dimanche 6 mai 2018

Leka, Barcelone


Poblenou est le quartier de Barcelone où se concentrent aujourd'hui la plupart des entreprises et établissements innovants et créatifs de la ville, y compris la gastronomie. Ce fût en 1984 qu’un couple se décida d'ouvrir un restaurant. Le « Leka » fût né, un lieu de cuisine faite maison, familial, de qualité, qui au début était fréquenté par les chauffeurs de camion, surtout au petit déjeuner et au dîner.

Ces trente dernières années, le quartier a connu une grande évolution. Le siège des entreprises de transport est devenu un grand laboratoire de design. Le restaurant « Leka » également évolua, on pourrait dire en parallèle au quartier et propose aujourd’hui un concept très intéressant, qui se réclame de l’ « Open Source ». J’en connais bien les principes dans ce que sont les domaines informatiques mais au niveau restauration ne me disait pas grand-chose.  Ou alors le code source d’applications informatiques serait associé à des recettes, ces dernières pouvant être partagées avec les clients pour reproduction…allez savoir…  Eh bien ce n’est pas très loin de cela mais non pas que pour la cuisine mais aussi pour la structure intérieure de l’établissement, son mobilier et comme précédemment dit, les recettes.


Ici il est question de manger mais aussi de partager. Une adresse qui se considère un peu comme un laboratoire, qui pense que les premières formes de laboratoire étaient des cuisines, que d’innombrables générations se sont transmis des recettes ou le savoir a été communiqué, les connaissances partagées, les ingrédients évalués, les méthodes de cuisson échangées. Mais cela ne s’arrête pas là parce que l’architecture d’intérieur réalisée par IAAC Fab Lab Barcelona épouse les mêmes principes. Une fabrication numérique des chaises, tables, plafonds, murs, bar ... Passablement de géométries inspirées par des triangulations, des concepts d’ergonomie très poussés. Le souhait d'avoir des designs accessibles à tous pour leur utilisation et modification sur leur site. Il suffit de se balader sur celui-ci pour trouver toute une section architecturale où l’on peut même télécharger tous les dessins et plans de leurs meubles, murs et plafonds. Et même certaines de leurs meilleures recettes, sont accessibles à tous en Open Source. Comme ils le proclament, tout se résume par « savoir partager c'est savoir aimer ».



Deux salles parallèles séparées par une paroi et le bar, la cuisine derrière. Il est clair que de s’attarder pour apprécier le mobilier est tout à fait approprié.




A la tête de ce restaurant, les frères Ivan et Ernest, fils des fondateurs qui appliquent la philosophie Km0 non seulement à la nourriture mais à tout l'endroit. Tous ce qui est ici vient du voisinage. En cuisine, Jonathan Dominguez, né dans la ville de Valence, au Venezuela. Voisin en 2008 des deux propriétaires, fût un étudiant à l'école Hoffmann. Puis continue à faire différentes formations au Royaume-Uni et participa à un projet de restaurant dans sa ville natale. Retour à Barcelone et inspiré par une « cuisine du monde » ; cuisine moderne influencée par les différents tropiques, avant tout écologique, saine, utilisant d’excellents produits et avec des cuissons précises. Ici végétariens ou carnivores trouveront tout à fait leur bonheur même si la tendance se voudrait « être plus légumes »., mais ici les viandes sont choisies, provenant de très bons éleveurs, certificats ajoutés au menu comme les achats de proximité.



Tout démarre avec une très belle et colorée assiette de carpaccio de seiche. Première fois que je déguste la seiche comme ici, en fines lamelles, une petite sauce finement vinaigrée sur le dessus, des herbes tels que de la menthe, cerfeuil, coriandre ; des pickles tels que des oignons rouges et du sésame sur le dessus. Très léger et très frais, un carpaccio très estival, original et délicieux.



Seconde entrée a se partager, une étonnante tempura de calamars. Croustillante, associée avec un concassé de tomates, oignons, herbes. A nouveau beaucoup de fraicheur pour un plat un peu caribéen.


Plus classique mais tout à fait local de délicieuses tripes de veau préparées à la catalane avec une sauce à base de tomate. Moelleuses, sans odeurs, une sauce gourmande.


De l’épaule de veau cuite à basse température puis grillée, servie en tranches. Elle a passé done au grill mais conserve sa tendreté et le côté rosé. Accompagnée de pomme de terre douce, une sauce type chichimurri sur le côté, quelques champignons poêlés.


Le choix de vins est limité mais ce fût un plaisir de découvrir le Mas de l’Abundancia Montsant 2011. Une couleur rouge cerise avec des reflets grenat, fruité avec bonne structure, une bonne acidité et des tanins mûrs.


Une expérience très agréable mais certes différente sur tous les concepts qui entourent cet établissement, une cuisine assez légère, très équilibrée, pleine de saveur. Pas vraiment fusion mais plutôt influencée par les cuisines exotiques mais sans excès.