un lieu agréablement décoré. Tout ceci dans l'une des rues les plus emblématiques de Sant Antoni, près de son marché populaire qui espérons ouvrira prochainement dans son lieu originel.

jeudi 5 avril 2018

Mes adresses: Forn Mistral, Barcelone


Pas franchement évident que de trouver du bon pain dans Barcelone et la plupart des bonnes boulangeries sont évidemment réparties aux quatre coins de la ville. Dans le quartier de Sant Antoni, celle qui est probablement la plus sophistiquée sera le « Forn Mistral » sur la ronda.


On trouvera ici du « pa de pagès », sorte de pain traditionnel de la cuisine catalane. Fabriqué de manière artisanale et cuit dans un four unique réfractaire. Sa teneur en graisse est inférieure à celle du pain commun. La croûte est également plus épaisse et donc sa conservation est de plusieurs jours. Sa forme est ronde et est généralement commercialisée en 250 grammes, un demi-kilo ou deux kilos. On l’utilise parfois pour préparer des tranches de pain avec de la tomate. Des pains aux graines de lin et pavot, des multicéréales. Certains au chocolat et orange.


Egalement du « pa de xeixa», variété de blé ancien appartenant aux îles Baléares. Un blé rustique très digestif, avec une saveur intense et avec un indice allergénique presque inexistant pour être plus faible en gluten que beaucoup d'autres. On peut trouver de références à cette céréale dans les fables et dans la culture populaire, un signe de l'importance qu'elle avait pour la vie quotidienne des gens. Au cours du XXe siècle, il est tombé en désuétude, peut-être en raison de la faible production puisque les grains sont de petite taille. Aujourd'hui, sa culture est limitée, même si ces dernières années elle a beaucoup récupéré grâce aux petits agriculteurs écologiques. Du pain sans levain, avec du lin et graines de courges.




C’est ici que Andreu Bertran obtint une récompense pour le concours « Pa Més Saludable », organisé par le club Richemont et son pain « Pandreu », confectionné avec de l’épeautre, du seigle, des fruits secs et de la levure. Et bien d’autres pains assez sophistiqués.


Dans un autre coin, des pains médiévaux, orientaux, et une série de pains à trancher souvent complets.


On fera la file car évidemment c’est une boulangerie fortement courtisée et de qualité. Le service est assuré par une série de dames recouvertes de chapeaux rouges.



On trouvera aussi des pâtisseries, des gateaux et des pièces salées. Par exemple des bras du gitan.



Petits pains aux olives, aux graines de courge et bien sur le fameux pain de Coca, un pain espagnol qui ressemble à la focaccia italienne, préparé à base de farine, d'eau et d'huile d'olive. Il peut se manger nature ou être servi chaud trempées dans une soupe à la tomate.


Traditionnellement, il sert de base pour une garniture salée comme des tomates, de l'ail, du chorizo, des anchois.

N’oublions pas les bunyols, initialement introduits en Catalogne par les juifs sépharades au Moyen Âge, mangé pendant le Carême. Il existe deux types de ces boules de pâte frites savoureuses: les bunyols de l'Empordà et les beignets de Vent. Les Bunyols de l'Empordà se caractérisent par un trou moins arrondi au milieu. Les Bunyols de Vent, en revanche, ont une forme ronde et ne sont généralement pas remplis, bien qu'ils puissent être achetés avec de la crème ou du chocolat au milieu.


En vitrine, des ensaïmada qui est un produit pâtissier de Majorque. C'est une cuisine commune mangée dans la plupart des anciens territoires castillans en Amérique latine et aux Philippines. Celle de Majorque est faite avec de la farine, de l'eau, du sucre, des oeufs, de la pâte mère et une sorte de graisse de porc. Le nom de ensaïmada vient du mot catalan saïm, qui signifie «lard de porc» (du mot arabe shahim, qui signifie «gras»).


Aussi de la coca de forner, gâteau très populaire en Catalogne, c'est aussi une recette traditionnelle et très représentative du festival de San Juan. Plus précisément, le gâteau gâteau de ce boulanger est fait avec des pignons de pin.



Une boulangerie très riche en sorte de pains qui propose des produits biologiques, des réalisations avec diverses céréales, des pâtisseries locales et des gateaux fidèles à ce que sont les anciennes recettes catalanes.



lundi 2 avril 2018

Bicnic, Barcelone


Voici probablement l’une des plus belles tables depuis longtemps ou du moins celle qui m’a fait le plus d’impression dans la gamme des nouvelles tables Barcelonaises, cette dernière ouverte en octobre 2017. Même propriétaires que la porte d’à côté avec le « Betlem » qui est plus une vermuteria, un bar à tapas ou encore une taverne. Ici il s’agit d’une offre gastronomique dans un espace assez « mode » et branché. Le nom serait l’association du B de « Betlem » et du mot pic-nic. Un pic-nic urbain comme il se plait à dire, mais la prestation n’est vraiment pas celle d’un repas sur l’herbe mais celle d’un tout autre niveau.


A l’origine un food-truck qui se transforma en un restaurant avec deux sections : FAST et SLOW. Dans la première, des plats plus simples et rapides à déguster comme salades et sandwichs. Dans la seconde, comme l’on peut se l’imaginer, une cuisine plus élaborée dans un environnement plus adapté pour un vrais repas et une soirée. En cuisine le chef Victor Ferrer qui monta ce concept avec un studio de design appelé Toormix.


On entre dans ce concept en passant tout d’abord par la partie magasin, ensuite celle appelée FAST ; un long bar avec des tabourets et une vue sur la cuisine. Cuisine du jour que l’on comme donc plutôt probablement pour le déjeuner. Egalement une possibilité d’emporter ses plats. Et pour compléter, la table du chef dans la cuisine sur réservation.






Ensuite l’on arrive dans la partie SLOW qui est supposé rappeler la campagne avec ces tables de bois, ces murs de couleur verte et ces structures boisées censées rappeler des branches d’arbres. Un espace assez aéré pour se sentir comme à l’extérieur, un haut plafond, de grandes baies vitrées qui donnent sur la rue, un endroit tout de même assez chic.




Un côté également aussi ludique avec la projection continue sur un écran circulaire d’extraits de films où des acteurs célèbres sont en train de manger. Projection qui a lieu au dessus d’une grande table pour groupes.



Tables en bois, dressage épuré, vaisselle très choisie, dans le ton actuel, à savoir souvent de la poterie.


Une carte qui se base sur des produits de marché et de saison. A première vue ou plutôt lecture, on pourrait s’imaginer trouver une cuisine un peu fusion et inspirée comme dans beaucoup d’endroits par l’Asie et l’Amérique Latine. Je dois admettre que très souvent ce type de cuisine n’est pas vraiment bien pensée car les ingrédients sont mal intégrés, mal associés, trop présents en bouche et finalement lassants. C’est définitivement la première fois que je découvre une cuisine inspirée et d’une très grande délicatesse, qui a su doser ces ajouts d’ingrédients d’autres continents de manière absolument précise sans jamais tomber dans des plats à pseudo-saveur exotiques. Il y a un savoir faire vraiment exceptionnel et l’on pourra même affirmer une touche un peu française dans cette cuisine. Ceci peut peut-être s’expliquer par le fait que le chef Victor Ferrer passa par l’école hôtelière d’Avignon et surtout travailla au Plaza Athénée de Alain Ducasse.

Nous commencerons par le magnifique « Super Ravioli » dans un bouillon de shiitake. Avec l’apparence d’un gyoza, il est farci avec du jarret de veau cuit dans un vin rouge, recouvert ensuit de cet exceptionnel bouillon parfumé au champignon. On trouvera également du tapioca dans le fond de l’assiette. Le bouillon est ensuite versé directement à table. A noter qu’il s’agit de deux raviolis mais que cela n’a pas posé de problème que de servir deux bols. Un goût vraiment subtil et une belle présentation. On voyage entre France pour le côté daube de la farce et un légèrement Asie pour le côté puissant du bouillon mais qui pourrait tromper car c’est assez les senteurs d’un bouillon réalisé avec de la viande.



Prodigieuse nouvelle assiette que le tartare de boeuf et d’anguille sur un os à moelle. L’anguille est fumée, incorporée au bœuf coupé à la main, le tout déposé sur cet os cuit au four. L’idée consiste à mélanger le tout en bouche en utilisant une cuiller et d’accompagner de pain grillé. Jeu de textures et de saveurs dans qu’une remporte sur l’autre, le moelleux de la moelle amène de la suavité en bouche.




Nous poursuivons avec les fondantes joues de veau, braisées à la perfection, accompagnées par une fricassée de champignons et d’un fond de sauce aux bolets. Cuisson longue, fond de sauce parfait, champignons sautés pour un peu de fraicheur et crème de topinambours en dessous. Ici aussi un peu d’influence française et une parfaite maitrise des cuissons.


Un plat vraiment magnifique avec la raie qui est cuite sur le grill avec son arrête, accompagnée d’un aïoli à l’ail noir et d’un délicieux bouillon de poissons de roche, type « suquet ». Ce qui me surprend à nouveau c’est cet équilibre des saveurs en bouche qui les yeux fermés ne laisseraient pas supposer que les saveurs sont locales mais réellement gastronomiques avec une sauce aérienne.


Les desserts ne sont pas d’un niveau inférieur car le lingot de chocolat noir avec une crème aux épices et d’une huile elle aussi épicée au Mole est une totale réussite pour un dessert au chocolat. Pas trop de sucré, pas écoeurant, léger, une crème parfumée à la cardamome avec des pignons rôtis et cette concentration inspirée des sauces "mole" mexicaines mais réduite en huile ou petite compote. Un dessert de table étoilée.


Plus ménager, l’excellent crumble aux pommes à base d’avoine, de pomes rôties à la réglisse, crème à la rhubarbe et glace au sureau. Belle association entre fine acidité, le délicat floral et le côté croustillant.


Belle découverte que ce vin rouge appelé Faust 1.2, un Pénedes de la Celler Finca Parera, bio, douze mois de barique française, une belle attaque et longueur en bouche.


Le service fût enthousiaste, informel et amical. Tout fût parfaitement orchestré dans cette succession d’assiettes.

Comme on peut le comprendre, il ne s’agit pas d’une cuisine de pic-nic mais d’une série de plats très pensés avec des jeux de couleurs, de textures et d’arômes. Une cuisine que l’on peut qualifier d’internationale mais toujours avec un fil conducteur, un savoir faire comme dans peu d’endroits à Barcelone, beaucoup d’originalité mais aussi beaucoup de maitrise. Un voyage de saveurs, une approche culinaire très inspirée, gourmande, dans un lieu moderne et très agréable, un vrai coup de cœur.

dimanche 1 avril 2018

Centric Canalla, Barcelone


C’est un peu l’un de mes endroits préférés pour le lunch dans les environs de la place de Catalogne. On pourrait s’imaginer tomber dans un attrape-touristes, mais pas du tout. Principalement fréquenté à ces heures par les locaux, on y trouve toujours de petits tapas bien sympathiques et de toute première fraicheur. Rien de moderne, que du classique mais tout est particulièrement bien réalisés. Un décor toujours très plaisant que ce vieux bar à un coin de rue du haut du Raval, avec son intérieur très cosy, son ambiance reposante. Un bar quelques tables, j’y ai toujours trouvé de la place ou alors simplement eu de la chance.


Inscrits sur le miroir, les tapas de « Centric Canalla », avec également une carte qui reprend une partie de ceux-ci, incluant également les boissons.


Sur le comptoir les tapas plutôt pour grignoter avec une bière ou un vermouth mais c’est dans la petite cuisine un peu cachée que se passe la conception de ces belles assiettes chaudes.


Bière standard en attendant de commander, on peut ici aussi bien manger que simplement prendre un verre, c’est toujours un plaisir de s’attabler à l’une des petites tables en marbre et observer le va et vient des clients.


S’il y a bien une chose que je ne veux pas manquer ici, c’est leur pain à la tomate. Certes pas franchement original mais tellement rarement bon. Ici pour moi c’est juste un régal. Déjà le pain de coca est excellent et juste toasté pour qu’il soit croustillant. Servi tiède avec la tomate juste frottée au dernier moment, le filet d’huile d’olive de qualité et surtout le sel au dessus. La plupart du temps, le pain n’est pas bon, la tomate aqueuse et sans goût, l’huile insipide… Ici, je me répète… la perfection.


On peut dire la même chose de la salade russe…On sent les légumes maison et non pas de la boite, idem pour la mayonnaise associée eu quantité raisonnable et pas figée comme souvent. De la à dire que c’est une version légère...peut-être pas mais en tout cas très bonne.


Et pour terminer d’excellents calamars à la plancha. D’une incroyable fraicheur, simplement cuits quelques instants dans un peu d’huile d’olive dans laquelle probablement a été incorporé un peu de persil sous forme de purée et peut-être de l’ail, mais sans excès. Ces calamars simplement préparés sont d’un tendre comme dans peu d’endroits.


Un bar à tapas qui reste toujours dans le haut de ce qui se fait dans le quartier, produits extra-frais, une maitrise des cuissons, des assiettes toujours gourmandes et cela dans une ambiance vraiment agréable.