vendredi 23 février 2018

Louro, Barcelone


Je crois que l’on ne me contredira pas si j’affirme que manger correctement sur la Rambla est une chose absolument impossible. Passage continu des touristes, prix élevés, congelé sur toutes les assiettes, impensable de penser s’y arrêter. Mais depuis quelque temps, il y a au moins une adresse qui mérite d’être découverte, celle de « Louro ». Certes ce ne sera pas l’établissement que l’on découvrira par hasard en marchant dans la rue pour la simple et bonne raison que celui-ci est à peine visible de la rue.


En fait vous devez tout d’abord repérer le « Centro Galego », centre galicien qui se trouve affiché conjointement avec un petit hôtel. C’est tout d’abord au fond de cette allée que vous devez vous rendre et ensuite monter à l’étage. Même s’il y a un panneau mobile dans le couloir, peu de chance de découvrir qu’il y a un restaurant de qualité au premier étage. Ce centre galicien a tout simplement fait une association avec le chef Manuel Núñez, du restaurant « Arume », de « Cera 23  » , dans le quartier du Raval. Un chef galicien qui remporte un réel succès avec ses autres restaurants.



Un bel immeuble, une magnifique rampe d’escalier que l’on monte comme dans n’importe quel bâtiment avec au départ un buste en bronze.


Vitraux assez modernistes, puis vous voici face à une entrée plutôt étrange. Un peu rutilante, assez particulière car elle rappelle de classiques faïences mais ces dernières sont de couleur or. Un lustre assez art-déco au plafond.


On entre dans un appartement qui a été reconverti en restaurant, la décoration a été dernièrement refaite. Tout est un peu doré, ou alors avec des couleurs assez particulières, la décoration et mobilier sont plutôt inattendus. Difficile de savoir si l’on a conservé quelques éléments ou non du précédent établissement.


A gauche de l’entrée, une anti-chambre presque un peu asiatique ; des objets de décoration, des armoires frigorifiques et de la vaisselle rangée sur des étagères.


Un peu plus en avant, un coin presque privatif face à un bar. On peut également y manger mais autour d’une table unique et surélevée.


La première salle est un mélange assez particulier avec de la vaisselle dorée exposée dans des rayons contre les murs, les tables contrastent avec leur côté bois un peu rustique. Le plafond bleu comme à l’entrée détonne un peu dans le tout, quelques œuvres plus contemporaines sur les murs.



La salle au fond est plus traditionnelle mais néanmoins surprenante, avec son papier peint de style panoramique du 18ème, ses chaises qui pourraient se retrouver dans certains restaurants indiens, ses lampes en forme de panier de pêcheurs ou d’autres dorées.  Le long d’un des murs, une banquette de couleur sombre avec au dessus quelques photos noir et blanc de probables paysages de Galice. On observera également certaines structures qui sont probablement d’origine. Je reste un peu indécis à dire si le tout a été conçu avec cet objectif de mélanger les styles ou si ce n’est qu’une coincidence.





Le lieu est tout à fait plaisant et pas du tout semblable à aucun des établissements de la rue. La carte qui nous est présentée est très intéressante, propose une belle série de mets évidement influencés par la Galice avec des touches modernes.

Pour commencer, une tourte galicienne farcie au poulet bio et pommes. Souvent appelée « empanada Gallega » est une variété de tourte populaire de cette région du nord-ouest de la péninsule ibérique. Elle y est connue, semble t-il, depuis le 7ème siècle, lorsque l'on a commencé à s’intéresser à faire voyager la nourriture. Recouverte d'une seconde couche de pâte, cette tarte était sensée se transporter plus aisément et à l'abris de la poussière. Ces tartes devenues tourtes sont généralement farcies d'ingrédients régionaux, aussi bien de la viande, du poisson, des fruits de mer ou des légumes. Souvent réalisée avec du thon et aux poivrons, ici ue variation très plaisante au poulet et pomme pour une touche douce.


Des bouchées marines avec les tranches de pain grillées avec de la sardine fumée, compote de tomates et fromage de Galice. C’est vraiment délicieux car le côté sucré de la tomate confite tranche parfaitement avec le poisson frais, salé et fumé.


Un poisson avec une excellente sole poêlée, sauce citrique et légumes de saison sautés. Poisson de première fraicheur parfaitement cuit, une sauce finement acide, quelques cubes de pomme verte infusées et les légumes semblent être en réalité des salicornes.



Le plat suivant est tout aussi gourmand avec un riz aux champignons sauvages avec du fromage « Tetilla ». Excellente qualité de riz, texture parfaite de la préparation, fond de sauce bien parfumé avec ces champignons locaux qui de plus sont frais et le fromage en arrière goût. Fromage au lait de vache, à pâte filée. Traditionnellement, on utilise le lait entier, de la race rubia gallega, qui produit peu de lait, mais de qualité supérieure. La « Tetilla » est proche des Scamorze italiens, avec une forme très caractéristique de tétine ou de petite poire « perilla ». Frais, ils sont doux, puis ils deviennent piquants avec l'âge


En dessert un cheesecake cuit au four avec du fromage fumé, normalement avec des myrtilles et une glace au fruit mais d’après ce que je comprends, il n’y a plus de cette glace, donc le tout est remplacé par une glace à la vanille, ce qui contraste nettement moins bien avec le gateau.


Une excellente espuma de fromage galicien, gelée de coing, noix, pommes et glace au yoghourt, pour terminer.


Une bouteille de Adega Ponte da Boga Godello 2016 de la région de Ribeira Sacra, vin blanc agréable avec ce repas.


Un bel ajout au panorama gastronomique de Barcelone avec une cuisine plus proche de la Galice que l’autre l’établissement du chef. Des saveurs qui changent des plats habituels locaux, des produits de qualité, des assiettes qui combinent, les plats traditionnels galiciens avec une touche personnelle et gourmande, un cadre étonnant et plaisant, une adresse à ajouter dans votre liste si vous ne souhaitez pas trop sortir du centre.