Je me demande bien pourquoi je ne suis pas
revenu plus tôt dans cet établissement qui nous a encore ce soir vraiment
ébloui. Une table vraiment différente et qui qui correspond vraiment au type de
cuisine que j’apprécie aujourd’hui. Des produits de qualité soigneusement sélectionnés,
des recettes inventives mais rien de farfelu, des associations très bien
pensées, des cuissons absolument parfaites, des saveurs équilibrées et
délicates qui oscillent souvent entre aromatiques, capiteuse mais parfois avec
un peu d’acidité, voire une légère amertume. Des assiettes toujours différentes
qui propose une large palette de goûts et toujours réalisées avec beaucoup de
précision et de technique.

Puis Choral, ce n’est pas un restaurant de
plus dans le centre, on n’y vient pas par hasard, on sait probablement un peu
ce que l’on va y trouver, on sait aussi que l’on va y passer un magnifique
moment. Pas le restaurant classique avec une structure où les cuisines se
trouvent à l’arrière d’une salle, mais une seule et unique pièce, une cuisine
ouverte, peut-être un peu plus d’une vingtaine de couverts, un espace assez
zen, avec tables en bois baies vitrées sur un côté, banquette avec coussins et
de l’autre la vue sur la cuisine.
Toujours bien entendu le même duo qui mène
la barque avec le chef Alban Chanteloup et le sommelier Aymeric Velluz, avec
deux personnes additionnelles en cuisine.
Ce soir un menu spécial, toujours très
intéressant et intriguant. Pas le genre d’assiette que l’on trouvera ailleurs.
Ce que je trouve parfait dans la cuisine du chef, ce sont des associations
inattendues, la légèreté de ses assiettes qui jamais n’utilisent trop de corps
gras comme beurre et crème ; ne vous attendez pas à une cuisine riche ou
bourgeoise, mais a une cuisine pleine de fraicheur, de saison, toujours très
gourmande et c’est cela la magie, réussir à rendre les assiettes gourmande sans
abuser d’ingrédients qui en facilite la tâche.

Pas de demi glacé ou de type de sauce bien
lourdes, mais des jus, des réductions, des marinades, des crèmes ou des
éléments différents qui complètent subtilement les assiettes afin de ne pas
trop tomber dans le trop évident. Je ne saurai pas décrire avec grande
précision tous les éléments de chaque assiette, mais je vous garantis qu’il y
aura toujours beaucoup de travail, des techniques pointues, des ingrédients
parfois étonnants et jamais d’incohérences. Un repas qui sera accompagné des
magnifiques pains de campagne au levain de seigle, farines de blé T80 et T110
et de seigle complet du Moulin Marion, eau filtrée, sel de Camargue, de la
maison Aristide qui est devenu depuis l’une de mes boulangeries favorites.
Repas qui démarre avec des Amuses Gueules,
le fameux bricelet salé au cumin farci d’une pâte de pistache et accompagné
d’un morceau de betterave confit, peut-être un peu traité comme une charcuterie
un peu fumée, le tout avec des graines de sésame.
Le choix des vins c’est Aymeric qui nous
conseille car la carte change constamment, il faut lui dire ce que l’on aime ou
pas sachant que la plupart des vins sont naturels ou bio et que n’étant pas
trop familier avec ce type de vignerons, je m’en remets à ses connaissances. Un
vin blanc sur le cépage roussanne avec un Vin de France, de chez Pierre
Bourlier en Ardèche, qui réhabilite des terrasses ancestrales depuis 2015, sur
1,5 hectare de domaine. Avec une approche traditionnelle et écologique, il
travaille principalement le Gamay, accompagné de Pinot Noir et de Roussanne
comme ici.
Première assiette avec Scarole, Huitre,
Câpres et Citron. Scarole braisée à la plancha, l’huitre chaude au centre, des
saveurs un peu acidulées, une poudre de pain sur le dessus, quelques petites
sauces pour accompagner, c’est très frais et original.

Le prochain sera l’un des plus mémorables
du repas avec de la Noix et Barde de Saint-Jacques, Navet, Truffe Melanosporum.
Une noix cloutée de truffe où l’on joue avec la structure moelleuse du crustacé
et le croquant de la truffe, les barbes magnifiquement préparées. On jette
souvent la barbe des Saint-Jacques, pleines de sables quand elles sont pêchées
à la drague. Pour les utiliser, on doit passer par la case rinçage à rallonge.
C’est généralement fastidieux et on perd beaucoup de goût. Lorsqu’elles sont
pêchées en plongée, à la main, les coquilles Saint-Jacques ne contiennent
quasiment zéro grain de sable. On récupère donc les barbes sans les rincer,
pour garder un maximum de goût. Ici fondante, cuite dans un bouillon vraiment
très parfumé avec un superbe navet d’un goût enivrant. Un plat ou toutes les
saveurs se mélangent à la perfection.

Toujours un plat magnifique avec l’Omble
Chevalier, Endive et Kumquat. Ce poisson est un salmonidé des eaux froides et
oxygénées des lacs de montagne. C’est le poisson d’eau douce dont l’aire de
répartition est la plus nordique. Il est surtout présent dans les trois grands
lacs alpins : Léman, Bourget et Annecy. La qualité de sa chair en fait un
poisson prisé par les grands restaurants. Dans une saumure qui fait une presque cuisson, sa texture est parfaite, la cuisson en superficie avec une
fumaison faite d’herbes, de la salade traitée comme de l’algue, l’endive en
filaments et une sauce qui pourrait un peu rappeler une version allégée d’un
beurre blanc. L’agrume amenant une touche superbe en bouche.

Nous passerons à des verres de vins rouge
avec un premier qui fût vraiment une découverte car inattendue, un
Fleurie ! Issue de trois terroirs de l'appellation Fleurie ("Chapelle
des Bois", "Champagne", "Levratière"), cette cuvée III
se montre à l'image du millésime ample, mûre et généreuse. La bouche est
lumineuse avec des notes de framboise et de fraise, assez familières au
Beaujolais.
Le plat principal est une autre très belle réussite
avec du Cerf, Chou Chinois, Prune, et Petit Saumur, Truffe Melanosporum. Une
viande en fine tranches, un délicieux jus de viande, une petite purée de prune
qui semble avoir été travaillée entre autres au genièvre, le chou à la plancha,
une feuille de chicorée pour la fraicheur de l’assiette. Comme accompagnement
des champignons dont de la truffe dans une coupelle.
Avant les desserts, un autre vin avec un
Chulo de la maison dréno, aromatique sur les fruits rouges au nez. En bouche un
côté perlant, fluidité et fraîcheur.
Premier dessert des plus rafraichissant appelé
Agrumes, graines de Courges, Epices Douces. A base de mandarines corses, dont
un sorbet, ce n’est pas trop sucré, exactement le type de dessert que j’apprécie.
Et pour suivre un étonnant vin avec le
Karaka de La Voluta qui est un domaine situé à Cucugnan dans les
Hautes-Corbières, un vin de dessert avec une fine acidité.
Puis le must avec la tarte au Chocolat
Cubain du torréfacteur de chocolat Nicolas Berger, dessert emblématique de l’établissement
qui est assurément l’un de mes meilleurs desserts au chocolat que je connaisse.
Et celui-ci accompagné d’une bière ! Et cela fonctionna à merveille. Une bière
noire indigène d’agrumes, macérée avec des pomelos, des mandarines du domaine
de la Taste et des combawas Corses.
Un repas de haut vol, des assiettes
lumineuses avec des ingrédients de grande qualité, toujours des associations
innovantes et gourmande, un chef qui révolutionne la cuisine à sa manière et
sans concession, un vrai moment de bonheur et tout cela avec une belle
sélection de vins souvent très surprenants.