mercredi 22 juin 2022

El Mar de la Tranquilitat 1969, Sant Boi de Llobregat

 

Clairement je ne vais pas à Sant Boi de Llobregat tous les jours mais c’est dans le cadre d’une visite de la colonie Güell que j’avais repéré cet endroit a peu près à 30 minutes de marche. Un bar ou gastrobar avec une proposition de tapas plutôt alléchante. Un nom qui peut sembler particulier mais on rappellera qu’il s’agit d’une mer lunaire située sur la face de la Lune tournée vers la Terre. Il s'agit en fait d'une vaste plaine de basalte (roche volcanique) correspondant à un ancien bassin d'impact formé peu après la naissance du système solaire, il y a 4,5 milliards d'années.

Une terrasse dans la rue avec devant la devanture quelques tabourets, quelques références aux cosmonautes et 1969 qui est d’une part l’année de naissance de l’un des deux propriétaires Inma et en même temps la date de débarquement dans cette mer lunaire, l’endroit où Apollo XI a atterri et où l’homme a marché pour la première fois sur la lune.


L’intérieur est une grande salle au haut-plafond assez bien décorée entre classique et industriel. Ardoises un peu partout, miroirs, un grand plan de travail et la cuisine dans le fond.



Menu du jour affiché avec sandwichs, salaisons, fromages, puis des plats froids et chauds.


Intitulée gastroBodega, « El Mar de la Tranquilitat 1969 » est en même temps un bar à Vermouth et une adresse où l’on se restaure avec des tapas plutôt élaborés. Un choix de mets avec des ingrédients de qualité, car une bonne partie d’entre eux proviennent du parc agraire Baix Llobregat ou alors les sardines de Cantabrie ou d’autres aussi célèbres que les saucisses et les saucisses de Cal Rovira.

Comme il s’agit d’une collation nous choisirons quelques plats comme par exemple leurs  bravas, qui sont cinq cubes de pommes de terre frits et farcis d’une sauce piquante avec un aïoli. Une réinterprétation plus élégante des classiques bravas.

En tapas du jour, un frais tartare de thon avec une sauce aux saveurs un peu asiatiques, jeunes pousses, sésame, edamame, sésame,  moutarde crémeuse et l’oignon germé.

De très bonnes croquettes de crevettes rouges et langoustines bien croustillantes et parfumées.

Je ne raterai pas les ortiguillas de Cadiz frites. Que du bonheur en trouvant ici des anémones à l’andalouse. Anémones qui poussent sur les rochers, à quelques centimètres sous l’eau. Elles se préparent comme ici généralement en beignets, frites avec un peu de chapelure et accompagnée de citron vert.  La qualité du produit est excellente.

Puis un très bon carpaccio chaud de crevettes rouges, avec du ponzu, du jambon ibérique, aïoli de têtes de crevettes et petits biscuits.         

Pour accompagner le café, des carquinyolis Sant Quiti. La famille Argemí-Salat fabrique ces merveilleux carquinyolis, l’équivalent espagnol des cantuccini italiens, depuis 1991 à Sant Quinti de Mediona. Ils ont tendance à être un peu légers, presque meringues. Croquants, parsemés d’amandes et légèrement difformes, ils ont une saveur délicate d’amande et des stries de sucre caramélisé. 

Un vin blanc avec un Miranius Celler Credo 2018, un vin biodynamique, Xarel-lo, saveurs salées, minérales et complexes, de pêche mûre, une note de mangue !

Les tapas d’El mar de la tranquilitat sont sophistiqués, mais son atmosphère détendue vous invite à manger sans formalité. Les portions sont petites, précisément pour pouvoir choisir différentes bouchées et que vous ne vous voyez pas dans l’obligation de manger la même chose que votre compagnon.

A noter qu’en octobre 2021, ils ont ouvert un second établissement à Castelldefels.

lundi 20 juin 2022

Lluritu 2, Barcelone

 

Finalement ce n’est pas si simple que cela de trouver une marisqueria digne de ce nom à Barcelone, non pas des restaurants de haut vol avec une certaine rigidité, non plus ce type d’établissement où l’on choisis comme dans un marché les produits qui sont par la suite cuisiné sur place mais en ayant toujours un doute sur la qualité du produit car il y a pour chacun d’entre eux une grande sélection…du pas cher au prestigieux, en encore moins un bistrot de tous les jours avec une cuisine parfois trop lourde. C’est là que Lluritu en 2017 a réussi à merveille de se glisser dans un créneau fort peu occupé, celui de la table dans un cadre animé, subtilement actuel, avec des produits justement de qualité et surtout des préparations originales et que je pourrais même qualifier de légères.


Une belle découverte à l’époque de Lluritu dans la carrer del Torrent, qui m’avait laissé un excellent souvenir. Au vu du succès, un Lluritu 2 s’est ouvert toujours dans le même quartier mais dans la carre de la Virtut. C’est donc dans ce restaurant de fruits de mer décontracté de Gracia que ce soir nous nous rendons qui lui a ouvert ces portes en 2020, juste avant la pandémie.

Ce Lluritu 2, se trouve donc non loin du premier et a une décoration assez similaire. La structure est différente car divisée entre un rez-de-chaussée de tables hautes et de tabouret et un deuxième étage pour s’asseoir autour de tables, probablement un peu plus confortable ou dirons-nous plus classique.


Le menu qui est toujours affiché sur un mur lumineux est le même que dans Lluritu 1, mais élargi : comme le propose Pau Roca, acteur et partenaire, c’est « un restaurant de fruits de mer grillés et grillés de milieu de gamme, avec un minimum d’élaboration et un produit de haute qualité ». Simple, parfait et délicieux.

Ce qui est admirable c’est que le lieu de la pêche est toujours indiqué sur chacun des produits, ne laissant aucun doute sur leur fraicheur, ceux étant complètement consommés, retirés de la carte inscrite manuellement.

Passage donc sur la mezzanine et le service efficace vous amène immédiatement cette carte du jour structurée comme un tableur, avec des colonnes : Disponibilité, Produit, Elaboration, Ingrédients, Origine, Prix au kg, Prix de la ration. Epatant !


Principalement des produits passés au grill avec de l’huile et du sel, rien d’autre. Ils font quelque chose de plus élaboré, comme le sandwich à la seiche ou le trio de montaditos (crevettes, ventre de thon et morue) et quelques autres plats.

La mémorable salade à l’anguille fumée, avec un tartare de tomate, huile, sel et poivre. Un incontournable avec son anguille de la maison Roset.

Les délicieuses sardines marinées, vinaigrette au Chardonnay, tomates, zestes de citron, huile et sel.

Le fabuleux carpaccio de thon, thon Balfego, citron vert, gingembre râpé, huile et sel.

Ne pas rater les impeccables zamburinas avec oignon rouge, huile et sel.

L’excellent calamar a la plancha, pois mange-tout, ail, huile de persil, sel.

Et même un dessert avec une classique tarte de Santiago ou « Torta compostelana » qui est un dessert traditionnel de la cuisine galicienne, en particulier de Saint-Jacques-de-Compostelle. La recette est principalement composée d’amandes, de sucre et d’œufs.

Du vin blanc avec une bouteille de El Muelle de Olaso 2021, un blanc sapide, avec un caractère très marqué. Au nez, il est tropical, avec de l’ananas et de la banane qui sont mélangés avec de la pomme et de la poire. En bouche, il est très savoureux et se dilate dans tout le palais. Forte sapidité typique du sol albariza.


Le Lluritu reprend des éléments de gastronomie dans un bar de Catalogne (l’idée du bar de Madrid, les tapas de Cadix), et cela est toujours apprécié. Un restaurant de fruits de mer décontracté, des produits très frais et une bonne ambiance en ont fait le restaurant de fruits de mer de référence à Gràcia
.

dimanche 19 juin 2022

Van Van VAR, Barcelone

 

Etant dans Poble Nou et plutôt attiré par un apéritif que d’un repas conséquent, je me rappelais de ce Van Var Var, un bar, vermuteria, également lié à des projets gastronomiques. Une adresse plutôt centrée sur la street food avec quelques concepts innovants. Principalement des tapas chauds ou froids souvent réalisés avec des conserves de qualité.

Il faudra aussi se rappeler que c’est une association qui a lancé le Van Van Market, connu une fois par mois pour réunir tous les food trucks de Barcelone. Avec comme ambition d’accueillir chaque semaine chez Van Van Var l’un des meilleurs food trucks de la ville. Bref une sorte de nomadisme inversé : le lieu ne bouge plus mais la cuisine, les cuisiniers, la carte, les boissons et l’environnement se tournent au rythme des nouveaux chefs et de leur laisser utiliser la cuisine pendant un certain temps, en faisant ce qu’ils faisaient de mieux, que ce soit des hamburgers végétaliens, des baos ou de la cuisine de rue du Mexique. Et ainsi de suite. Aujourd’hui pas sur que cela fût le cas, il se peut que ce concept ait été arrêté depuis la pandémie, à confirmer, ou alors tout simplement ils ont une carte standard et que ce jour-là il n’y avait pas de food-truck particulier.


Il faut dire que l’emplacement est bien choisi avec cette grande et belle terrasse qui doit être bien animée en soirée.

Un petit bar avec une belle sélection de boissons et aussi une série de vins naturels.

Aujourd’hui la carte propose six plats, un poke bowl, un burger au poulet, un poulet frit. Mais nous choisirons plutôt les artichauds au sel. Cuits à la plancha, présenté comme une fleur puis un peu de fleur de sel sur le dessus. Simple mais bon.

Puis les sympathiques bravas au kimchi, une mayonnaise vegan et cette sauce réalisée avec j’imagine une base de kimchi.

Une bouteille de Tiet Jan Mas Goma, vin blanc, fermenté sur ses lies fines qui apportent volume, profondeur et une couleur jaune pâle. Des arômes propres, des notes de fruits à noyau blancs et de légères notes épicées prévalent. Ce vin est élaboré avec du Xarel.lo dans des sols calcaires.

On a l’impression que ce concept a toujours existé et pourtant c’est plutôt innovant. Van Van Var est juste à côté du métro Bogatell, c’est-à-dire à seulement une demi-heure de marche du centre historique, parfait pour une collation.

vendredi 17 juin 2022

Ultramarinos Marín, Barcelone

 

Il y a quelques mois de cela que s’est ouvert ce remarquable établissement dont le nom peut prêter à confusion si l’on n’y fait pas attention car son vrai nom c’est Ultramarinos Marin, d’autres établissements avec presque le même nom (sans le Marin) fût a des époques soit un bar soit un restaurant sur la Rambla. Ouvert donc en septembre 2021 il me tardait d’y aller mais il faut savoir que tout d’abord cet établissement n’est ouvert qu’aux heures du déjeuner, pas tous les jours et que les réservations ne se font que par téléphone.


Ce qui caractérise cet établissement c’est son côté « bar de tous les jours », comme si la décoration n’avait aucune importance ou plutôt l’objectif serait de proposer au client une cuisine comme l’un de ces bars a tapas de grande qualité à Madrid ou dans le Pays Basque et qui faisait un peu défaut à Barcelone. En tout cas, c’est la meilleure chose qui soit arrivée en ville ces derniers temps.




Une devanture qui ne laissera pas supposer le niveau de qualité de ce que l’on y trouvera a l’intérieur. C’est bien clair, on ne vient pas ici par hasard.

Un large comptoir devant lequel l’on peut s’asseoir, devant lequel se trouvent de simples et spartiates tables, devant un mur plein de tomates en conserve et de piparras. Dans un coin même des machines a sous pour celles et ceux qui viennent seulement prendre un verre veulent s’amuser. C’est plein, c’est animé, c’est tout bonnement fantastique…


Au bar à l’intérieur d’une vitrine, des ragoûts, des terrines, des artichauts et des légumes au vinaigre, puis sont exposés des préparations de produits de la mer et des salades.


Au fond de la pièce et derrière un rideau, une seconde salle un peu cachée qui est la cuisine de production ou préparation et dans laquelle on y trouvera des grills. C’est d’ailleurs qu’officie le chef Borja García, qui me dira que cette zone peut éventuellement être ouverte si la salle principale est comble, mais cela n’est pas réellement ouvert au public.

Ce qui aussi la particularité de cet endroit, c’est que l’on pourrait le qualifier de « temple du produit ».  Bien entendu on aura tous vu sur les marchés une multitude de produits de qualité mais jamais comme ici. Assurément, ce que l’on y mange est unique, pas ou peu disponible pour les particuliers sur ces marchés, et il faut le savoir… Puis, il ne faut pas non plus oublier les prodigieuses techniques culinaires qui sont associées à ces produits, des plats à l’apparence simple mais pas tant que cela…

Borja García, n’est évidemment pas un inconnu en ville car il fût le chef de cuisine de Dos Pebrots. De ce qu’il me dit, il en avait assez de ces plats ultra sophistiqués où l’on se perd avec les cocoté chichiteux, préférant revenir à donc l’essentiel, le produit. Borja García aussi travaille avec le chef Adrià Cartró à la tête de la cuisine derrière donc ce bar. C’est donc cette brillante équipe qui prépare des portions de poisson frais et de fruits de mer sans s’arrêter.


Ici donc c’est ce que l’on appelle un asador, donc principalement des cuissons au grill sur la braise ou encore des planchas. Une grande série de plats, de tapas, entre terre et mer, souvent influencés bien entendu par la Catalogne et au-delà. Tout est travaillé à partir de zéro : les saucisses sont séchées, le poisson est fumé, les sauces sont préparées sur place. La carte…que des noms de produits, pas d’explications car ce sont des assiettes où l’on appréciera avant tout la qualité du produit et non pas des accompagnements souvent dispensables.

Notre choix sera principalement des produits de la mer avec tout d’abord ces crevettes décortiquées, crues sont tout bonnement exceptionnelles, légèrement sucrées. Ce sont d’ailleurs probablement des quisquilla. Les eaux de la Méditerranée donnent à ses poissons et fruits de mer une saveur douce. La carapace est molle, il est donc courant qu’il soit consommé frit, ne séparant que la tête et la queue. La chair rare à l’intérieur a une texture quelque peu gélatineuse ; maximise leur saveur avec le sel gras qui est généralement utilisé pour les cuire. Mais ici c’est servi cru et décortiquées. Son odeur est typique de ce type de produit. Ça sent la crevette, la mer, le sel et la côte.

Ce que je considère tout de même comme étant une rareté, des piparras grillés. Tout le monde connait les piments padrón mais ces piparras ou guidillas. Les piparras ou les piments basques ne sont pas très forts, sauf pour certains ; ce qui transforme la dégustation en une roulette russe amusante. Ceux d’Ibarra sont très célèbres, également connus sous le nom de « crevettes d’Ibarra ». Leur saveur est fine et délicate,  simplement frits dans une bonne huile et saupoudrés de sel.

Puis de superbes sepionets grillés qui est une tapa typique de la Communauté valencienne, et bien sûr de Castellón ; c’est une petite seiche qui ne manque pas dans les bars des villes de ce coin, la principale différence entre la seiche et le sepionet, c’est la taille.

Excellents calamars au goût particulièrement particulier avec cet excellent fond de sauce. Le produit est d’une incroyable fraicheur. On peut également appeler ceci chipirones à la basque.

Puis un mollusque que je n’avais jamais vu servi à Barcelone ni forcément trouvé, des puntilles ou chipiron puntillas, ou encore chopitos, voir encore calamaritos, en fonction des régions. Je ne sais pas si c’est habituel, mais la particularité ici c’est que le mollusque a un petit os calcaire qu’il faut enlever avant de le manger.

Je me laisserai tenter par un excellent ris de veau également cuit à la plancha et par la suite tranché.

Puis un poisson principal qui s’avère être un turbot grillé qui par la suite est recouvert d’une exceptionnelle sauce à l’ail.

Pour terminer un excellent dessert a base de fraises bio bien parfumées et une chantilly.

Pas de carte de vins mais une ardoise avec les belles découvertes du moment ou encore une exposition de quelques bouteilles sur le comptoir. Cela sera un priorat blanc Clos Martina 2015, un vin mature, onctueux et puissant. Ce millésime se distingue par ses arômes de fruits blancs mûrs et une élégante note minérale. En bouche, il est soyeux, avec du volume et très long.



Qu’il s’agisse d’un bar, d’un steakhouse, d’un restaurant ou d’une maison de restauration, ce nouvel établissement a démarré avec un haut niveau et de belles promesses. Quand on sort de là, on a l’impression de laisser derrière moi une sorte de taverne où les préparations idéales prennent forme, ou chaque bouchée est un pur moment de bonheur. Ultramarinos Marín est un temple du produit et par conséquent deviendra pour moi un lieu de pèlerinage.