dimanche 18 janvier 2026

Bodega Sagarra, Barcelone


 J’avais assez été étonné de la disparition subite de « El Banquet » supervisé par le chef Sergi de Meia dans cet établissement. Allez savoir pourquoi cela n’a pas fonctionné, tout ce qui est proche de la Rambla, c’est toujours très compliqué avec la clientèle principalement touristique des environs. Fermeture puis je me demandais bien ce qui allait se passer.


C’est là que le Group Confiteria entre en piste… Le Group Confiteria dirigé par Lito Baldovinos et Enric Rebordosa se positionne depuis quelques années comme les sauveurs des lieux historiques en ville et c’est avec joie que l’on apprit qu’ils avaient donc racheté cette adresse, groupe spécialisé dans la préservation de l’histoire et du caractère des établissements qu’ils acquièrent.


L’emblématique ancien Bar Sagarra qui fût fermé pendant la pandémie, puis transformé en Banquet comme préalablement mentionné a donc réouvert sous un nom presque semblable, Bodega Sagarra.


Une terrasse qui donne sur la sympathique petite place face à d’autres établissements.


L’intérieur a totalement été rénové, mais en lui conservant une structure de bar de tous les jours où l’on vient soit simplement pendre un verre accoudé au comptoir, soit manger ou picorer. Tout à été fait d’une manière qui rappellera les designs des années 70 comme c’est devenu de plus en plus à la mode à Barcelone.


Table de style formica, créé en 1912 aux États-Unis par le groupe Formica, il s'agit d'un stratifié haute pression. C'est un assemblage de feuilles de papier kraft imprégnées de résine thermorésistante. Les chaises de l’époque adaptées, un long bar en aluminium avec sur la droite l’ancienne armoire frigorifique qui n’a pas changé.


Quelques éléments de décoration locale comme bien évidemment des t-shirts du Barça, puis dans un coin probablement un peu plus intime car arrangé de quelques tables sous des tonneaux en hauteurs et quelques gravures du peintre Miro sur les murs.


Une proposition culinaire des plus classiques de bars à tapas ; on y trouvera tous les classiques catalans ou d’autres régions d’Espagne, axée sur la cuisine de marché et informelle à partager. Sandwichs, tapas, petits plats, charcuteries et desserts.


Ce soir il n’y a pas beaucoup de monde et le problème est qu’il n’y a qu’un serveur. Il en résulte que malheureusement les plats trainent en cuisine et que pour éviter trop d’aller-retour…on vous met presque tout au même moment sur la table, arrive parfois tiède…ce qui n’est pas vraiment agréable et qui en plus refroidit encore plus ! Situation a vraiment corriger…Des croquettes ou beignets tièdes ou froides…ce n’est vraiment pas terrible.



Nous choisirons une plaisante Pluma ibérique avec une un fond de sauce quelques câpres, de la ciboulette et du poivre rose sur le dessus, le tout sur un écrasé de pommes de terre.


Un morceau de merlu frit sur un peu de concassé de tomate et écrasé de pomme de terre mais comme déjà mentionné, tiède.


Une intéressante salade russe en escabèche, c’est-à-dire que l’on trouve dessus les éléments classiques de cette préparation vinaigrée et amène une excellente touche d’acidité


Un grand et bon beignet de morue accompagné d’un aïoli et d’une sauce type romesco, mais tiède…


Une bouteille de vin rouge, Les Forques Mas Candi, un vin rouge fruité. Au nez, il déploie des arômes puissants de fraises et de cerises mûres, accompagnés de touches d'épices.


Une belle nouvelle adresse dans un quartier un peu démuni de ce genre de bar et de restauration, un décor d’époque bien fidèle au passé, quelques ajustements seraient nécessaires pour l’orchestration des plats, qui pourraient être mieux servis.

jeudi 15 janvier 2026

Records, Barcelone

 

Et voila encore une adresse des plus prometteur ce début d’année qui j’espère va avoir le succès qu’elle mérite car la prestation fût au-delà de toute attente. Le quartier de Les Corts est en train de changer et de devenir le nouvel eldorado culinaire à Barcelone un peu comme le quartier de Sant Antoni il y a quelques années maintenant de cela, devenu entretemps peut-être trop médiatisé.


C’est dans une superbe locale qu’Enrique et Gérard sont venu poser « leur valises ». Les deux ayant passablement voyagé avec une halte qu’il faut mentionner, celle en Grande-Bretagne et un passage dans le restaurant étoilé The Frog de Adam Handling. Restaurant phare du chef un menu britannique contemporain composé de plats à base de produits locaux.


J’insiste sur ce passage non pas pour de la promotion mais pour soulever qu’Enrique le chef et son partenaire d’origine Madrilène, ont une vue gastronomique qui va bien au-delà de la cuisine Catalane et c’est important de le mentionner.


Records avec son nom anglais fait référence à « Recuerdos » ou souvenirs…En réalité des souvenir de la cuisine catalane traditionnelle, celle qui fait partie de notre mémoire collective, revisitée avec créativité et respect. Une cuisine authentique, à base de produits locaux et préparée avec passion.

L’intérieur a joliment été renouvelé au goût du jour avec une salle à manger en trois parties. Le devant face à la baie vitrée qui donne sur la rue, le long du bar et de la cuisine ou Enrique en maitre seul prépare les assiettes et le dressage, et face à celle-ci, un ensemble de table dans un coin, plus confortables et sans promiscuité.

Table devant un mur de briques apparentes avec une banquette.


Gérard en tant que maitre de salle est absolument délicieux, de bon conseil, souriant et toujours à l’écoute de la clientèle.


La carte est subtilement organisée. Des plats catalans regroupés dans une section appelée « tradicion », des « interprétations » de plats catalans classiques, puis deux sections beaucoup plus nouvelles et créatives baptisées, « de la terre » et « de la mer ». Vous verrez que les plats de ces sections sont beaucoup plus modernes et utilise des techniques culinaires plus internationales, voire françaises comme dans peu d’endroit à Barcelone. Je pense que c’est la qu’Enrique excelle mais par prudence, il faut aussi proposer du plus conventionnel.

Pour la bienvenue, une petite coupelle avec ail, tomate pour faire son pain à la tomate et quelques rondelles de saucisson catalan, le fuet. Les incontournables classiques catalans.


Puis pour démarre des croquettes de poulet où le poulet est, comme il se doit, la star. Car souvent la farce est sans texture ou gout. Ici ce sont des modèles dans leur genre car le poulet est bien présent dans les saveurs et la mâche.


Premier plat mémorable, les petits calamars, chou romanesco et sauce tandoori. Calamars cuits très rapidement afin de conserver leur souplesse en bouche, à la braise d’ailleurs comme la plupart des ingrédients. Le romanesco est une variété de chou-fleur originaire de Rome en Italie. Il est aussi appelé « brocoli à pomme », lui aussi grillé, et ce beurre manié avec un peu de garam masala mais sans trop pousser la puissance des épices. Enrique me dit que l’idée est venue par l’un de ses collaborateurs en cuisine d’origine pakistanaise ! C’est plutôt rare de trouver autant de perfection dans la cuisson du calamar.


Mêmes observations avec le bar sur lequel l’on trouve des tiges d’ail tendre, des petits pois et une sauce à l citronnelle. Cuisson parfaite du poisson, beurre blanc travaillé, légume aussi à la cuisson rapide. Un plat qui est assez inspiré par une cuisine française.


Une viande avec de la Presa de porc de la maison d’Avinyo, des topinambours rôtis fondants en bouche, des blettes ciselées encore croquantes, un fond de sauce créé avec le porc, et pour compléter une purée d’ail fumé. La presa iberica est du filet de porc ibérique située à l'avant du lomo et est de forme ovale. Il s'agit d'un morceau très rouge avec une belle proportion de graisse infiltrée qui est recherchée pour son moelleux. Sa graisse insaturée, lui donne son goût de noisette inimitable. De plus c'est l'une des parties les plus savoureuses du porc ibérique et aussi la plus couteuse. La presa est un produit idéal pour les grillades à la plancha.



Pour suivre, un délicieux magret de canard maturé accompagné d’une texture de betterave. Une viande cuite à la perfection et un fond de sauce au goût intense avec de morceaux de betterave confite. Encore une assiette particulièrement réussie cuisinée avec une approche plus internationale.


Magret accompagné d’un crémeux de pommes de terre un peu comme fait Robuchon.


Encore une impressionnante réinterprétation d’un classique catalan, avec la sphère farcie de crème catalane, compote de mandarine, mandarine fraiche et chocolat caramélisé.


Plusieurs vins avec un Cullerot Celler del Roure 2024 qui est un vin blanc frais, aromatique et élégant, avec une touche méditerranéenne qui oscille entre la délicatesse et l'espièglerie. Ses notes de foin sec, de fenouil et de fleurs jaunes se mêlent à une sensation nette et précise en bouche, laissant une fraîcheur agréable mais avec du caractère. Il se montre facile à boire, mais sérieux dans sa complexité, et sa finale longue invite à profiter d'un après-midi ensoleillé, d'un apéritif léger ou simplement à laisser la Méditerranée s'inviter dans le verre. Irrésistible.


Suivi de vin rouge au verre présenté avec deux variantes et cela sera avec un petit vin d’Emporda de Vinos del Paseante, La Treta 2024, élaboré avec un assemblage de Carinyena et de Garnatxa, c'est le premier vin de cette cave bénéficiant de l'appellation d'origine Empordà, présente des arômes intenses de café et d'épices, avec une texture en bouche douce et des tanins mûrs.


Un étonnant vin de dessert aussi de l’Emporda de la cave Martín Faixó Perafita Garnatxa Dolça. Un vin à la robe cerise intense, pure et lumineuse. Arômes fruités de raisins secs, avec du caractère et de la complexité. C'est un vin sucré et onctueux, dense et équilibré, aux arômes mûrs.


Une superbe nouvelle table qui travaille le produit de saison, qui apprécie la proximité des fournisseurs comme les marchés locaux, une très belle carte selon le marché et selon la saison qui aussi réinterprète avec un grand savoir faire certains classiques catalans de manière moderne et gourmande.

mercredi 14 janvier 2026

Seis Cuarenta, Barcelone

 

Parmi les nouvelles ouvertures qui ont été fortement remarquées en fin d’années passée, on ne peut pas manquer celle de la Cerveceria Seis Cuaranta se trouvant sur l’avenue Diagonal. La raison étant qu’il s’agissait de l’ouverture d’une nouvelle table de Eugeni de Diego. Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, il s’agit d’un ancien El Bulli qui possède déjà plusieurs établissements en ville tels que Colmado Wilmot, Apluma auparavant, et encore l’italien Lombo. Des établissements toujours de grande qualité.



C’est donc une adresse assez étonnante qui vient d’être ouverte à quelques pas du centre commercial L’Illa, avec une immense fenêtre au rez-de-chaussée d’un immeuble donnant sur une terrasse, avec une salle à différents niveaux et un bar.


La brasserie s’appelle Seis Cuaranta, car elle est située au numéro qui porte son nom (640) sur l’avenue Diagonal au même endroit qui avait été précédemment occupé par la Croma by Flash.


Une décoration lorgnant aussi un peu vers les années 70 mais plutôt dans un style chic.  Bar devant lequel l’on peut manger face aux vitrines où se trouvent préparations et fruits de mer.


Des tables sans nappe, mais avec une serviette en tissu, des serveurs élégamment vêtus comme par le passé dans les grandes brasseries avec cravate et vestes. Une prédominance des tons couleur brique, tout est agréablement décoré de manière que cela plaise à tout le monde.


Deux niveaux, un espace plutôt lumineux orchestré par le jovial Robert Montroig en chef de service qui nous très bien conseillé.



En cuisine le chef Juanma Tejeda qui propose des plats cuisinés et les préparations du bar à tapas informel, sans compromettre la qualité ni abuser des aliments frits. On trouvera donc une proposition gastronomique axée sur les tapas, les portions et les plats plus cuisinés que l’on se partage, préparés avec soin. Ici on vise à élever les classiques en s’éloignant des grandes réinventions, tout en utilisant un très bon produit et en mettant de la finesse dans l’exécution.



Par exemple, pour la classique omelette c’est donc le pintxo de tortilla de Wilmot, un des deux autres restaurants. Tortilla encore légèrement baveuse au centre que l’on mange sur une tranche de pain à la tomate de qualité.


Non pas des calamars à l’andalouse mais des « calamars à l'Orly » (ou calamares à la orly en espagnol) qui sont des anneaux de calmar panés et frits dans une pâte légère (souvent à base de farine, d'eau gazeuse ou de bière), à la manière des « beignets à l'Orly », qui rappellent le style de friture populaire à l'aéroport d'Orly, offrant une bouchée croustillante et moelleuse, souvent servie avec des sauces comme ici une mayonnaise avec des zestes de citron vert. Vraiment parfaits !


Un de mes plats favoris de la région de Cadiz, le Cazon adobo. Plat d’origine de Malaga ou plutôt Andalousie, réalisé avec du « cazon » ou « chien de mer » qui a préalablement été mariné. La préparation consiste en un majao (purée) d’ail, de paprika, de cumin, d’origan et éventuellement d’autres épices ou herbes ; on y ajoute du vinaigre blanc, qui peut être du vinaigre de xérès. On laisse habituellement dans ce mélange des tranches ou morceaux de poisson, pendant 4 à 8 heures. Une fois ce temps écoulé, on les farine ou on les recouvre de tranches, frites dans de l'huile d'olive. Le « chien de mer » est le plus souvent le nom que l’on donne au requin. Je dois dire qu’ici le poisson est particulièrement tendre, la friture légère, c’est vraiment excellent.


Le réputé « cubanito 6/40». Un sandwich cubanito (ou Cubano) est un sandwich chaud typique de Floride, garni de porc rôti mariné, de jambon, de fromage suisse, de cornichons et de moutarde, le tout pressé et grillé dans un pain cubain jusqu'à ce qu'il soit croustillant et que le fromage fonde. C'est une spécialité cubano-américaine née à Miami et Key West, originaire des cafés fréquentés par les travailleurs cubains. Mais ici de l’épaule de porc, de mayonnaise Savora, du fromage chedar et des cornichons, puis grillés.


Puis les boulettes de viande de Eugeni de Diego très moelleuses avec une sauce et des pommes de terre rissolées. Probablement la sauce strogonoff servie chez Colmado Wilmot.


Comme dessert, le Bras de gitan de l’excellente pâtisserie Mervier Canal. Rempli de crème fraîche entouré d’un gâteau éponge moelleux avec du jaune de jaune crémeux sur le dessus.


Comme vin rouge, un Planella 2023 Joan d’Anguera, intense et fluide. Dans ce millésime, le vin présente plus de fraîcheur que dans le précédent. Au nez, prédominent les arômes de fruits rouges frais, avec des notes d’épices. En bouche, il est équilibré, vif et avec un certain volume.


Une adresse ouverte toute la journée comme toute bonne brasserie, une cuisine absolument en adéquation avec le style de l’établissement, des assiettes vraiment savoureuses et un service exemplaire.