lundi 23 octobre 2017

My Fucking Restaurant, Barcelone




Il faut dire qu’avec un nom pareil, l’on peut se poser pas mal de question sur ce que l’on va trouver dans cet établissement.  De plus celui-ci se trouve un peu presque perdu entre quelques fast-food style kebabs et autres pizzas. Mais ne vous fiez surtout pas aux apparences car ce presque nouvel établissement vaut vraiment le détour.


Situé dans la Carrer Nou de la Rambla, je suis passé je ne sais combien de fois devant et découvrit un peu par hasard que cet établissement fait partie du mouvement « Slow Food » et de ce concept de produit de proximité avec le « KM0 ». C’est en réalité en parcourant le site « KM0 » sur Barcelone que je me suis aperçu qu’il y avait à la même adresse une autre table auparavant et que leur site n’avait pas été mis à jour. En fait je me réfère à celui du « KM0-Slowfood »  car il y en a plusieurs qui semblent un peu être redondants. D’après ce que je comprendrai par la suite, le tout a été mis en attente et une refonte des sites est prévue. Bref, une table qui a priori privilégie aussi la qualité des produits, les plats de saison, les paysans et pécheurs locaux.


A l’origine, le lieu s’appelait « La Castanya » mais ferma dans la première partie de cette année, puis il y eu une aventure appelée « My Fucking Kitchen » qui si j’ai bien compris était un atelier de cuisine, du catering et « food truck » et qui ensuite se transforma en « My Fucking Restaurant ».  Une histoire dont je ne connais pas les détails mais toujours avec le chef Nicola Drago.


On accède par le bar qui est joliment éclairé et où l’on peut prendre une boisson ou même manger quelques tapas, mais je vous suggère de plutôt manger dans la très belle salle qui se trouve au fond de l’établissement. Bar qui tout de suite vous met en confiance lorsque vous vous voyez affiché la liste des vins blancs et rouges au verre.



Cette salle au fond est plutôt inattendue car très agréablement agencée. Une banquette murale au-dessus de laquelle se trouvent de belles photos noir-blanc de Barcelone, des éclairages soignés, quelques tables de l’autre côté pour de plus grandes tablées le long d’un mur en pierres apparentes. Le mobilier un peu scandinave s’harmonise parfaitement avec l’ensemble. C’est un lieu convivial et sympathique.





Au sous-sol, ne manquez pas de découvrir la magnifique salle privative ou plutôt pour groupes qui fait face aux cuisines.


Grande salle en longueur, garde-manger, cellier, cuisine au fond. Incontestablement ce que j’ai de plus sympathique à Barcelone pour organiser une soirée privée.




Je dois admettre que la carte qui nous est tendue mériterait un effort au niveau de la présentation car l’on a un peu l’impression de se trouver dans un fast-food, ce qui n’est évidemment pas le cas. Carte préimprimée qui mériterait visuellement un peu plus de simplicité et qui devrait avoir un format plus en adéquation avec le « Slow Food ». Je n’aime tout bonnement pas ce qui est préimprimé car cela donne l’impression de se trouver dans une chaine de restaurant. Des tapas, des assiettes à se partager et des desserts. Une cuisine catalane mais aussi avec des inspirations italiennes avec toujours quelque chose d’un peu créatif.

Cela démarre avec quelques bonnes huitres, non pas de la région mais bretonnes, des natures et des huitres au Bloody Mary qui donne un petit coup de fouet en bouche.


Le pain artisanal de coca avec de la tomate est ici particulièrement bon, avec une excellente huile d’olive et un pain de qualité.


Suivi d’un mélange de viandes froides italiennes ; en fait de très bonnes charcuteries de la botte mais aussi quelques spécialités locales comme le chorizo. On aurait pu espérer quelque chose complètement ibérique, mais il semblerait que l’Italie soit à la mode ici, ce qui est d’ailleurs l’inverse d’ailleurs, ayant vu des jambons espagnols proposés dans des établissements de luxe a Rome.


Leur version de « patatas bravas » appelée « surprise ».  L’apparence est assez similaire mais en réalité il ne s’agit pas de pommes de terre mais de cubes de pois-chiches frits qui ensuite sont accompagnés des sauces classiques à base de piments et un aïoli.  J’ai suggéré au chef de peut-être tailler les cubes un peu plus gros car la texture était un peu sèche. Une bonne idée a perfectionner.


De fabuleuses croquettes d’osso-bucco avec une « gremolata » citronnée. Un clin d’œil à l’Italie et un résultat des plus concluant. Original, inattendu avec une farce sublime, un croustillant à l’extérieur, probablement du Panko qui est une panure japonaise.


Une très légère friture mixte avec une mayonnaise aux algues. Aussi bien des chips de légumes, des bananes plantain que des crustacés comme crevettes ou calamars. Servis dans une corbeille avec un cornet de papier.


Plat suivant finalisé à table avec une torche, l’onglet bio avec une sauce douce à l’ail. Sous la viande, quelques braises ravivées, des aiguilles de pin qui conféreront un excellent goût fumé à cette viande très tendre.




Jolie assiette bien gourmande que le barbecue de poulpe accompagné d’un « trinxat » et sauce romescu. Sur le poulpe quelques artichauts, pas tout à fait sur de ce que l’on entend ici par « trixat » car théoriquement il s’agit d’un plat d’origine de la Cerdagne catalane réalisé catalane fait avec du chou, de la pomme de terre et de la ventrèche. Mais en tout cas la sauce qui accompagne et qui est chaude est bien une sauce romesco. A relever la vaisselle plutôt très choisie.


Quelques très bonnes truffes au chocolat présentées sur une pierre.


Un inhabituel te agréable cheese cake présenté dans une verrine avec diverses strates. Le gâteau au fromage assez léger, un coulis de fruits rouge au centre et sur le dessus un crumble.



Le chef qui viendra s’enquérir de notre satisfaction et qui de surcroît fût très sympathique nous emmènera à l’arrière pour nous faire visiter son petit potager où il cultive lui-même ses herbes et quelques légumes.



Le choix des vins est soigné avec majoritairement des vins naturels. Comme par exemple cet étonnant Carriel dels Vilars 2013, syrah, grenache, cabernet sauvignon, samso. Vin obtenu par fermentation spontanée, cépages plantés dans des sols arides de schiste non loin des Pyrénées, non filtré, sans sulfites et plutôt inhabituel. Des saveurs de fruits rouges et beaucoup de rondeur.


Un autre vin sympathiquement proposé pour déguster, un Vinel-lo Partida Creus, non filtré et ni clarifié, récolté à la main, sans additifs. Une très légère macération de Garnacha blanca, Macabeu, Moscatell, Vinyater, Xarel·lo, Parsé et Parelleda, frais et croquant, avec moins de 10° d'alcool qui plus est !



Une bien belle adresse que celle-ci, qui mérite d’être découverte et propose de jolies préparations culinaires. Des plats repensés, allégés et bien présentés, de bons ingrédients et surtout une volonté d’offrir des produits bios, des vins naturels, tout ceci dans de très agréables salles. Pas encore bien connu mais assurément une table qui sera sans aucun doute grandement fréquentée d’ici peu de temps.