lundi 29 janvier 2018

Rilke, Barcelone


Récente table que celle-ci est pas encore connue du grand public, ce qui ne va tarder de l’être cette année pour maintes raisons. Tout d’abord « Rilke » est supervisé par le chef Rafa Peña du fameux « Gresca » qui en a séduit plus qu’un avec sa cuisine catalane moderne. Ensuite, l’emplacement de cette nouvelle table est tout bonnement magnifique, car non pas dans une arcade mais dans un appartement situé dans le quartier de l’Eixample et à ce jour les prix sont étonnements raisonnables pour une telles prestation flirtant avec le macaron. Si vous ne connaissez pas l’adresse, c’est bien simple, vous ne trouverez jamais l’endroit qui n’est pas vraiment indiqué à l’extérieur, ce qui explique qu’à cet instant, seuls les locaux en connaissent l’adresse. Un bel immeuble non loin du passage de Gracia, une grande porte entourée de ferronnerie, voilà, c’est la ! Le nom de l’établissement étant celui du poète autrichien Rainer Maria Rilke qui vécu de 1875 à 1926.


L’intérieur a complètement été transformé avec un goût irréprochable et une élégance incontestable. Les responsables de cette rénovation étant un cabinet ayant déjà œuvré dans les magnifiques « La Confiteria » , « Muy Buenas » ces bars du quartier San Antoni, « L’Alegria » et « El Paradiso » que je ne connais pas encore. Il s’agit de Enric Rebordosa de ce groupe Confiteria qui transforma l’ancien établissement Basque « Beltxenea » pour le métamorphoser en « Rilke » avec un autre groupe au nom de Kafka.


Hall d’entrée garnis de plantes, tapis rouge sur la rampe d’escalier, toujours aucune indication que nous sommes dans un établissement public. Cela sera donc au premier étage que vous vous rendrez ou plutôt ce que l’on appelle le Principal où la porte d’entrée est entre-ouverte.



Une fois celle-ci franchie vous serez immédiatement sous le charme de ce cet intérieur un peu décadent, romantique, à l’ambiance assez inhabituelle. Une arrivée immédiate dans ce somptueux bar à cocktails avec son puits de lumière central, le bar comme un autel dans une église. Boiseries sculptées, murs blancs, cheminée, canapés rouge sang et éclairage délicat. Autel car cette pièce auparavant servait de chapelle pour la famille Rilke.




La salle à manger attenante est presque impériale avec sa vue sur une cour intérieure. Plusieurs pièces d’appartement élégamment réhabilitées en conservant le charme d’antan de la vieille Europe. Des murs recouverts de tapisserie verte et or, un ensemble de tables rondes avec leurs nappes blanches, entourées de sofas en velour toujours de couleur grenat, des lustres au charme un peu rétro. Le mobilier d’origine s’intégrant parfaitement dans ce lieu classique mais subtilement contemporain.




Une des salles comme une verrière, donnant sur la fontaine de la terrasse avec ses lions, sa reproduction de la Venus de Milo en son centre et de la végétation dense sur tous les côtés Une oasis au milieu de la ville où l’été les repas seront également servis.



Si l’établissement est donc supervisé par Rafa Peña qui aussi crée les assiettes, en cuisine nous retrouverons Jaime Tejedor qui auparavant travailla chez « Libentia », « Saüc » et la « Ciudad Condal ». Tous deux proposant une haute cuisine qui associe style Français et Catalan. On pourrait s’imaginer que compte tenu de la beauté de l’endroit et de la qualité du service que les prix seront plutôt élevés mais tout est parfaitement raisonnable pour un tel établissement. Pas de menu mais un choix à la carte avec des assiettes que l’on peut se partager mais tenant compte de la sophistication de celles-ci, des plats individuels m’ont semblé être plus appropriés. A première vue des plats plutôt bourgeois, classiques qui n’utiliseront que des produits de saison et sans références à des ingrédients autres que locaux. Selon Rafa Peña, des recettes inspirées par un ouvrage écrit en 1835 appelé « La cuynera catalana » et « Ma cuisine » d’Escoffier datant de 1934, ouvrage de référence, posant les bases de l‘art culinaire français moderne.

Une agréable petite mise en bouche avec une feuille de salade type iceberg avec un tartare de thon agréablement assaisonné, une crème battue en dessous, servie sur un service peint très classique et presque au design oriental.


Nous entamerons ce repas avec une bouteille de Cava Rimarts Brut Reserva 18.


Très belle entrée avec la Torrija « Escalivada », sardines et sofrito. Normalement la Torrija est un pain perdu espagnol, un dessert traditionnel que l’on déguste durant la Semaine Sainte. Mais ici il a été travaillé de manière salée avec une « Escalivada », met traditionnel catalan qui consiste à braiser et ensuite mélanger aubergines, poivrons et tomates rôties à l’huile d’olive. La sardine encore un peu moelleuse est découpée en tronçons, quelques feuilles vertes et de sofrito qui est une pâte de tomate aillée et oignonnée que l'on fait revenir à l'huile. Le sofrito est une base de sauce pour différents mets. Une entrée comme l’on dit plein de soleil, gourmande et très joliment dressées avec ces fines lamelles de pain grillées comme des tuiles.


Seconde entrés avec des cailles et salade de poireaux. Poireaux, escarole, oeuf poché et sauce Romesco. Jolie association, textures complémentaires et saveurs justes avec cette classique sauce catalane qui se marie comme on peut se l’imaginer parfaitement avec du poireau non loin du calçots non encore disponible en cette saison. La volaille est parfaitement saisie, l’œuf amène un quelque chose de suave en bouche.


Autre classique catalan mais revisité avec le cannelloni au faisan. Pâte d’une belle finesse, farce gouteuse et une sauce particulièrement délicate avec également un fon de volaille. Ce plat est fréquent sur pas mal de cartes mais ici la recette a été sublimée.


Très belle autre assiette que ce Parmentier de ris de veau, huitre et oignon frit. Un ris saisi au beurre à la minute, une association plutôt surprenante que cette huitre chaude mais tout de même pas complètement cuite, toujours un fond de viande particulièrement gourmand et la pomme de terre plutôt en mousseline. Quelques rondelles d’oignon frites pour le côté croustillant.


Dans les plats principaux un fameux pigeon rôti accompagnés de champignons et racines. Volaille tendre, bien cuite, fond de sauce toujours à la hauteur comme les précédentes assiettes. Quelques champignons qui pourraient être de la chanterelle et des panais sans oublier de la betterave.


Nous restons dans la tradition avec un cochon de lait croustillant à la courge et pommes de terre. Viande qui fond en bouche, peau qui croustille comme il se doit, une agréable crème de courge pour une touche douceâtre. Les quelques pommes de terre type rate sont sautées et ajoutée à l’assiette. De la gourmandise à l’état pur.


La carte des desserts reste elle aussi plutôt classique et courte, cela sera le flanc au safran, glace, orange et mousse au lait d’amandes amères. Un ensemble de saveurs elles aussi justes, une composition également d’inspiration locale.


On peut actuellement regretter que la carte des vins ne soit pas plus complète, mais il semblerait que celle-ci nécessite une mise-à-jour selon les propos du sommelier. Cela sera un étonnant Penedès que ce Cosmic Vinyaters Passio Marcelan 2016, provenant d´un vignoble planté avec la variété Marselan à 500 Mètres d´altitude.


En fin de repas retour au bar pour quelques cocktails, conçus et élaborés par Juan Serrano, mixologue réputé de l’ancien bar à cocktails avant-gardiste d’Albert Adria, « 41 degrés ». Toutes les élaborations sont d'auteur et il y en a pour tous les goûts.




Un « La Querida », une vodka infusée au citron keffir, noix de coco, kalamansi et bière au gingembre.


Un « festival », capucana, pamplemousse, citron vert, goyave, framboise, cannelle et cardamome.


Par une fausse porte à côté de l’entrée nous accéderons ensuite à d’autres pièces un peu dissimulées comme tout d’abord le cellier avant d’arriver dans des salons privés.



Une salle réservée pour les amateurs de whiskys et cigares avec une large sélection de bouteilles exposées dans des armoires vitrées.





Incontestablement une très belle soirée dans un lieu hors du commun. Le cadre est splendide, le service de qualité et la cuisine est vraiment délicate. Comme précédemment énoncé, des mets d’un certain classicisme avec des produits de choix, des cuissons pointues, des accompagnement et sauces parfaitement maitrisées. Pour une cinquantaine d’euros par personnes, voici une des plus belles prestations gastronomiques en ce moment à Barcelone. On se réjouira de pouvoir probablement diner à l’extérieur cet été et également de découvrir de nouveaux cocktails.