vendredi 2 mai 2014

Mayrig, Beyrouth



J’avais déjà eu l’opportunité de manger de la cuisine Arménienne mais plutôt celle associée à l’ancienne URSS mais jamais celle qui probablement est influencée par les pays voisins comme la Turquie, Grèce et Liban. Une cuisine qui me semble un peu difficile à décrire pour la simple et bonne raison qu’elle peut avoir diverses histoires.  D’après ce que j’avais pu comprendre de certaines personnes de mon entourage, Il y a celle de la république d’Arménie et celle de la communauté arménienne à l’étranger.

On pourra donc en déduire qu’il n'existe pas une cuisine arménienne, mais plusieurs. Et cela pour plusieurs raisons : 

- l'Arménie fut un vaste territoire et chaque région avait ses propres spécialités
- presque toutes les familles avaient leur recettes et techniques culinaires
- la majorité des recettes se sont adaptées au pays d'accueil de la diaspora

La cuisine arménienne que l’on trouve au Liban que l’on qualifiera d’occidentale à première abord me semblait très proche de la cuisine Libanaise. C’est donc en m’informant que je me suis décidé d’aller dans l’une des belles tables du quartier arménien, « Mayrig ».

Dans le prolongement de Gemmayzé, le quartier qui se fait appeler parfois le « SoHo du bord de mer  car l’on y fait la fête presque en tous les soirs», se trouve la rue Pasteur. Dans l’une des maisons de coin de rue se trouve ce restaurant qui également ne se trouve qu’à environ deux kilomètres du quartier arménien de Bourj Hammoud.


Une entrée plutôt joliment décorée avec des vasques, des plantes et vous voici dans une première salle face au bar. 



Mais ce sont vraiment les deux autres salles adjacentes qui sont les plus agréables et jolies avec les murs de grosses pierres ainsi que des lustres  avec des photophores de diverses couleurs.



Les lumières sont douces, l’ambiance est feutrée ; c’est vraiment un endroit avec beaucoup de charme et soigné.


 
« Mayrig » signifie « petite maman » et la dame que l’on peut voir sur le site de l’établissement en photo est Madame Manouchag Jouhourian Mardirian qui sembla avoir quitté à l’époque son pays natal, se réfugia au Liban à Ain el Mreisseh dans Beyrouth où elle s’occupait des déjeuners de la famille.


Une fois assis agréablement servis, je me suis donc concentré à choisir en regardant la carte des mets que je ne pourrais probablement pas trouver ailleurs, des spécialités principalement arméniennes.

On m’apportera pour commencer deux petits pains plats sur lesquels se trouve un mélange chaud de tomates et de sésame, puis par la suite un panier de pains semblables aux pitas.




Je serai tenté par le tabouleh arménien appelé Itch qui semble à priori être différent du libanais mais est-ce le cas ? D’après ce que j’ai compris, les ingrédients de l’arménien sont cuits alors que ceux du libanais sont crus… Mais cela restera un débat un peu ouvert car finalement les ingrédients resteront les même avec ceux qui mettent ou non de la tomate et menthe… En réalité c’est vraiment très différent car ici il s’agit de bulgur cuit avec de la sauce tomate et sur lequel se trouve un peu de persil plat ciselé.  Un plat qui se mange froid, plutôt nourrissant mais très gouteux.


Quelques kebbeh farcis aux aubergines marinées. Je connaissais les kebbeh où il y a un mélange de bulgur et de viande hachée d’agneau, mais ici il s’agit plutôt de demi-sphère de bulgur cuit et froid sur lesquelles se trouvent une farce d’aubergines et une touche de yoghourt. Le tout se mange avec une feuille de menthe. Surprenant et vraiment très bon.


Un délicieux Mouhammara, purée de poivron aux noix que j’ai déjà pu déguster également en Turquie qui est une sauce à base de piments forts et dont l’origine semblerait être syrienne. Un mélange donc de poivrons, de croutons ou panure, d’ail, citron, de mélasse de grenade, piment, huile et cumin. C’est bien relevé et change vraiment de ce que j’ai pu déguster ailleurs.


Autre « nuance » avec le houmous « basterma » qui comme le nom l’indique est un houmous  garni de bœuf fumé arménien. On pourra également se disputer l’origine de cette viande qui existe également avec d’autres orthographes et que l’on trouve un peu partout au Moyen-Orient. La viande de bœuf, qui après avoir été salée, dessalée, après avoir macéré dans des épices et ensuite séché, se coupe en fines tranche. Cet houmous est d’une grande finesse et sera un souvenir impérissable tellement la texture est parfaite.



Je continue avec le Mante qui sont des raviolis au bœuf et/ou agneau servis avec du yaourt. Des petits raviolis en forme de bateau qui arrivent sur un plateau. Ceux-ci sont grillés ensuite le serveur verse un bouillon de tomate sur le dessus, recouvre de yoghourt et ajoute pour terminer du sumac. C’est absolument délicieux !



 
Et pour terminer, selon moi le plat le plus impressionnant de ce repas, le Kebab grillé garni de griottes. Un kebab de viande de bœuf entouré d’une fabuleuse sauce aux cerises sauvages acidulées mais dont la sauce a été adoucie et de morceaux de pain. On déguste quelque chose de tout à fait inattendu car la viande est parfumée et la sauce douce apporte une touche très douce au tout. Un plat vraiment magnifique.

 


Ce fut un moment vraiment très intéressant car l’on peut y découvrir des plats que l’on ne mange quasiment jamais et qui changent tout de même de la cuisine libanaise que l’on connait. Le serveur qui parle français s’est même plus à m’expliquer l’origine de certains plats.

Une très belle adresse qui est obligatoire pour celles et ceux qui veulent découvrir de nouveaux horizons gastronomiques.