mardi 27 février 2018

a restaurant, Barcelone


Voici un instant rare et privilégié que vous pouvez vivre dans le Barri Gòtic, un moment ou le temps s’oublie, où l’on observe la beauté des édifices en s’attablant sur la terrasse pendant l’été d’une belle adresse que je vais décrire, mais avant cela, autant vous parler un peu de cette place ou se trouve cette terrasse.


La plaça Sant Felip de Neri est un havre de paix. Une petite fontaine au milieu devant la belle église baroque du XVIIIe s, un palais jouxtant celle-ci, des maisons médiévales. Barcelone est souvent choisie comme lieu de tournage de nombreux films et clips parce qu’elle est si agréable, chaleureuse et qu’elle est dotée d’une architecture riche et de nombreux monuments exceptionnels. C’est sur cette place qu’a été réalisé « Le Parfum ». L’histoire d'un meurtrier, un film allemand réalisé en 2006 par Tom Tykwer et inspiré du roman de Patrick Süskind, Le Parfum, publié en 1985. Jean Baptiste Grenouille doté d’un odorat exceptionnel, passionné par les odeurs, se met en quête de créer le parfum idéal. Pour cela, il va aller jusqu’à tuer les jeunes filles pour leurs odeurs.


Mais revenons au sujet qu’est la raison de ce billet…Sur un coin de la place, le restaurant « a Restaurant » qui est appartient à l’hôtel Neri. Un hôtel « boutique », absolument magnifique, dans un palais médiéval. Un décor somptueux, qui laisse vraiment songeur. A ma première visite, il s’agissait d’un restaurant assez classique d’un hotel Relais & Chateaux mais récemment le lieu a été transformé et repris par le chef Alain Guiard. Chef en pleine expansion puisque c’est lui qui est impliqué dans les deux établissements que sont « La Mundana »  dans Sants et le « Santa Burg » dans l’Eixample. Pour rappel, un cuisinier qui est passé entre autres chez ABaC.

Entrée également de l’autre côté de la place qui vous permettra d’apprécier l’intérieur cossu de cet hôtel.


Anciennes structures de pierres avec du mobilier aussi bien ancien que contemporain. On pourrait s’imaginer que les styles ne s’accordent pas, eh bien au contraire c’est plutôt bien réussi. Traversée donc du lobby et arrivée face à la nouvelle salle à manger. Avant cela, un coin pour prendre un verre avant de passer à table.



Salle qui n’a pas fondamentalement changé dans sa structure mais seulement dans son mobilier. Fini les tables classiques recouvertes de nappes blanche, voici une décoration contemporaine, assez dans le style de ce que l’on trouve un peu partout, plus décontractée, plus à même d’attirer une clientèle moins guindée.


Un bar aux couleurs rouges, des lumières tamisées, une ambiance très décontractée, ce qui est des plus agréables dans un établissement Relais & Chateaux et un service aux petits soins.


La salle à manger est assez moderne avec des tables de diverses couleurs, des photos noir et blanc encadrées, quelques photophores et des plantes ci-et là. Vraiment un endroit inattendu par sa décontraction, une impression que le thème s’approche un peu du design scandinave.



Même une salle indépendante avec une table haute, un peu comme dans certains gastrobars de la ville.


La carte est vraiment très intéressante et ce ne sont que de bonnes surprises que l’on trouve dans les énoncés des assiettes. Pas tout à fait le type de plats de « La Mundana » mais tout de même un peu de créativité sur des assiettes parfois teintées de couleurs locales, parfois inspirées par d’autres pays tel que le Moyen-Orient, la France ou l’Italie et tout cela a des prix absolument raisonnables pour un tel établissement. Souvent des associations avec de très beaux produits comme foie gras, crustacés et viandes de qualité.

Cela commence par une superbe entrée, des tacos d’algue Nori et Capucine, coquille Saint Jacques, croûte de jambon ibérique, fruit de la passion. On pourrait s’imaginer que ce plat fais de bouchée s’inspire de la cuisine Nikei puisque l’on y retrouve l’algue qui représente le Japon mais aussi le fruit le Pérou. On roule la feuille de capucine avec celle d’algue autour d’une noix parfaitement snackée. Le tout est sublimé par la légère acidité du fruit. Une très bonne idée que cette entrée et de plus fraiche et gourmande, sans oublier le côté visuel.



Autre type de cuisine avec un oeuf savouré dans sa coquille, Parmentier, anguille fumée, mousse de Carbonara et tobiko. J’apprécie toujours ce goût de ce poisson fumé dans les préparations. Ici l’œuf coulant est recouvert d’une mousse à la saveur de la sauce Carbonara qui a été siphonnée, en dessous la crème de pomme de terre, des morceaux d’anguilles sur l’oeuf coulant. Ci et la quelques œufs de ces poissons japonais volants pour ajouter une touche marine. Un plat à nouveau avec de parfaites associations.


Un nouveau plat de très haute cuisine avec ces raviolis de Parmentier à la cèpe et truffé, lard paysan ibérique et gelée de jambon. Je m’étais demandé si le Parmentier deux fois n’étais pas un peu redondant mais le serveur me confia que les deux plats n’avaient que peu de ressemblance. En réalité il ne s’agit pas de réels raviolis comme en Italie mais d’une reconstitution très technique de ceux-ci. C’est en fait une tranche de lard presque transparente non loin du lard de Colonnata qui a été assouplie et qui entoure une fine mousse de pomme de terre. Un fond de sauce délicieux tout autour, quelques crosnes bien saisis, une huile de persil et une étonnante gelée au parfum de jambon. Une bien belle assiette.


L’assiette suivante sera probablement moins surprenante car beaucoup plus classique dans le sens exotique du terme, un ragoût de maigre, coques et moules à l’orange, et à la noix de coco. Ce n’est pas que le plat ne soit pas agréable mais cela ressemble beaucoup a un plat de style Thaïlandais, donc plus une problématique de choix qu’autre chose. Le tout est dans une sauce lait de coco avec des saveurs connues, quelques herbes fraiches et jeunes carottes.


Retour a une cuisine plus inventive avec le magret de canard grillé, pommes Tatin et sobrassada. Une viande cuite à point encore rosée, un fond de sauce goûteux, cette intelligente association avec les pommes fondantes et caramélisées, mais surtout ce clin d’œil à l’Espagne avec cette chaire de saucisse au piment doux qui rehausse le tout et que l’on utilise comme une pommade sur la viande. En ajout, deux branches de brocolis poêlées et un jus de persil.


Pour suivre, un plat classique que le riz sec au pigeonneau et parfais de foie gras au muscat. Le riz reste toujours une preuve de maitrise culinaire dans un établissement et ici il est particulièrement délicieux. On qualifie de riz sec quand celui-ci est sans trop de sauce, cuit au four et de fine épaisseur. Cuit toujours dans un excellent fond comme ici et avec ce soir un délicieux pigeon rosé coupé en tranches. On identifiera les quelques cubes de foie gras ci et là, les touches classiques de l’aïoli.


En dessert, un magnifique pain perdu avec une impressionnante glace au lait fumé. Cette « torrija » est moelleuse, parfumée, accompagnée d’un peu de crumble et de quelques fruits rouges, mais c’est surtout la glace qui fait la différence avec son excellent goût fumé.


Le choix de vin de Catalogne est un peu limité mais avec les conseils du serveur nous opterons pour une autre région avec un Murviedro Cepas Viejas Bobal Utiel- Requena 2014. Cépage donc plutôt peu fréquent que ce Bobal ; une couleur rouge cerise intense, renforcée par l'arôme de fraises mures. Frais, dense et charnu, avec des tanins ronds et une belle longueur.


Une très belle prestation que celle-ci presque un peu inattendue car cette cuisine est très soignée, les assiettes sont vraiment variées, les produits de qualité, les cuissons et dressages impeccable. Tout fût gourmand, le lieu est très agréable. Un endroit à ne pas manquer lors d’une visite a Barcelone, qui vous fera rêver quelques instants.