jeudi 15 janvier 2015

La Cova Fumada, Barcelone



Je me rappelais du billet d’un blogueur qui avait intitulé ce dernier « Meilleur restaurant de Barcelone ? » ou quelque chose de semblable. Ayant déjà eu l’occasion il y a quelques années de passer une magnifique soirée dans l’un des établissements de l’ancien quartier des pécheurs de Barceloneta dont l’on trouvera l’histoire détaillée sur plusieurs sites, je me demandais ce qui pouvait justifier un tel billet…. L’autre établissement que j’avais visité s’appelait «  Can Maño », mais cette fois-ci il s’agit de la « Cova Fumada ». La description de ce blogueur dans ce billet semblait tellement incroyable que nous ne pouvions qu’y aller faire une visite. 

Certains considèrent Barceloneta comme l’endroit le plus authentique et gastronomique de la ville… Je modèrerais cela en disant que cela dépend ce que l’on recherche… Le « foodiste garçon coiffeur » comme certains se plaisent à caricaturer n’y trouvera peut-être pas son compte mais soit-on un peu ouvert d’esprit et aventureux, voici sans aucun doute l’un des endroits inoubliable dans lequel j’aurai pris un repas ces derniers temps. Certains parlent même « d’icône » de la ville…Et Il y a du vrai dans tout cela. On y vient chaque jour de tous les coins de la ville pour passer un très beau moment culinaire. On « enlèvera sa cravate »…on mangera avec les doigts qui deviendront vites graisseux… Un lieu remplis de locaux qui seront ravis d’échanger quelques mots avec vous.

En face du «Mercat de la Barcelenota», cet endroit est difficilement trouvable si vous n’en connaissez pas l’adresse car aucune pancarte n’indique qu’il s’agit d’un bistrot. De plus les horaires sont ici un peu inhabituels. Fermeture le soir aux alentours des 20:00  et par exemple le samedi, à 13:20… Le seul moyen d’y venir manger c’est de s’assurer que cela soit ouvert en téléphonant ou alors faire confiance aux horaires indiqués sur quelques sites et être prêt à patienter peut-être 45 minutes en fonction du remplissage. Fin d’année rime probablement avec une fréquentation moindre, donc c’est sans peine qu’à 11:45 que nous trouvons un coin de table en quelques minutes.



L’ouverture de ces lieux date de 1944, une ancienne cave à vin ou « bodega » dont le décor n’a strictement pas changé et dont le nom signifie « Cave enfumée ».  Tonneaux, tabourets, tables et comptoir de marbre, banquette boisée, murs jaunâtres, lumière blafarde. Quelque chose de très rassurant dans tout ceci car ici le temps n’a pas eu d’emprise. Les discussions vont bon train, les locaux se réjouissent, l’ambiance est fabuleuse. Ne vous inquiétez-pas non plus pour le choix des plats, il y aura toujours quelqu’un d’aimable pour vous faire une traduction.





Evidement quelques affiches « du Barça », et la décoration s’arrêtera là.


Le plus émouvant et j’insiste sur ce mot, c’est d’observer dans cette cuisine ouverte cette famille s’affairer « comme à la maison ». Nous ne sommes pas dans un restaurant mais en quelque sorte arrivés « chez des privés », même si ce n’est pas vraiment le cas… 


Derrière ou sur le comptoir du bar, certains plats que l’on pourra apprécier à l’une des tables et qui seront donc finalisés dans cette cuisine par cette dame qui semble être la cheffe de cette famille.  Une femme qui s’interrompra quelques instants pour câliner un jeune enfant et reprendre quelques instants plus tard ses poêles dans lesquelles frémissent maintes aliments. Entres autres ces magnifiques artichauts précuits dans l’huile d’olives qui seront à nouveau poêlés au dernier instant et saupoudrés de piment doux.




Une ardoise en milieu de salle vous indiquera les plats du jour, les poissons, crustacés et autres spécialités de la journée. Difficile de faire un choix car tout ce qui se présente sur les tables semble être très bon.


On boira de l’Estrella la bière locale ou alors du vin de la maison au pichet, blanc ou rouge. Et il s’avère que ce denier est même plutôt bon.


Comment ne pas démarrer avec la « Bomba », assurément le plat emblématique de Barceloneta qui est une « bombe de pomme de terre », un met qui semblerait avoir été créé dans les années 50 par une certaine María Pla, grand-mère des propriétaires actuels ; Josep María Sole et Magí Sole. Un met qui est probablement devenu un tapas classique en Espagne mais inventé ici ; une boule de purée de pomme de terre avec un peu de porc à l’intérieur, ensuite enveloppée d’œuf et de panure, plongée dans l’huile d’olive et servie avec parfois un aïoli mais théoriquement avec une sauce au piment de Cayenne. Le garçon vous demandera qu’elle doit être la puissance du piment…n’hésitez pas a demander le plus fort pour les amateurs. Simple et délicieux.


De fraiches tellines rapidement poêlées que l’on déguste en attendant les plats suivants.


Ici on ne pose pas la question de savoir ce qui est raisonnable ou non et même le pain toasté avec de l’aïoli dessus devient quelque chose de sublime… 


Les artichauts poêlés ou peut-être grillée sont divins. Vous les aurez-vus en « montagnes » sur le comptoir car ils ont étés cuits à l’avance. On mange le bas des feuilles et le cœur. A nouveau c’est simplement fait mais c’est rare de manger de si bons artichauts.


Le pain à la tomate « pa amb tomàquet »  n’a pas d’égal. Pain que l’on voit d’ailleurs toaster dans la cuisine sur la « plancha ».



Le poulpe aux oignons qui est découpé en fin morceaux, mélangé à une sauce type compote d’oignons. Gras…mais ô combien suaves…


Et pour conclure, une fabuleuse morue sauce tomate accompagnée d’haricots blancs. Le poisson est bien dessalé, moelleux ; la sauce douce et les haricots ont une cuisson parfaite.


Tous des plats que l’on appréciera  pour leur côté  essentiels de la cuisine catalane, certes pas légers mais ce ne sont que des petites rations que l’on prend à sa guise. Sur l’ardoise vous trouverez également la « butifarra » qui est le boudin et plusieurs types de crustacés ou poissons comme sardines, couteaux et calamars.


Et puis on a envie de se laisser aller alors on terminera tout ceci avec un « Carajillo », le typique café arrosé ici avec du rhum, boisson datant de l'occupation espagnole de Cuba.


La « Cova Fumada » est surement un des lieux les plus authentiques que l’on puisse s’imaginer, qui a réussi à ignorer les modes, les mouvements progressistes culinaires espagnols et qui propose une magnifique cuisine familiale dans un cadre et une ambiance inoubliable.