Voici un agréable endroit à la montagne et de plus pas très loin de
Genève ! Derrière cette table se cache une histoire qui mérite d’être
contée. Laurent Petit du magnifique Clos des Sens d’Annecy-le-Vieux eut
l’ingénieuse idée d’ouvrir dans le temps un second restaurant appelé le
Contresens dans le centre d’Annecy. A une époque, Yohann Conte en était
le chef de cuisine et depuis a repris la nouvelle maison de Marc Veyrat
à Veyrier-du Lac. Son second à cette époque était Anthony Barrucand.
Associé à un autre cuisinier, Jean-Sébastien Faber du très joli Chalet
du Lac de la Clusaz et auparavant du réputé Burhiesel de Strasbourg,
ils ont ouvert avec en plus Benoît Touchard en salle ce bel
établissement qui porte un nom relativement similaire aux deux autres
restaurants précités !
C’est à l’entrée du Grand-Bornand dans la
vallée de Thônes qu’ils ont ouvert il y a finalement peu de temps les
Confins des Sens (clin d’œil ?) dans une bâtisse des années septante.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas trop la région, c’est un peu
le berceau de la haute Savoie avec le fameux reblochon fermier, le
fromage d’abondance et évidement le vaches.
Une belle salle à
manger remodelée ou le moderne côtoie le traditionnel réalisé avec du
bois et de la pierre. Une cheminée au centre de la pièce, un coin
lecture ou pour prendre l’apéritif, des tables dressées de lin. On se
sent bien, l’ambiance est plutôt décontractée.



L’inspiration
culinaire est tout naturellement venue de l’environnement montagnard,
des produits des vallées avoisinantes, et tout cela remanié avec une
certaine intelligence ! Pas de tartiflette ou de farcement savoyard
traditionnel, mais un certain nombre de mets qui à priori semblent être
les uns plus innovants que les autres dans leur forme ! Des menus aux
noms fort évocateurs tels que le « Fins Becs », ou la « Balade gourmande
des Aravis » et encore « la Ballade toute en Surprise ». C’est sur ce
dernier que notre dévolu s’est jeté. Une découverte en une dizaine de
petites portions créées selon l’humeur du moment qui permettent d’avoir
un excellent aperçu du talent de nos deux cuisiniers. En réalité nous en
avons pu en compter treize… Était-ce le bon choix ? Vous allez bientôt
le savoir…
Nous avons démarré avec un très prometteur cappuccino
de chou-fleur, nuage à la noisette et copeaux de viande séchée. Belle
mise-en-bouche parfaitement équilibrée qui subtilement adoucissait le
gout prononcé du chou-fleur avec les noisettes.
Pour suivre, une très
belle terrine de volaille et ris-de veau avec un sorbet à la courge et
un coulis au marrons et noisettes. Vraiment très intéressant cette
strate de ris qui donnait un coté très moelleux à cette terrine et cette
association plutôt sucrée et froide de la glace. Une belle idée !
Ensuite un foie gras nature de canard avec une coagulation de vin chaud.
Encore une belle composition avec un foie gras au torchon parfaitement
cuit et bien mis en valeur par les saveurs cannelle et clou de girofle
de la sauce.
On passe ensuite aux produits marins avec une rillette
moelleuse de féra du Léman avec sa crème de gentiane et tuile au
parmesan. La aussi, énorme plaisir en dégustant somme toute une assiette
un peu nordique (on peut penser un peu au raifort quand on dit
gentiane, en tout cas il s’agit de racines).
Viande séchée,
courge, vin chaud, gentiane…tous des produits régionaux vraiment bien
associés à des ingrédients de base. Beaucoup de belles idées dans cette
cuisine.
Nous arrivons à la cinquième assiette, des Saint-Jacques
saveur d’endives au jambon. Encore et toujours des Saint-Jacques…cela
devient une manie chez les restaurateurs en ce moment! Bon mais pas
vraiment exceptionnel.
Ensuite une lotte snackée à la plancha sur une
julienne de chou et de morille. Belle assiette aux saveurs plus
classiques, mais beaucoup moins de surprise dans les saveurs.
Encore un
autre poisson, un dos de cabillaud et sauce aux poivrons. A mon avis
cette assiette n’avait pas grand-chose à faire dans « l’histoire »
racontée… Un plat banal un peu méditerranéen ou provençal alors que l’on
s’attendrait à quelque chose de plus inventif et local.
Un granité de
cranberries trop sucré pour « couper le repas » (pourquoi pas des
airelles ? Cela serait plus adapté…).
On enchaîne avec les
viandes et volailles avec peut-être un des plats phares de ce repas, une
rouelle de poulet fermier avec une émulsion au pain d’épice. Magnifique
association que cette volaille avec cette sauce d’une très grande
légèreté.
Le plat suivant fut à mon goût un ratage….Un cannelloni de
joue de bœuf façon thaï, purée de patate douce. Une sorte de nem frit
déposé sur une sauce beaucoup trop salée probablement en raison de
l’utilisation trop forte de la sauce soja dans le fond de sauce. Autre
remarque, pourquoi soudainement un plat fusion…Phénomène de mode ?
Le
fromage avec des bonbons de reblochon sur un lit de roquette. Pas une
bonne idée de servir ce brick de fromage après un nem…Deux fois de la
friture… et la ruccola ou roquette, c’est plus que « casse-pied ».
Viennent
les desserts qui globalement ne m’ont pas du tout impressionnés. Une
espuma au chocolat, cœur à la framboise et petit finger..(pourquoi
utiliser un tel nom…). Banal.
Un mascarpone à l’ananas, sorbet à
l’ananas et craquelin. Je ne sais pas si les cuisiniers se passent le
mot, mais c’est la troisième table de suite que le dessert est à
l’ananas…Trop sucré et mono saveur.
Pour finir un macaron trop épais à
la mangue accompagné d’une brunoise et glace au safran. La aussi un
dessert presque indien rappelant le kulfi..Un peu hors contexte !
Le
problème de ce long menu fut l’inconstance de certaines assiettes. Cela
peut aller du fantastique au quelconque. Des plats étonnants mêlant les
saveurs de haute Savoie à des ingrédients nobles, des mets qui semblent
être de trop et qui manquent singulièrement d’originalité ou même
certains qui « cassent » le concept. Il faut vraiment avoir une énorme
expérience pour se lancer dans une telle suite d’assiettes sur les
modèles d’un Rabanel ou Adria, et arriver au sans fautes. Néanmoins,
cela reste quand même une table qui mérite largement d’être visitée et
il reste fort à parier que ces cuisiniers arriveront à régulariser ces
petites inconstances.
Je recommanderais plutôt la carte et les
autres menus qui proposent des plats qui s’approchent plus de l’esprit
de « transformation des saveurs savoyardes ». Le menu que nous avons eu
peut s’avérer être trop inconsistant. Cette carte propose entre autre
des plats que nous n’avons pas eu et qui me semblaient être extrêmement
intéressant.
On peut se reposer aussi sur une jolie carte des
vins mêlant Savoie, Languedoc, Rhône et les classiques. Très belle
sélection de vignerons avec un bon choix au verre, mais notre choix
s’est porté tout d’abord sur un excellent Chignin Bergeron d’Adrien
Berlioz suivi d’une très belle Mondeuse Les Molières 2010 de Philippe
Grisard aux arômes fumés et compotés.
Malgré que le service ait
été efficace j’ai regretté que le principal acteur de la salle aie
quasiment passé sa soirée aux tables d’habitués, ce que je considère
comme étant un peu déplacé pour un tel établissement.
Malgré
tout, voici bien une adresse neuve et séductrice de la Haute Savoie en
train de se faire une réputation et qui va indéniablement évoluer dans
le bon sens. A visiter pour s’étonner.