jeudi 29 octobre 2026

Mal de Amor, Santiago Matatlán

 

Une autre Mezcaleria mais cette fois-ci non pas pour visiter, ni boire mais pour déjeuner...Oui, car certains établissements font aussi table.


Dans la région de Oaxaca il existe plusieurs établissements qui sont à la fois mezcalería et restaurant, avec des approches très différentes.


Mal de Amor est probablement l'un des meilleurs exemples de cette région, d'un lieu qui combine production de mezcal, dégustation, hébergement et restauration.


Situé à Santiago Matatlán, le domaine est entouré d'agaves et propose une expérience beaucoup plus soignée et immersive que de nombreuses palenques traditionnelles. La visite permet de découvrir la production de leurs mezcals, puis de déguster différentes expressions accompagnées de cuisine oaxaquénienne. L'ensemble est pensé comme une destination gastronomique et œnotouristique du mezcal.


Ce qui distingue particulièrement Mal de Amor , un très beau cadre rural parmi les agaves, un restaurant reconnu, pas seulement quelques snacks pour accompagner la dégustation. Une belle carte de mezcals de leur propre production et même une possibilité de séjourner sur place.


L’ambiance plus élégante et contemporaine que certaines palenques familiales.


L'ensemble est organisé autour d'un palenque traditionnel, au milieu des champs d'agave. Les bâtiments sont bas, ouverts sur l'extérieur et directement reliés aux espaces de production. On passe des plantations aux fours de cuisson, puis aux zones de fermentation et de distillation.


Le design semble privilégier l'authenticité plutôt que la sophistication avec de grandes tables conviviales, du mobilier rustique en bois, un décor lié au mezcal et à la culture zapotèque et la présence des équipements de production comme éléments de décor naturels.

L'atmosphère est celle d'un lieu vivant où l'on produit réellement du mezcal, pas d'un restaurant conçu avant tout comme un objet architectural.

Une ambition culinaire assez élevée, mêlant cuisine oaxaquénienne traditionnelle, produits locaux et influences internationales.


Cela sera des croquettes de pommes de terre au poulpe, mozzarella, jalapeno, sauce de tomates vertes et avocat. À la dégustation, on est dans un registre très oaxaquénien-mexicain contemporain avec la pomme de terre apporte le moelleux, le poulpe qui ajoute une note marine, la mozzarella apporte le côté filant et réconfortant, le le jalapeño donne une chaleur modérée et végétale, la tomate verte (tomatillo si c'est bien cela) apporte une acidité fraîche et l'avocat arrondit l'ensemble avec son gras délicat.


Un guacamole avec une sauce pico de gallo qui apporte l'acidité de la tomate, le croquant de l'oignon, les herbes fraîches (coriandre) et un peu de piment.


Des enchiladas oaxaquaines farcies au quesadilla et une sauce mole coloradito. Le point intéressant est lc mole, souvent considéré comme le plus accessible des grands moles d'Oaxaca. Moins complexe que le mole noir, moins fruité que le manchamanteles, dominé par les piments rouges séchés, la tomate, les épices et une touche de chocolat très discrète. Sa texture soyeuse, saveur à la fois douce, terreuse et légèrement sucrée.


Une Tlayuda de tasajo qui est bien une préparation de bœuf emblématique d'Oaxaca. Il s'agit généralement de fines tranches de bœuf, salées puis légèrement séchées. La viande est ensuite grillée au charbon ou à la plancha. Le résultat est plus tendre que la cecina du centre du Mexique et moins sèche qu'une viande des Grisons ou qu'un jerky. Une tlayuda de tasajo est donc typiquement composée d'une grande tortilla de maïs croustillante (la tlayuda), d'une couche d’asiento (graisse de porc traditionnelle), de purée de haricots noirs, de quesillo (fromage d'Oaxaca), de nopal et de tasajo grillé. Au final, une tlayuda entière constitue souvent un repas complet pour une personne ayant bon appétit, voire à partager en entrée à deux.


Comme boisson un suero qui et à base d’eau minérale, de jus de citron vert, de sel et un peu de glace.


Ici on trouvera avant tout des plats de cuisine populaire oaxaquénienne ou de cuisine de mezcalería. Ils sont souvent très bons, généreux et identitaires, mais ils ne cherchent pas forcément la finesse, la précision ou la complexité aromatique d'une grande table.

mercredi 28 octobre 2026

Mes adresses : El Rey Zapoteco, Santiago Matatlán

 

Le mezcal est produit principalement dans le sud et le centre du Mexique à partir de différentes espèces d'agaves. Contrairement à la tequila, qui ne peut être élaborée qu'à partir d'agave bleu (Agave tequilana), le mezcal peut être fabriqué à partir de nombreuses variétés d'agaves. Les États bénéficiant de l'appellation d'origine « Mezcal » sont notamment Oaxaca,  de loin le principal producteur (plus de 80 % de la production). C'est le cœur culturel du mezcal.

On le produit autour de :

  • Santiago Matatlán (souvent appelé « la capitale mondiale du mezcal »)
  • San Dionisio Ocotepec
  • Santa Catarina Minas
  • Miahuatlán
  • Ejutla

On y trouve notamment des mezcals élaborés à partir de :

  • Espadín
  • Tobalá
  • Tepeztate
  • Arroqueño
  • Cuishe
  • Madrecuixe

Aujourd’hui nous nous rendons a Santiago Matatlán chez El Rey Zatopeco qui est une maison qui jouit d'une très bonne réputation auprès des amateurs sérieux. Elle a été fondée en 1960 à Santiago Matatlán, et reste dirigée par la famille Hernández.


C'est un producteur historique d'Oaxaca, pas une marque marketing créée récemment  La production reste très traditionnelle : cuisson en four conique enterré, broyage à la tahona (meule de pierre) et double distillation en alambic de cuivre.


L'entreprise est aujourd'hui dirigée par la deuxième génération de la famille (les frères José-Augusto, Hernan et Efraín Hernández Escobar) sous le regard de la matriarche Doña Juana. Le maître mezcalero (maestro mezcalero) est Efraín Hernández Escobar.


Le mezcal est produit de façon artisanale et traditionnelle à partir de magueys/agaves matures (cultivés dans leurs propres plantations.  La gamme est vaste, avec aussi bien des espadíns classiques que des agaves plus rares comme Tobalá, Tepeztate, Cuishe, Jabalí ou Mexicano.


Les mezcals sont généralement très propres, équilibrés et représentatifs du style traditionnel de Matatlán.


Comment est fabriqué le Mezcal ? Tout d'abord, il est essentiel de savoir que tous les Mezcals ne sont pas produits de la même manière. Selon le type d'eau-de-vie d'agave, les méthodes de production peuvent varier plus ou moins.


Actuellement, trois types sont distingués : Mezcal, Mezcal Artesanal et Mezcal Ancestral. Ce dernier est produit selon un processus de production complètement traditionnel, encore principalement utilisé par de petits agriculteurs aujourd'hui. Ce type permet seulement de produire de petites quantités et est difficilement exporté. Le Mezcal Artesanal comme ici chez El Rey Zapoteco est un compromis solide entre le Mezcal influencé par l'industrie et le Mezcal Ancestral strictement traditionnel.

Le Mezcal Artesanal  est aujourd'hui la catégorie la plus répandue parmi les bonnes maisons oaxaquéniennes.

Elle impose notamment :

  • Une cuisson des agaves dans des fours enterrés ou traditionnels ;
  • Un royage à la tahona (meule de pierre), au maillet ou avec des procédés traditionnels ;
  • Une fermentation naturelle en cuves ouvertes ;
  • Une distillation dans des alambics de cuivre ou d'argile.

Les feuilles de l’agave, qui n'ont pas de rôle dans le processus ultérieur, sont coupées, laissant derrière elles un gros noyau végétal ovale qui ressemble visuellement à un ananas. C'est pourquoi ce cœur d'agave est également appelé "piña" (en espagnol pour "ananas").



Après la récolte, le processus de cuisson à la vapeur de ces piñas a lieu. Traditionnellement, pour ce processus, des fosses souterraines sont creusées, dans lesquelles du bois est brûlé tandis que des pierres sont placées au-dessus, chauffant ainsi. Une fois que le bois en dessous est brûlé et que les pierres sont incandescentes, une couche de parties végétales humides est étalée pour protéger les cœurs d'agave de la combustion. Ce n'est qu'alors que les piñas sont réparties autour de cette fosse, créant une butte. Elle est ensuite recouverte de parties végétales sèches et de sable. Les cœurs restent là pendant environ 3 à 5 jours. Ce processus élaboré convertit les glucides en sucre, crucial pour le traitement ultérieur. Cependant, cette méthode de cuisson n'est désormais prescrite que pour le Mezcal Ancestral d'origine, tandis que pour le Mezcal Artesanal, des fours hors sol.


Après le processus de cuisson à la vapeur, la chair ramollie est divisée en petits morceaux, qui sont ensuite écrasés en une pulpe fibreuse. Selon le style, cela se fait à l'aide de machettes, de moulins traditionnels comme ici ou de machines industrielles.




Traditionnellement, des souches de levures cultivées ne sont pas utilisées pour la fermentation. La pulpe fibreuse est placée dans des récipients non scellés choisis en bois comme ici, pierre, terre, argile ou peau d'animal.



La fermentation se produit, induite par des souches naturelles de levure. La température, la taille du fût, l'humidité et le type d'agave déterminent la durée de ce processus, qui est prévue entre une et deux semaines. Cependant, ces directives ne s'appliquent qu'au Mezcal Ancestral et au Mezcal Artesanal.



Après la fermentation, la teneur en alcool de la mouture est d'environ 5 % en volume. Elle est maintenant prête à être distillée.



Tout comme les récipients de fermentation, les appareils de distillation peuvent également être très différents. Alors que seuls les alambics originaux en argile sont autorisés pour le Mezcal Ancestral, des alambics en cuivre comme chez El Rey Zapoteci peuvent également être utilisés pour le Mezcal Artesanal.


Il est important que le processus de distillation se fasse sur un feu ouvert et que les fibres de fruits restent dans le liquide pendant ce temps. Peu importe le processus de fabrication suivi, à la fin, on obtient un Mezcal avec un degré d'alcool d'environ 45 % à 55 %.



Une fois la visite faite qui peut prendre facilement 45 minutes, vous pourrez faire une dégustation (payante) et faire bien entendu vos achats dans la boutique attenante.




La visite de El Rey Zapoteco est comme l'une des meilleures introductions au mezcal traditionnel pour quelqu'un qui veut comprendre la production sans tomber dans une expérience trop "touristique".


Nous aurons vu, les fours coniques creusés dans le sol où les piñas sont cuites , la tahona, la grande roue de pierre utilisée pour le broyage, les cuves de fermentation et les alambics en cuivre utilisés pour la distillation.

Si vous cherchez quelque chose de plus rare et artisanal, beaucoup d'amateurs considèrent les palenques de Santa Catarina Minas comme encore plus fascinants grâce aux alambics en argile. En revanche, pour une visite claire, agréable et représentative du mezcal d'Oaxaca, El Rey Zapoteco est un très bon choix.

 

mardi 27 octobre 2026

Los Amantes Mezcalería, Oaxaca de Juárez

 

Ce ne sont pas les Mezcaleria qui manquent à Oaxaca mais celle-ci a un charme très particulier ; c’est une adresse qui vaut le détour et que se trouve juste en face du temple de Santo Domingo, au 107 rue Allende, dans le centre historique.


Los Amantes est à la fois une marque de mezcal et donc un petit bar de dégustation au centre d’Oaxaca.

La marque est née à Oaxaca en 2004 avec l'ambition de promouvoir la culture et les traditions oaxaquéniennes à travers le mezcal. Dans l'univers du mezcal, le terme "amantes" ("les amoureux", "les passionnés") est souvent compris comme une référen    ce aux amoureux du mezcal, aux amoureux d'Oaxaca ou plus largement aux passionnés des traditions, de l'artisanat et de l'art de vivre mexicains.


En 2006, l'artiste Guillermo « Willy » Olguín et ses partenaires ont fondé cette célèbre Mezcalería Los Amantes à Oaxaca. Pour donner vie à leur propre marque de mezcal, ils se sont associés au savoir-faire du Maestro Mezcalero Eric Hernández. Eric Hernández élabore le Mezcal Los Amantes de manière entièrement traditionnelle à Tlacolula de Matamoros, dans les vallées centrales d'Oaxaca. Il utilise principalement l'agave Espadín (Agave angustifolia), cuit dans des fours creusés en terre et distillé dans des alambics en cuivre dont il a lui-même perfectionné le design.


C’est un tout petit bar d’une seule salle au rez-de-chaussée, avec très peu de places assises (une dizaine de personnes tout au plus), sans terrasse, sans nourriture et sans aucun objet moderne : juste du mezcal, un barman et un guitariste au nom de Don Zenon ou Zenon Melchor.


On appréciera l’ambiance de vieille cantina de 1900 qui rappelle le Mexique d’autrefois et la musique live.


Un mélange de surréalisme et de style oaxaquénien, avec une tête de chèvre empaillée, un tableau d’une femme nue et un personnage en papier mâché qui traverse une vitrine derrière le bar.


Sur les murs, d’anciennes gravures et une impressionnante collection de jarres de mezcal. Pour le mezcal, le verre est le contenant de référence : il est inerte et ne modifie ni l’arôme ni le goût.


Ce sont des Damajuana (garrafón) : de grandes bonbonnes en verre, souvent gainées de paille ou de plastique, utilisée traditionnellement à Oaxaca pour stocker le mezcal en vrac. En dehors de la fabrication artisanale de boissons, elle est aujourd'hui un objet de décoration vintage très recherché (utilisée comme grand vase ou transformée en lampe).


Le personnel explique les trois mezcals artisanaux proposés en dégustation, pour 200 pesos mexicains. Une ambiance intime, plutôt élégante et contemporaine, avec une orientation "culture du mezcal" plus que simple bar à cocktails.


Le vaso veladora est un petit verre cylindrique traditionnellement utilisé dans les églises mexicaines comme bougeoir (souvent doté d'une petite croix moulée au fond), mais détourné au Mexique pour la dégustation du mezcal (et parfois de la tequila ou de la sangrita).


Une atmosphère vraiment chaleureuse et des explications données sur les différents agaves et mezcals par Claudia la barmaid qui est très qualifiée.

Mezcal distillé à la main à Tlacolula, 100 % agave espadin, cuit en fours traditionnels, broyé à la tahona et distillé dans des alambics en cuivre. La gamme se limite à joven, reposado et añejo, avec un degré d’alcool un peu plus bas que d’autres, ce qui convient aux débutants.


Un mélange d'amateurs de mezcal, de visiteurs oaxaquénos et de voyageurs. L'endroit est généralement plus raffiné que beaucoup de mezcalerías populaires du centre. Pour un verre en soirée, c’est une très bonne option, surtout si le guitariste est là et qui chante souvent des balades mexicaines anciennes.