mardi 20 mars 2018

CruiX, Barcelone


Voici probablement l’une de mes plus belles découvertes ces derniers mois, celle de « Cruix » non loin de la place d’Espagne. Pas si loin que cela si vous prenez le métro et descendez à la station Rocafort. Et le trajet en vaut vraiment la peine au vu de la prestation servie ce soir-la. A ma visite, l’établissement était encore un peu inquiet du manque de clientèle, mais croyez-moi, d’ici peu de temps cela risquera d’être difficile d’y trouver une table, du moins on l’espère. Récemment ouvert, vous allez découvrir une cuisine de haut niveau, des petits plats comme dans peu d’endroits, tout ceci servi avec le sourire.

En cuisine, le chef Miguel Pardo n’en est pas sa première expérience puisqu’il a fait ses écoles entre autres chez Tickets et chez ABaC, ce qui donne tout de suite une idée de ce qui peut se passer dans sa tête. En salle, l’associé Carlos Fernandez de Valladolid qui parle un français exemplaire, ayant passé une année en France et qui nous aura assuré un service de premier ordre. De plus il faut préciser d’entrée que les prix sont vraiment plus qu’amicaux. Pas de produits luxueux comme caviar, huitres ou truffe, mais beaucoup d’imagination pour sortir de magnifiques et inventives assiettes préparées avec des produits presque communs.

Devanture moderne, plats du jour affichés sur des petites feuilles de papier fixée sur la vitre, un intérieur assez lumineux et qui à l’air accueillant.


Un comptoir boisé dans une salle en longueur avec un côté où l’on trouvera des tables et banquette le long d’un mur de briques rouges.  Un lieu au design contemporain et agréablement aménagé.



Ne vous fiez pas à leur site un peu minimaliste qui décrit modestement l’endroit comme étant des tapas et des riz, car c’est bien mieux que cela… Une carte mais aussi 28 euros le « menu dégustation » de sept assiettes avec riz et desserts. Impossible de trouver un meilleur rapport qualité-prix. En attendant d’être servi, cela sera quelques délicieuses olives vertes assaisonnées sur place.




Première bouchée ou tapas, les anchois d’Angelet salés chez nous. Probablement Anglet, coin de pèche exceptionnel dans le pays basque Français. Ces anchois frais ont été salés sur place avec discernement, servis sur une fine lamelle de pain croustillante légèrement caramélisé et une touche de sauce hollandaise. Les associations fonctionnent parfaitement et en font une belle entrée en matière.


On sera surpris de déguster cette salade de tomates marinées de grande fraicheur, avec une vinaigrette crémeuse à la moutarde, des haricots verts en fines lamelles pour le croquant, des croutons et du chou mizuna.


Une belle idée que d’offrir des « Churros » de morue avec une mousse d’aïoli. Effectivement la forme de ce dessert mais une pâte légère comme les acras ; on déguste ensuite ceux-ci en les trempant dans cette mousse aérienne finement aillée. Ils sont dorés, croustillants et sans odeur d’huile.




Plat plutôt très surprenant que cette coupe de foie gras et Jack Daniels. Le foie a été transformé en une crème ou plutôt style panacotta avec une saveur de bourbon plutôt assez prononcée. On connaît l’association du foie avec des cognac, armagnac ou vins liquoreux, mais là je dois admettre que c’est plutôt très réussi. Sur le dessus quelques noisettes et de l’agrume. On accompagne cette mousse de fines lamelles de pain toastées.



A priori plus classique mais finalement pas tant que cela, des croquettes de canard à la Pékinoise. Canard laqué utilisés pour cette délicieuse croquette avec cette fine saveur un peu asiatique. Moelleuse et légère, une feuille de menthe et une touche de sauce pimentée.


Un clin d’œil vers l’Amérique centrale avec un tartare mexicain de maigre. Assaisonné à la dernière minute, découpé en petits morceaux, pas trop d’acidité ni de légumes car souvent le poisson est en faible quantité par rapport au reste. Juste une pointe de crème d’avocat, une sauce au piment chipotle, quelques lamelles d’oignons rouges et feuilles de coriandre. Le parfait équilibre.


De plus ce ceviche ou tartare ici, est servi avec des « totopos » maison, morceaux de tortilla de maïs frits comme il se doit.


L’artichaut Carbonara 100% cuisine est une vraie délicatesse. Plutôt une influence de la Carbonara que le plat authentique, avec les artichaut dans le fond, une espuma sur le dessus avec un fin goût de fromage et du lard style Colonnata sur le dessus. Un plat vraiment très gourmand.


Le plat le plus classique mais parfaitement exécuté, le riz aux crevettes, poivron rôti et ail. Le chef de Castellon affectionne particulièrement les riz qualifiés de secs et nous sert celui-ci avec des crevettes juste snackées et encore moelleuses. La « soccarat » est ici croustillante et vraiment maitrisée.


Petit plat additionnel avec de succulentes boulettes de viandes moelleuses et très bien assaisonnées dans une sauce au sherry.


Et un dessert que je me rappellerai très longtemps, d’une très grande audace et surtout complètement jubilatoire, le « Curryous », jeut de mot avec curry et curieux. Il fallait vraiment y penser mais une lace au lait de coco associée avec du curry vert de Thaïlande, de la mangue et une touche épicée, c’est absolument divin. Tout est dosé de manière précise sans forcer sur le côté pimenté, la douceur est bien présente en bouche, le fruit amène un coté juteux et gourmand. Sur le dessus, quelques herbes type menthe et coriandre ainsi que des graines de sésames caramélisées. On trouve dans ce dessert du croquant, du moelleux, du froid, du pimenté, de l’épicé, un dessert un peu surréel et qui finalement ne fait même pas penser a la Thaïlande. C’est bien simple…j’en ai demandé un second…


Et pour terminer, un cheesecake relaxant a Buckingham Palace. Jolie interprétation plus traditionnelle avec une belle pâte feuilletée, une crème légère au fromage de Brie, crème fouettée et quelques myrtilles sur le dessus.


Le choix de vin n’est pas en reste et cela sera un excellent Antidoto Ribera del Duero 2015. Du cépage Tempranillo, de la longueur en bouche, du fruit rouge, de beaux tannins.


Voila une bien belle prestation qui mérite d’être saluée car ce menu a 28 euros en version longue est d’un haut niveau. Certaines assiettes lorgnent vers des mets plus classiques mais celles qui sont téméraires peuvent largement rivaliser avec certains établissements réputés en ville. Une table très prometteuse, une équipe très motivée, tout simplement un gemme qui peut faire pâlir d'envie certaines autres tables.