Ouverture
il y a trois semaines de cela (le 15 mars), et avec toujours à la tête les
frères Iglesias du groupe ElBarri, comme par le passé, ainsi que nouvelle
propriété sous l’égide de Manuel Lao. De plus l’arrière du
restaurant qui a une époque s’appelait 41 degrés s’appelle maintenant
Backstage. En réalité, une majeure partie du personnel de l’époque est revenue
mais avec une différence majeure au niveau du prix car manger chez « Teatro »
c’est passer de 160 a 60 euros...quoique je vais tout de même challenger ce
commentaire venu de la presse.
Une
proposition gastronomique aujourd’hui calquée sur ce qu’offrait « Tickets »
mais sans les produits de luxe tels que caviar et autres wagyu. En cuisine,
temporairement, Oliver Pena, chef cuisiner d’ « Enigma » qu’il va rejoindre
dans quelques jours. Ce qui a mon avis peut-être un problème dans le futur mais
j’élaborerai par la suite.
La
structure du lieu n’a guère changé excepté le mobilier qui est un peu plus
confortable que par le passé. Les espaces culinaires ont eux aussi été
préservés, l’espace un peu simplifié. Tout cela pour dire que si vous rêviez d’aller
chez « Tickets » dans le passé, que cela n’était pas dans vos budgets
ou encore que vous n’avez jamais pu trouver de table, c’est le moment d’y aller
car l’expérience est quasi similaire, à quelques détails prêts…

Trente
professionnels travaillent donc avec Oliver Pena mais également le chef Gabriel
Suñer, qui avait été chef du restaurant Cocina Hermanos Torres.
Maintenant, qu’est-ce que l’on y mange ? Eh bien partiellement ce qui
existait chez « Tickets » qui parfois provenait de « El Bulli »,
avec un éclectisme du passé qui se maintient : de l’Andalousie au Pérou et des
produits crus à la sphérification, et le toue en une seule bouchée ; bien que
le nombre de plats ait été considérablement réduit. En bref : la
proposition a été synthétisée et les prix ont considérablement baissé.


Maintenant,
deux observations, la première c’est qu’il n’est pas simple de choisir ce que l’on
veut manger et que si c’est votre première visite, il vaut mieux se laisser
guider par votre serveur qui saura vous donner un aperçu de la cuisine d’antan.
Il faut réaliser que si c’est le cas, et c’est ma recommandation, le prix du
repas n’est pas de 60 euros comme annoncé mais plus proche de 100 euros, ce qui
n’est pas un problème en soit si on le sait, et cela reste tout de même bien
plus abordable que par le passé, mais il faut le savoir. Comme ce sont des
bouchées, il est impossible la majeure partie du temps de ne prendre qu’un
tapas, il faut le savoir.

La deuxième
observation c’est qu’aujourd’hui pour « faire revenir » la clientèle,
on capitalise sur le passé et sa mémorable cuisine. Mais celles et ceux qui la
connaissent pourraient se demander « pourquoi revenir ? ». Puis,
une fois venu…on ne reviendra pas pour les mêmes plats ! Et disons dans
une année, que deviendra-t-il de cette proposition culinaire ? Constamment
proposer les mets de « Tickets » ? Probablement peu d’intérêt !
Et qui fera évoluer l’offre ? Tout le monde n’est pas Albert Adria et
constamment innover est un réel challenge, sachant qu’il faut un nouveau chef
ambitieux et créatif, Oliver Pena quittant dans quelques jours, laissant Gabriel
Suñer aux manettes … Pas simple selon moi… « Teatro » devra tôt
ou tard se réinventer et ce n’est pas gagné. Je vois un peu cela de manière
négative mais je demande à être convaincu !


Toujours est-il
ci-dessous mon expérience sur la prestation proposée de ce soir-là. Menu donc
géré par notre très efficace et compétent serveur qui bien entendu travaillait
chez « Tickets ».
Première bouchée
avec la poire kru qui tire son nom de l’éteint Espai Kru,
maintenant fusionnée avec les Rías de Galicia, rafraîchissante et
légèrement astringente, rappelant les poires au vin de toujours.
Les
incontournables olives sphériques imaginées à l’époque chez El Bulli.
Et la
profiterole d’hibiscus au raifort, qui allie délicatesse et puissance, devenu
l’un de mes favoris de la soirée.
Une jolie
déclinaison autour du maïs avec les bravas palomitas et une autre sphérification
avec une crème de maïs.
On ne
pourra qu’apprécier le biscuit glacé au parmesan qui est aussi un classique de
l’époque.
Même
appréciation pour la pizzeta croustillante.
La célèbre airbaguette
enveloppé dans de fines feuilles de bacon ibérique au paprika dont la
graisse lors de l’exsudation inonde votre bouche.
L’excellent
millefeuille de nori et de thon, avec du tapioca soufflé, qui en même temps
croquent et explosent vous rappellent comment les frères Adrià ont
changé la cuisine moderne.
De très belles
huitres apprêtées de manière surprenante avec les premières dans un bortsch.
Les secondes
à la thaï, à savoir un curry rouge avec du lait de coco.
Un
mémorable maquereau au
vinaigre, jambon, piparra et câpres.
La
préparation à base de Straciatella, fèves, menthe et panceta est un peu trop
salée mais la qualité des fèves est impressionnante.
Pas si
emballé que cela avec le foie gras crémeux et
amontillado, probablement parce
que cela reste trop proche de ce que l’on peut trouver un peu partout en France,
dans le genre « royale ».
Les fameux
muffins à la mozzarella et à la truffe.
Puis on
observera un changement presque radical en ce qui concerne les plats principaux,
comme si l’on avait changé l’équipe avec un autre type de cuisine. Par exemple,
le mollete de calamars, un petit pain d’origine andalouse. Plutôt bien
évidemment classique mais bien fait.
Un plat à
base de champignon portobello avec un fond de cèpes, crouton et aneth. Plutôt
bistronomique et gourmand.

Ce qui est
considéré un peu comme le plat principal est le poisson du jour, la daurade «
boueuse » grillée. La boue dans la recette, se réfère à la
préparation qui est faite avec des gousses d’ail, du paprika doux, du cumin et
du vinaigre, qui recouvrent le poisson, donne la sensation de la couleur de la
terre. Cette élaboration donnera une saveur agréable au poisson. Il y a
peut-être moins de créativité dans ce plat mais cela reste très bon. Un poisson
avec un point de cuisson parfait, associé à une sauce à base ñora qui est un
type de poivron de forme ronde, de poivre, d’origan et de vinaigre. On prend le
poisson, le pose sur une feuille ferme de laitue trocadéro et ajoute du chou
rouge confit et une mayonnaise. En fait une sorte de taco de poisson qui lorgne
entre le Mexique et les calçotadas en raison de cette sauce un peu sur le style
romesco. Comme je le disais, c’est un plat un peu en dehors du contexte.

Pour les
desserts, on revient un peu vers le début avec un millefeuille de crème et fraise
bien réalisé.
Un petit
côté show avec le très bon kakigori d’orange sanguine et mangue façon tex-mex.
Un
excellent vin blanc que je prends assez souvent, le Montsant Dido 2020,
Macabeu, Garnatxa Blanca Cartoixa.

Un repas
entre « finger-food » et plats plus conventionnels, c’est comme cela
que c’est proposé à ce stade pour la remise en route d’une des adresses les
plus emblématiques de la ville en tout cas dans son ancienne appellation.
Espérons que cela attire l’ancienne clientèle et le temps nous dira si c’est le
cas. Probablement que la cible de cette clientèle va changer et sera plus locale,
maintenant on se demandera si cela sera la bonne cible dans le temps, le prix d’un
repas complet est plus proche de la centaine d’euros plus les vins. Mais
comment l’offre va-t-elle évoluer car une fois avoir apprécié ces superbes
bouchées, y retournerons-nous pour probablement trouver la même chose ? « Teatro »
pourrait devenir un peu « la bibliothèque » des plats des frères Adria
et cela serait dommage que cela soit le cas, en tout cas je peux facilement m’imaginer
qu’ils aient la volonté de faire évoluer la proposition. La question étant
maintenant dans quel sens ? Nous verrons bien entendu dans une année si cette
table aura trouvé sa nouvelle voie.