samedi 2 juillet 2016

Trattoria Valenza, Turin




Rares sont les lieux comme celui-ci où l’on a l’impression que le temps s’est arrêté et que rien ne viendra perturber le quotidien. Il y a vraiment peu d’établissements dans lesquels je suis allé et me suis senti aussi impressionné par le côté simple et aussi humain que celui de la « Trattoria Valenza ». Située non loin du remarquable marché de la Place de la République qui est l’un des plus grands d’Europe, vous pourrez ensuite flâner dans cette brocante et marché aux puces qui date depuis le 18ème.


A priori rien ne laisse supposer ce qui se passe dans ce restaurant qui n’en a même pas l’air d’un et qui même à midi à l’air d’être fermé. Une simple enseigne verte d’un autre temps qui indique que vous êtes bien à la « Trattoria Valenza ».  J’ose franchir la porte, la salle est encore vide, la « mama » est en train de manger son repas de midi comme une cliente. Je me dis bien qu’une réservation est superflue aujourd’hui mais par politesse je lui signale que je reviendrai dans 45 minutes.



Cette fois-ci la porte est ouverte et l’on peut voir une table en train de manger. Un intérieur comme dans un appartement privé avec meubles et tableaux d’une autre génération, un décor avec des côtés un peu kitsch avec des objets un peu glanés ci et là. Vieilles toiles, horloges murales arrêtées comme le temps, photos délavées et autres babioles. Une série de tables avec nappes rouges et serviettes blanches. Au vu du comportement des clients présents qui plaisantent et n’hésitent pas à entrer en cuisine, on réalise après quelques instants qu’il s’agit d’une famille complète, celles des propriétaires de l’établissement.









La carte présentée sur une feuille de papier par une gentille serveuse visiblement correspond à ce qui a été simplement été préparé en cuisine. Trois types de pâtes avec quatre sauces ; al ragu, tomate, ligure, beurre et sauge. Rien de très extravagant mais si bien réalisé, peut être excellent.

Et c’est là que le moment un peu magique se passe avec ce vieux monsieur qui sort de la cuisine, s’attable, se fait servir par la serveuse qui lui demande ce qu’il veut bien manger. Quelques instants plus tard celui-ci parle à la table à côté et l’on comprend que probablement il s’agit du patron. Un moment presque émouvant que d’observer ce vieil homme qui naturellement apprécie son assiette sans bien se soucier de ce qui se passe autour de lui. Mais en fin de repas il se lève, vient à notre table, n’imagine même pas un seul instant que nous ne parlons pas italien et se met gentiment à nous vanter les mérites de quelques plats sur la carte.



Comme il y a un peu d’attente en cuisine dans laquelle l’on peut voir deux dames habillées de tabliers de cuisine, nous voici offert quelques tranches d’une excellente charcuterie qui restera sans nom ; une sorte de mortadelle dans la saveur mais avec une texture totalement différente.


Comme d’accoutumée, pain et grissins sont amenés dans une corbeille.


Les spaghetti al ragu sont parfaits. Pâte cuite à la minute, avec cette irréprochable sauce à la bolognaise bien parfumée.


Les gnocchis eux aussi sont excellents, moelleux avec un sauce ligure qui est un mélange de pesto et sauce tomate. On se servira de parmesan râpé dans une coupelle.


La Milanese in Carpione, recette piémontaise, est une escalope milanaise comme le nom l’indique, mais froide qui aura mariné dans du vinaigre de cidre, du vin blanc, de l’huile d’olive et de la sauge. C’est délicieux et approprié comme plat estival


Egalement un Involtini di cavolo & zucchini ripieni, qui s’avère un chou farci avec riz et viande accompagné d’une courgette farcie avec un mélange de panure et parmesan. Un plat très ménager et à nouveau très plaisant.


Le vin se sert au pichet, n’est définitivement pas mémorable.


Le vieux monsieur viendra s’inquiéter de nous et nous proposera un café maison qui s’avère être un café avec un alcool sucré sur lequel se trouvera un zeste de citron. Il nous offrira également une liqueur avec fierté car c’est lui qui l’aura préparée, un peu jaunâtre et dans laquelle aura mariné des feuilles de laurier.


Un moment vraiment hors du temps, une impression de se trouver chez des particuliers, une cuisine familiale simple mais parfaitement exécutée, une rare authenticité. Grandement recommandé à celles et ceux qui ne sont pas que focalisé sur leur assiette mais qui ont l’envie de se replonger dans une Italie peut-être des années 60.