dimanche 22 décembre 2019

Malumore, Barcelone


Toujours un plaisir que de sortir pour diner dans le quartier de Poble Sec qui ne s’est pas tellement renouvelé récemment. Cette fois-ci une adresse assez récente inspirée par l’Italie, celle de « Malumore » qui se qualifie de « cuisine honnête ». Pas trop sur de savoir ce que l’on entend par ce terme mais probablement une cuisine familiale ou ce que l’on qualifie souvent de « comfort food ».


Un petit bistrot plutôt simple où vous serez aimablement accueilli, un décor assez neutre avec tables et chaises de différents styles et bien sûr, les « Tolix » que l’on voit un peu partout. Une grande pièce à vivre avec même le frigo dans le fond, un plan de travail sur un coin.



Comme on peut se l’imaginer, une cuisine du jour, de saison, avec une carte écrite à la main qui illustre bien mes propos. Des entrées diverses, un certain nombre de plats de pâtes, viandes et poisson. Carte courte mais tout à fait adaptée a tous les goûts. Et en guise de bienvenue, des morceaux de délicieuses foccacia avec une espère de beurre monté sur le dessus.



Pour commencer, un « Impepata » de moules et tomates, ou encore appelé moules poivrées. Pour faire ce classique napolitain, il faut simplement cuire les moules à la vapeur dans leur propre jus avec rien d'autre que de généreuses quantités de poivre noir fraîchement moulu. Garnies de persil haché et de quartiers de tomates. Et c'est tout. C'est le nec plus ultra de saveur pure et simple. Cela peut sembler évident, mais si les moules sont de bonne qualité comme ici et que les tomates soient fraiches et aromatiques, cela devient un plat délicieux. Les moules poivrées sont généralement classées comme antipasto, mais elles constituent également un plat principal léger et fin.


Pour continuer, des chitarrina aux petits calamars. Parfois aussi appelé spaghetti alla chitarra, variété de pâtes aux œufs typique des Abruzzes.  avec une section carrée d'environ 2 à 3 mm d'épaisseur mais comme il y a le « ina », j’imagine qu’elles sont intentionnellement moins larges. Saue aux tomates parfaitement assaisonnée, petits calamars bien tendres, Plat à nouveau très gourmand.


Puis un plat peut-être un peu rare à Barcelone, les pappardelle à la Gricia, qui sont un plat typique de la cuisine du Latium et de la cuisine romaine, une sorte d’amatriciana blanche faite avec peu d’ingrédients : la pâte, la pancetta ou guanciale et le pecorino romano. Le résultat est un plat de pâtes savoureux et invitant, à assaisonner avec du poivre noir au goût.


En dehors de la carte un excellent ossobuco avec une sauce peut-être un peu plus vineuse qu’à l’accoutumée mais très parfumée et onctueuse. On sait bien que chaque chef a un peu sa recette personnelle. Bien entendu une gremolata, combinaison de persil haché et de citron, le tout accompagné d’une onctueuse purée de pommes de terre.


Un dessert « maison » qui s’avère être un cheesecake avec un coulis de fruits rouges, pas préparé comme en Espagne car plus dans la catégorie des desserts aux fromages réalisés avec du fromage frais qui ne passe pas au four. A noter que dans la préparation, on y ajouté une subtile touche de parmesan qui donne un goût très intéressant à l’appareil.


Bien entendu, ici les vins sont italiens. Cela sera un Bardolino Poggio delle Grazie assez léger en bouche avec de fins arômes de framboises et fraises, une légère minéralité.


Une table que je qualifierais de différente car le chef Mirko Papetti et sa partenaire Sara Sardone nous emmènent dans leur pays natal pour partager avec eux les saveurs traditionnelles avec une approche familiale et faussement simple, presqu’un voyage en Italie sans quitter Barcelone !

vendredi 20 décembre 2019

La Pachuca, Barcelone


Lorsque l’on peut prétendre connaitre la cuisine Mexicaine et celle qualifiée de « street food », que l’on a été plusieurs fois dans ce pays, apprécié de multiples version de ces fameux tacos, on devient bien entendu très peu tolérant pour ce qui est approximatif et de piètre qualité. C’est ce que j’ai constaté à Barcelone ou le tacos semble avoir pris le dessus sur les burgers et les kebabs. Certes il y a une épicerie à Gracia qui fabrique ses tortillas de qualité mais celles-ci ne sont que rarement trouvées dans la plupart des restaurants soi-disant mexicains. Franchement, je n’ai trouvé que les tacos de l’ancien « Nino Viejo » semblables à ce que je pu trouver dans le pays, mais à quel prix… Et de toute façon, cette adresse ne fait plus ce genre de restauration. Donc ou aller ? Eh bien voici une adresse visitée un dimanche pour le lunch qui m’a plus que surpris, « La Pachuca » !


Pas tout à fait inconnue comme nouvelle adresse puisqu’il s’agît du « grand frère » du « El Pachuco » dans le Raval ! Ici l’établissement est plus grand donc aéré et avec une carte sensiblement différente mais les classiques sont quand même là. Un établissement qui a donc comme nom il semblerait l’appellation d’une jeune femme d'origine mexicaine, de classe sociale basse, qui vivait dans les villes du sud des États-Unis d'Amérique dans les années 1950 et qui se caractérisait par la défense de son identité de groupe social contre les coutumes américaines.  Bref, dans un quartier, l’homme et ici la femme.




Un intérieur délicieusement décoré dans le même esprit que le minuscule établissement du Raval avec haut plafonds, objets et reliques mexicaines, aliments et ingrédients sur des étagères. Une réelle impression de se retrouver dans le pays, musique et ambiance assurée. Vue sur la petite rue, tables hautes et bien entendu le bar.




Les amateurs de cocktails, tequilas et mezcal seront comblés car le choix est assez exceptionnel, rivalisant sans aucun doute avec celui de chez Adria. Sur l’un des murs, quelques bondieuseries, du taro, des effigies de Santa Muerte et autres saints, des bouteilles et toujours des aliments exposés.





Comme dans l’autre établissement, on prend une feuille qui est en réalité la carte et coche les mets que l’on souhaite déguster. Je peux d’entrée affirmer que cela faisait longtemps que je n’avais pas mangé d’aussi bons tacos ! On trouvera également des quesadillas, des antojitos ainsi que quelques accompagnements. Un « street food » mexicain parfaitement réalisé a des prix très raisonnables. Les tacos viennent par 3 ou 5 selon sa commande. Nous prendrons une sélection de leurs trois tacos.


Et dans le fond de salle, la cuisine où sont principalement dressées les assiettes, les bases ou préparations étant bien évidemment prêtes.


Comme boisson, de parfaites « Michelada » qui ici sont absolument délicieuses, magnifiquement dosées, avec le tajin en bord de verre et que l’on peut avoir avec du Clamato. Citron vert, sauce piquante, jus de tomate aux palourdes et condiments.


Pour commencer des tacos « carnitas » avec du porc, du chicharrón à base de peau et de graisse de porc, de la coriandre et de l’oignon. Tortilla de maïs de qualité viande très bien effilochée, les chicharrón sur le dessus et quartier de citron vert. Aussi un peu de coriandre hachée avec de l’oignon. C’est vraiment délicieux et très authentique, ce que je répète est plutôt rare en ville.



Toujours aussi délicieux, les lacos « pollo con mole », poulet en sauce mole à base de fruits secs, piments, chocolat et multiples épices. Le « mole » est onctueux et gourmand, probablement réalisé avec plus d’une trentaine d’ingrédients, le poulet aussi effiloché, un peu d’oignon sur le dessus.



Et le toujours classique tacos « cochinita pibil », avec de la viande porc marinée et oignons aigres-doux, qui est du même niveau que les deux précédents. A nouveau impressionné par autant de justesse au niveau gustatif.



Pour les amateurs, de fabuleuses sauces vertes « maison » si l’on souhaite ajouter un peu de piment, réalisée avec des tomatillos.


Enfin une superbe adresse qui a tout compris…. De la cuisine réalisée avec beaucoup d’authenticité, des saveurs nettes, beaucoup de fraicheur dans les préparations, une ambiance festive, des boissons idéales, de loin ce qu’il y a aujourd’hui de mieux à Barcelone dans ce style de cuisine mexicaine.

mardi 17 décembre 2019

Nairod, Barcelone


Seconde visite chez « Nairod » qui nous avait ébloui avec sa cuisine axée sur le produit de qualité, de saison et parfois plutôt difficile a trouver. On se rappellera de l’affiliation dans le passé avec « Coure », un cuisinier qui a été à la meilleure école et qui depuis son ouverture remporte un joli succès. Table pas encore fréquentée par le tourisme mais plutôt les connaisseurs qui apprécient les cuisines comme proposent par exemple « Capet », « Plata Bistro », « Gresca » et « Agreste ».


Toujours une carte réduite mais sans aucune pensée négative ; ici c’est toujours des plats du moments, qui changent d’une visite à l’autre et définitivement toujours des suggestions plus qu’alléchantes. Des produits donc d’exception comme huitres Gillardeau, lièvre, pigeon et grouse rien que pour illustrer l’état d’esprit !


Un décor qui nous plait car serein, intimiste et presque cosy. Lumières douces, boiseries un peu scandinaves et ces tables avec une vaisselle disparate de bon goût chinée ci-et là. Un lieu propice pour passer une délicieuse soirée épicurienne en bonne compagnie.


Nous serons d’entrée impressionnés par cette « mojama » à l’huile d’olive, endives braisées et yoghourt. On se rappellera que la « mojama » est du thon rouge légèrement salé et séché à déguster avec un filet d’huile d’olive comme pour un carpaccio. Un conditionnement qui est une très vieille tradition ibérique qui remonte aux temps des Phéniciens. Les Arabes ont perpétué la tradition sous le nom de « mussama » (sec) d’où vient le terme « mojama ». Un élément que l’on trouve assez souvent en Andalousie et près de Valence.  Rusty la prépare en l’association avec ces endives conférant une texture additionnelle et une fine amertume et sucrosité. On appréciera aussi l’équilibre avec le yoghourt et ce côté crémeux. Voila le genre de plat que vous ne trouverez que chez les chefs ingénieux de Barcelone qui prennent « du produit » et en font quelque chose d’unique.


Plus classiques mais un modèle du genre, les croquettes de porc, épices et cheddar. On me dira que l’on trouve cela partout mais comme celles-ci, très rarement. La farce est subtile, la texture idéale et le fromage faut aussi la différence dans ce cas. 



Ensuite la mémoire me jour des tours car ce plat fut offert en dégustation et je ne me rappelle plus précisément. Peut-être les rillettes de thon en escabèche, mais à confirmer car je n’ai trouvé aucune photo sur la toile qui ressemble à cette assiette. Dans tous les cas…cela devait être délicieux. A noter que le pain croustillant me rappelait le « pane carasau », l’un des symboles de la gastronomie de la Sardaigne, qui est aussi communément appelé « carta musica » (papier à musique) en raison de sa minceur et de sa légèreté.


Eblouissante et très originale omelette aux « boquerones » ou plutôt anchois. On connait la tortilla et les « boquerones », mais travailler les deux ensembles est plutôt très convaincant. Omelette baveuse, quelques fines herbes, le poisson en filet, quelques piparras pour l’acidité et un peu de mâche sur le dessus. Une très belle association gustative.


Toujours dans l’extrême gourmandise, les magnifiques cèpes poêlés à la butifarra noire. Champignons découpés en cubes, cette sorte de boudin de superbe qualité est une parfaite association.


Des pâtes « maison » avec des linguine au ragu de sanglier. La sauce en dessous, les pâtes déposées élégamment au-dessus et quelques tranches de sanglier sur le côté.


Nous retrouverons le goût de la cuisine d'antan avec cette recette mythique et emblématique de la gastronomie française : le lièvre à la royale ! Un plat de gibier classique et savoureux avec cette version du sénateur Couteaux. A l’origine d’une querelle ancestrale entre Périgord et Poitou, cette recette fut réalisée, à la fin du XIXe siècle, par le sénateur de la Vienne, Aristide Couteaux, dont elle a gardé le nom. Un temps oubliée, elle revient en force sur les tables étoilées. Une recette très complexe avec le lièvre et ses abats, du sang, du vin, du vinaigre et plein d’autres ingrédients. Ici la préparation a été confectionnée dans un petit saucisson probablement réalisé avec une crépine et la sauce est d’une incroyable délicatesse. Absolument sublime !


Ensuite des cailles sauvages à l’escabèche. Un plat assez peu fréquent sur les cartes. L'escabèche méditerranéenne se fait d'habitude plutôt avec du lapin, des sardines, ou des maquereaux que l'on fait mariner avec de l'ail et du vinaigre. Généralement les cailles sont préparées avec entre autres, des herbes, de l’ail, de l’oignon, du vin blanc et aussi du vinaigre de pommes. L'escabèche peut être servi chaud comme plat principal, ou la viande peut être déchiquetée et utilisée froide en salade comme ici avec des petits morceaux de betteraves et carottes. Délicieux de toute façon. L’escabèche est une technique utilisée à l'origine pour conserver la viande. Elle se conservera au moins un an si elle est correctement conservée dans des bocaux.


Passage aux desserts assez sophistiqués, le premier réalisé comme une sorte de mille-feuille avec des figues sur le dessus.


Le second autour de l’ananas.


Et le troisième avec une base de chocolat.


Tous très bien équilibré en douceur et textures. Il me semble que la qualité de ceux-ci a augmenté depuis notre première visite.

Comme bouteille, un Classic 2017 Fredi Torres, qui est un vin profond, complexe et élégant. Au nez, les arômes de fruits rouges et les notes minérales prédominent sur les légères notes toastées du fût. En bouche, il est intense mais vif, avec une finale longue et fraîche.


Vraiment une superbe adresse où l’on ne se cantonne pas à proposer ce que tout le monde d’autre fait, mais une recherche au niveau des produits de superbe qualité, des associations aventureuses mais réussies, une cuisine gourmande comme l’on souhaiterait trouver plus souvent.


dimanche 15 décembre 2019

Sant Marti, Barcelone


Probablement pas la table à laquelle tout le monde se rendra depuis le centre de Barcelone car il s’agit d’un restaurant de quartier, comme on se plait à le dire. La table où exclusivement les locaux viennent et qui habitent probablement dans le coin, l’adresse où l’on ne suit pas la mode et où l’on trouvera une cuisine classique avec des recettes éprouvées et peu de surprise. Et parfois cela nous plait que de manger ce type de cuisine, de replonger un peu dans le passé. Visitant au préalable non loin de là une micro-brasserie nous voici donc partis à la découverte du « Sant Marti » qui porte le nom du quartier dans lequel nous sommes. Pas beaucoup d’animation dans cette rue mais nous voici face à l’entrée bien illuminée.



A première vue en regardant le panneau à l’entrée de l’établissement, on comprendra qu’ici ce sont les mets du jour avec un focus sur les produits de la mer et de plus l’origine est mentionnée.


Plusieurs salles qui laissent penser que l’établissement par moment doit être bien remplis et probablement le type d’endroit pour familles qui viennent célébrer un événement. Pas de décoration particulière, un petit côté un peu années 80 ; probablement que le focus premier c’est la cuisine et le décor un peu sans âme restera secondaire.




La carte est vaste et l’on ne pourra pas prétendre que l’on ne trouvera pas son bonheur. Bien entendu on consultera les plats du soir mais regardera aussi la carte classique. Pas de folies dans cette carte mais comme déjà dit, de la tradition avant tout. Notre choix sera vraiment très local et ce n’est pas plus mal. Pour patienter, une mise-en bouche avec un pâté de thon sur une tranche de pain.


Cela sera donc une salade russe faite « maison » au thon, petites tranches de pains croustillante et piparras. Joliment dressée, avec toutes les caractéristiques de cette salade, le petit piment vert basque est un ajout que l’on trouve parfois, le pain est pour une fois autre chose que ces bâtonnets pas toujours terribles.



On se laissera tenter par les bombas de la Barceloneta aux pommes de terre et butifara de Perol avec une sauce « brava » et aïoli. Belle texture avec un goût différent puisqu’ici avec de la saucisse et non pas comme habituellement de la viande hachée. Deux petites sauces dessus et dessous parfaitement relevées.



Le panier de poissons frits avec du citron vert semble être un classique de la maison avec calamars, crevettes, anchois.



Puis des raviolis « maison » aux langoustines et légumes avec une sauce aux amandes. C’est plutôt bien fait, mais pas trop Italien dirons-nous.  La sauce est agréablement douce avec une saveur inhabituelle.


Le riz aux fruits de mer, avec moules, couteaux, crevettes et calamars est particulièrement bien cuisiné avec une parfait soccarat. Le fond de sauce est lui très gouteux, le riz gorgé de saveurs marines.


Puis comme dessert, une traditionnelle torrija poêlée au beurre et glace vanille.



Avec ce repas, un blanc de la région du Penedes, un Can Sumoi 2017 cépage Xarello, vin profond et sincère. Au nez prédominent les fruits blancs frais, avec des notes florales et d’herbes méditerranéennes. En bouche, il est gras et agile à la fois, avec une finale longue et rafraîchissante.


Un repas sans surprise mais c’est justement pour cela que l’on vient ici et que l’on apprécie cette cuisine éprouvée et sans faute. Des produits de qualité, de première fraicheur, des assiettes généreuses et gourmandes. Une adresse qui ravira toute personne appréciant cette cuisine adressée aux familles et amateurs de plats classiques.

http://www.santmarti-restaurant.es