mercredi 13 septembre 2017

Final Feliç, Barcelone




C’est dans le quartier de Sant Antoni que se trouve ce presque nouvel établissement appelé « Final Feliç » qui signifie quelque chose comme « fin heureuse ». Pas une table complètement inconnue car il s’agit du second établissement du propriétaire de « Casa Xica » qui nous avait laissé une impression plus que mitigée. Une cuisine à cheval entre la Catalogne et l’Asie qui selon certains est plus accomplie chez « Final Feliç ». Une opportunité de découvrir à nouveau ce concept d’associations de saveurs qui souvent peuvent presque un peu dérailler.


Le lieu est plutôt ici différent car nous nous trouvons plus dans une structure de restaurant traditionnelle et il faut l’admettre sans le charme d’un « Casa Xica » même si l’effort est fait pour donner une touche asiatique à l’ensemble. Un immeuble avec une entrée sur une salle ou plutôt un bar à la japonaise avec au fond quelques tables.




Tables en bois, lampions, gravures, éventails à l’entrée, puis le bar qui ce soir n’est pas fréquenté et ma réservation qui est, ce que je préfère, a une table. On peut se demander pourquoi ce coin est un peu plus conventionnel dans sa décoration mais la cela reste une question de goût.


Avant de commander, quelques délicieuses olives « yeye » que j’apprécie particulièrement pour leur côté croquant et peu salé.


C’est le directeur de salle qui vient à notre table et nous explique ce que contient la carte, s’étonne de notre expérience mitigée dans l’autre établissement et ne peut qu’expliquer cela par un simple manque de chance. Les cuisines, concepts et cartes étant un peu similaires, on observera que les plats sont différents et je peux d’entrée affirmer que l’expérience fût complètement différente et nous avons eu beaucoup de plaisir pendant ce repas. Comme un peu partout ailleurs, il est recommandé de commander plusieurs plats et de les partager.

La carte a prime abord propose une série de plats qui laissent pensifs car rien de ce que vous mangerez ne ressemblera à l’idée que l’on peut se faire en ne faisant que lire l’énoncé. Enoncé qui parfois peut vraiment surprendre avec par exemple ce sashimi de coquilles Saint-Jacques au curry vert. Une association un peu étrange entre une découpe de poisson à la japonaise et une pâte pimentée thaïlandaise. Mais la surprise est réelle et bien loin de ce que l’on peut s’imaginer. Tout d’abord il s’agit plutôt d’une découpe de poisson proche d’un ceviche, la sauce n’est pas l’utilisation simple d’une pâte industrielle mais un mélange réalisé en cuisine, parfaitement équilibré, sans aucune force pimentée. Sans connaitre l’énoncé de ce plat on est surpris par tant de justesse au niveau des saveurs. Certaines des Saint-Jacques crues sont recouvertes de ce curry, d’autres d’un peu de lait de coco, quelques zestes de citron sur le dessus.


Autre très belle découverte avec le Salmorejo au chipotle avec de la ricotta fumée. On rappellera que le Salmorejo est une sorte de gaspacho originaire de Cordoue, un peu plus épais un peu comme une mayonnaise. Cette soupe est traditionnellement consommée avec des brisures d'œufs durs et quelques morceaux de jambon, mais ici on y ajouté ce piment fumé d’origine mexicaine et le fromage fumé qui rappelle la texture de l’œuf.


Je resterai en vraie admiration devant ces maquereaux marinés, tomates soja, poireaux grillés et tofu. Le poisson cru est un peu fumé, les tomates ont mariné dans la sauce soja, le poireau a été réduite en mousse et le tofu transformé en quelque chose d’un peu caramélisé. Le tout se marie parfaitement et à nouveau on ne pense pas immédiatement à quelque chose d’asiatique. Cela a beaucoup de tenue en bouche, une vraie assiette originale.


Même si cela semble classique et local, quelle excellente idée que de proposer un riz au poulpe fumé. Le riz est cuit parfaitement, la sauce de fond bien parfumée et légèrement fumée comme le poulpe d’ailleurs. Sur le dessus un peu d’aïoli comme dans les riz catalans traditionnels.


Autre plat à la base un peu étrange, le porc ibérique au kimchi buta avec des frites. Le mot « frites » peut rebuter, mais c’est joliment amené. La viande est fondante, la touche japonaise bienvenue avec version allégée de l’originel kimchi coréen appelé « Jaeyook Bokkeum ». Un peu d’acidité qui contrebalance bien avec la viande, quelques pommes de terre rôties en accompagnement.


Un seul dessert dont j’aurai oublié l’intitulé mais proche d’une crème catalane mais passée au siphon et absolument léger et gouteux.


Ici ce ne sont que des vins naturels ou bio et devant mon incertitude, le responsable de salle qui en même temps est le directeur des deux établissements, n’hésite pas à me sortir quatre bouteilles de vins et de m’en décrire les caractéristiques.


Le choix se fait sur un merveilleux vin plutôt très original, le Tallarol 2016 de Alta Alella, un vin assez particulier, nature et sans sulfites. Sa particularité étant que les vignes ont vue sur la mer, amenant une touche assez iodée et minérale.


Voici un lieu bien original avec une cuisine inventive qui peut-être est desservie par l’intitulé des plats qui pourraient donner une mauvaise idée de ce que les assiettes sont. Tut fût juste dans les accords, une étonnante précision dans les assaisonnements, des assiettes bien dressées et un choix de vins exemplaire et surprenant. Une très belle adresse pour celles et ceux qui veulent être agréablement surpris.