Il y a des moments où l’on ne recherche pas
forcément de la haute gastronomie ni une cuisine créative mais plutôt la
cuisine de tous les jours comme l’on dit souvent en Catalogne, qui est une
cuisine roborative, réconfortante et gourmande. Des assiettes ou des tapas
espagnols que l’on trouve souvent mais qui ne sont pas toujours très bien
exécutés. Rien d’original…des salades, des fritures, des rations que l’on se
partage souvent avec quelques bières entre amis.
Dans un contexte ou tout se ressemble un peu dans les nouvelles ouvertures à Barcelone dans ce type de cuisine, Bar Gros dans l’Eixample peut être considéré comme une exception.
C’est une ouverture assez remarquée de 2026 au carrer Provença 202, lancée par Jordi Millán issu d'une famille de poissonniers sur plusieurs générations et Sara Martín architecte technique, les fondateurs de Casa Angelita, une adresse très appréciée de Nou Barris dans laquelle je ne me suis pas encore rendue. C’est donc un nouveau restaurant de Grupo Angelita.
Le concept est en fait assez simple. Un bar à tapas généreux avec un bon service, un très joli cadre qui même pourrait surprendre, des produits de marché, poissons et fruits de mer, de la cuisine catalane ou espagnole populaire bien exécutée, et surtout des portions volontairement « grosses » (d’où le nom).
Leurs slogans sont d’ailleurs :« Plat buit, panxa plena » (« assiette vide, ventre plein »). On trouvera d’ailleurs très amusant ces photos sur les menus représentant des personnes avec un certain embonpoint. Ou encore « El tamaño importa. Las ganas, más. » (La taille a de l'importance. L'envie, encore plus), inspiré par l'esthétique de la Barcelone de 1992.
L’idée principale est de proposer une cuisine de qualité mais sans complications, dans un esprit de repas à partager, avec une forte culture du produit de la mer héritée du parcours de poissonnier de Jordi Millán et bien entendu tous les classiques de la cuisine espagnole. Je dis bien espagnole car russa, croquetas, bravas et plus encore sont des mets de la péninsule ibérique.
C’est d’ailleurs Jordi qui sera à l’accueil et qui vous placera à votre table.
Cette salle de restaurant est assez spectaculaire dans son architecture qui respecte un style méditerranéen contemporain avec des couleurs franches, un esprit de bar de quartier modernisé et une valorisation du produit et du comptoir.
Un côté rétro-moderniste / années 70 revisitées avec du terrazzo très présent, des formes arrondies, des carrelages vernissés type zellige avec un mélange d'inox et de bois.
Un peu de "nouvelle taverne espagnole" avec une atmosphère vivante, une exposition des bouteilles et la décoration liée à la cuisine et aux produits.
On retrouve les codes des bars et restaurants populaires espagnols ou une néo bodega barcelonaise avec un comptoir central très présent est sa devanture de crustacés, une cuisine ouverte, des tabourets rouges, des bouteilles exposées, des affiches de plats au-dessus du bar et des produits mis en scène de façon directe.
L'espace est conçu pour générer de l'énergie et de la convivialité dans un modernisme méditerranéen retro. Cela évoque les cafés, hôtels et restaurants méditerranéens des années 1960-1980 réinterprétés avec des finitions contemporaines avec peut-être une Influence "Memphis" très légère.
Sur la carte donc des plats de tous les jours sauf peut-être ce salpicon de poulpe qui est une préparation froide à base de poulpe (pieuvre) cuit puis coupé en petits dés ou morceaux, mélangé avec une garniture également détaillée en petits cubes. Souvent assaisonné d'une vinaigrette ou d'une sauce légère comme ici. On y trouve le poulpe cuit et tendre, des poivrons rouges, de l'oignon, de l'huile d'olive, du vinaigre et de la ciboulette. C'est une spécialité fréquente en Espagne et au Portugal. En Andalousie, le salpicón de pulpo est souvent servi comme tapa, très frais, avec une vinaigrette relevée. Il rappelle un peu une salade de fruits de mer, mais avec une découpe plus régulière et une place centrale donnée au poulpe. On pourrait simplement le décrire comme une salade froide de poulpe en brunoise, assaisonnée à l'huile d'olive et au vinaigre.
Bien sur les les bravas Gros. Eh bien tout le monde en fait…mais la plupart du temps elles ne sont tout simplement pas terribles servies avec des sauces industrielles ou plus que quelconques, sans saveurs. Pour une rare fois, elles sont particulièrement très bonnes et pour plusieurs raisons. La pomme de terre est de qualité, farineuse au centre et croustillante a l’extérieur. Et les sauces sont bonnes, spécialement la « rouge » car conçue avec de piment niora, ñora (ou nyora en catalan) qui sont de petits piments rouges ronds cultivés principalement dans le sud-est de l’Espagne, notamment autour de Murcie et d’Alicante. On les utilise presque toujours séchés, pas frais. Une fois réhydratée, leur chair apporte une saveur douce et fruitée, des notes légèrement fumées, un goût de tomate séchée et de poivron rouge et très peu de piquant. La ñora est un ingrédient fondamental de nombreuses recettes méditerranéennes espagnole et parfait pour une sauce a Bravas.
Un tartare de filet de bœuf parfaitement assaisonné, pas trop gras, servi entre deux tranches de pain Carasau, un pain traditionnel de Sardaigne, extrêmement fin, sec et croustillant. On l'appelle parfois carta da musica ("papier à musique") parce que ses feuilles sont si fines qu'elles rappellent des partitions. Quelques pointes de mayonnaise et sauce complémentaire sur le côté.
La salade russe « bien faite ». La aussi…on en voit également partout…Une large portion comme le propose l’établissement, elle est bien équilibrée sans trop de mayonnaise, ce qui est moins écœurant et bien entendu plus léger.
La croquette aux crevettes et ail plutôt bien faites mais assez classique.
Les calamars à l’Andalouse et aïoli citronné sont bien faits mais je préfère une couche plus fine de panure, juste fariné et passés à la friture.
Une bouteille de Valdeorras Val DO Galir 2023 Entoma Mencia. On est plus proche d'un Cru du Beaujolais, d'un Pinot Noir nerveux ou d'un Mencía de Ribeira Sacra que d'un rouge espagnol puissant type Ribera del Duero. Le style privilégie la fraîcheur, le fruit et la minéralité. Des touches fruitées, balsamiques et minérales avec une texture soyeuse.
L’adresse parfaite pour un repas informel entre amis pour partager les incontournables assiettes de tous les jours, sans surprise, a part celle de trouver des plats généreux, bien exécutés dans un cadre assez inattendu et parfaitement réussi. Comme quoi il existe des endroits où l’on peut très bien manger et être amusant, sans aucune autre prétention.
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