mercredi 4 juillet 2018

Lluritu, Barcelone


Comme le disent les anglo-saxons, voici le « hidden gem », l’adresse que l’on préférerait ne pas trop divulguer et qui se trouve être une perle rare. Celles et ceux qui connaissent bien Barcelone savent que de trouver un établissement de fruits de mer de qualité n’est pas si simple que cela. Certes on voit des étals dans les marchés, des tables qui proposent ce type de produit mais souvent on peu douter de la réelle qualité, fraicheur et même suspecter du congelé. Bien entendu il existe des établissements grandement réputés mais les prix sont souvent assez stratosphériques.


Eh bien voici « Lluritu » qui n’a surement rien à envier à ces établissements luxueux et chers mais qui a évidemment ses particularités. En haut de Gracia, aussi loin de la mer que possible… eh bien c’est comme si on s’y croyait, la vue en moins. Une rue étroite à sens unique, Une entrée devant laquelle on pourrait passer sans même s’apercevoir qu’il s’agit d’un restaurant.


L’intérieur est assez particulier car à prime abord on se demande s’il s’agit d’un restaurant, d’une cantine, d’un magasin de poissons ou d’un bar. En fait c’est un peu tout à la fois et se trouve être un lieu très contemporain dans un style assez neutre et un peu froid. De la faïence blanche, des carreaux traditionnels sur le sol, un bar en marbre avec toujours ces carreaux blancs carrés fonctionnels derrière celui-ci. Une sensation d’utilitaire, comme si le personnel, pourrait arroser tous les murs et les tables au jet après le service si nécessaire. En fait ce qui rend l’endroit très convivial, c’est la foule, l’ambiance, le côté complètement inattendu du lieu. Réservation indispensable au risque d’attendre longtemps, très longtemps…


Ce qui est aussi assez particulier c’est de trouver ce menu affiché un peu comme dans un « diner » américain. Une « planche murale » illuminée avec la listes des produits et leur prix. Pas de plats mais juste le nom du produit, des fruits de mer ainsi que les quelques tapas pour accompagner un apéritif. Ce panneau a presque quelque chose d’un peu irréel.


Mais cela n’est pas tout… La cuisine, si on peut appeler cela ainsi…Je ne sais pas s’il y a 4 mètres carrés en tout ! On dirait un guichet comme dans une gare,  voir un salon pour fumeurs.. ! Mais rassurez-vous, cela suit, l’unique cuisinier est à son affaire et cette « cuisine » est parfaitement structurée. En fait la majorité des plats sont faits à la seconde et de plus à la plancha. Donc finalement pas besoin de grand-chose à part « le produit ». Pile d’assiettes sur un minuscule comptoir, la plancha, la hotte aspirante et voila. Un chiringuito en pleine ville ! Un aide pour le dressage des assiettes.




Au fond, quelques tables dans un espace assez contigu, table de marbre, lumières industrielles, bruit, ambiance comme on les aime et exclusivement locale. Les serveurs sont étonnements habillés de manière plutôt classique avec ces jaquettes blanches d’antan.



La carte, si on peut appeler carte…est plutôt comme l’on peut s’y attendre, une liste des produits de la mer disponibles. Une liste un peu comme un tableau Excel avec, le nom, le type de préparation (Froid-Grill-Carpaccio-Sauté-Braise), les ingrédients utilisés, l’origine du produit, le prix d’une portion ou demi-portion. Une approche singulière mais tout à fait appropriée, car ici c’est le produit avant tout ! Et après lecture, on s’aperçoit qu’il y a en plus des plats originaux.


Par exemple, cette fantastique salade d’anguille fumée accompagnée de tomates, de sel, poivre et huile. Anguilles du Delta de l’Ebre, finement hachée, déposée sur une couronne de tomates en découpées et petits dés, huile d’olive de qualité, assaisonnement parfait. L’association du fumé avec le fruit est prodigieuse.


Le pain a la tomate est lui aussi très bon, tomate frotté légèrement, huile d’olive et un peu de sel.


D’excellentes zamburina grillées, bacon ibérique, oignon et huile, pêchées à Vigo en Galice. Sorte de petite Saint-Jacques ou plutôt pétoncles. Rapidement saisie à la plancha donc encore moelleuses.


Des coques à la plancha, toujours de Galice et d’une parfaite fraicheur, d’une belle taille et surtout charnues.


De la seiche grillée, ail et persil, de méditerranée. Tendre, on appréciera à nouveau le goût un peu de braise et la tendreté du produit. Accompagné de pois mangetout.


Une très belle découverte avec le poulpe séché, braise, huile et poivre, de Denia. Poulpe au style traditionnel : séché au soleil et puis grillé avec de l’huile d’olive et du sel. Cela a une texture un peu différente, plus boisée et au goût plus puissant.



Les couteaux ici sont très charnus et avec une saveur nettement plus suave que d’autres couteaux. Un petit côté un peu sucré en bouche. Juste cuit à la plancha avec un peu de sel.


Choix de vin simple et limité mais ce sera sur recommendation du serveur, un Vora La Mar Barcelona, cépage Xarelo, notes florales et citriques, une pointe salée. Parfait pour ce type de repas.


Il est peu probable que cette carte soit improvisée malgré ce qu’indique un petit texte sur le menu : « marisqueria insouciante ou décontractée… ». Comme je l’ai déjà mentionné, une offre simple mais fantastique : des produits qui viennent directement de l’océan ou de la mer, la plupart du temps des petites choses dans les coquilles, cuisinés soit à la plancha (grill plat) ou à la braise (grill), sel et huile d'olive et voila. Des assiettes blanches et épaisse avec le seul nom de LLURITU en rouge vif imprimé sur le bord. Le plus incroyable restaurant de fruits de mer….en pleine ville…


mardi 3 juillet 2018

Bar Bodega Quimet, Barcelone


Un des bars les plus authentiques, vestige d'une époque révolue, le « Bar Bodega Quimet » est un bar délicieusement atmosphérique, avec de vieilles bouteilles qui sont exposées sur les murs, des tables de marbre, pieds en fer forgé et un bar en bois bruni. Un bar de « tous les jours » comme l’on dit ici.


Ouvert dans les années 1950 par la famille Quimet, cette bodega n’a rien avoir avec l’autre, ultra-touristique dans Poble Sec et qui porte le même nom. Un lieu transmis de père en fils jusqu'en 2010, date à laquelle Quimet (le plus jeune) a pris sa retraite et l’adresse fût vendue aux frères Carlos et David Montero qui n’ont strictement rien changé à l’endroit, continue à servir les mêmes boissons et tapas.



Tables en bois usées, sols traditionnel hydraulique qui a vu les années passer, murs garnis de plusieurs grands tonneaux en bois rustique, tous avec leur contenu écrit à la craie : sherry, porto, moscatel et bien entendu du vermouth.




Ici, ce qui frappe le plus, c'est la décoration du lieu puisque, à l'intérieur, vous trouverez des bottes en bois suspendues ainsi que de vieilles affiches publicitaires qui lui confèrent une touche vintage et très authentique.



Clientèle de tous les âges qui vient à tout moment « faire le vermouth » ou prendre du vin la plupart d'entre eux provenant de petits vignobles locaux personnellement connus par les frères Montero ou de la bière, certaines mêmes étant artisanales. Beaucoup d’habitués qui viennent ici depuis longtemps.



La liste des tapas et des fruits de mer est assez complète, une spécialité de la maison étant d'énormes tranches de pain blanc grillé nappées de charcuterie, d'anchois frais et de sardines. Autres mets comme des pois chiches aux épinards, salade russe, gaspacho et bien d’autres mets.



Comme nous sommes également dans un magasin de vin, vous pourrez sélectionner vos bouteilles qui sont parfaitement rangées avec les prix à l’emporter et à la consommation sur place.


On trouvera plusieurs variétés d'olives, des conserves telles que anchois, sardines, thon, coques, des saucissons, des coeurs d'artichauts, des piquillo et de sardines sur brochettes de bois, des anchois au vinaigre ou salé de Cantabrie. Aussi des salades de fruits de mer et autres légumes marinés.




Ce « Bar Bodega Quimet » a toujours été une entreprise familiale et cela n'a certainement pas changé avec les nouveaux propriétaires. Un superbe endroit idéal pour déguster des vins, un vermouth ou une bière avec des tapas. Et probablement l’une des bodegas les plus authentiques en ville.

lundi 2 juillet 2018

La Gormanda, Barcelone


La cuisine de femme est sommes toute, quelque chose d’assez rare dans la restauration avec peu d’établissements. Ici à Barcelone, la cheffe Carlota Claver est responsable des cuisines de trois établissements, celles de « Carlota », d’ « Alba Granados «  et de « La Gormanda ». Un parcours qui commence dans sa famille avec sa grand-mère et sa mère, suivi d’une formation à l'école Hofmann et dans plusieurs restaurants et par la suite reprend les établissements familiaux. 

Situé dans la rue Aribau, en fait au coin avec une autre rue, l’endroit était à l’origine une épicerie. Un espace plutôt original car réparti sur plusieurs niveaux, qui ont parfaitement été mis en valeur.


Un intérieur assez élégant et original. Du bois, du métal, de la brique, un sol en béton, un côté un peu scandinave pour ces trois niveaux. C’est d’ailleurs surement la première fois que l’on peut manger avec une vue sur la cuisine mais pas d’une manière traditionnelle puisque nous sommes au niveau de la rue et que cette cuisine se trouve à l’étage inférieur. 



Une autre particularité des tables est celle à côté de la cuisine, une table ronde pour environ 8 personnes où l’on pourra observer et apprécier le va-et-vient des cuisiniers.




Dans la petite salle du niveau rue, une très belle œuvre en porcelaine, une gigantesque assiette reconstituée avec des morceaux d’assiettes cassées.  Au plafond un feuillage sec pour amener une touche végétale.



Au niveau supérieur, une autre petite salle en longueur, confortable, plus classique. Il faut reconnaitre que les espaces ont vraiment très bien été pensés.


Au menu, pas seulement des tapas normaux mais des petits plats originaux et très abordables, plutôt dans un style de cuisine contemporaine et un peu à la mode en Catalogne avec souvent une utilisation de produits asiatiques, principalement du Japon. Mais aussi des plats Catalans qui selon moi sont incontournables car c’est ce que demande la clientèle. On trouvera des classiques par leurs noms mais chaque plat est revisité avec une touche personnelle. Une base de cuisine catalane traditionnelle, mais ouverte aux recettes d'autres pays, au métissage ou aux techniques d'avant-garde. Par exemple d’excellents piments piparas sautés avec une base de sauce soja et autres épices. On remarque que la vaisselle est aussi très belle, probablement confectionnée par des céramistes.


Nous avons mangé un très savoureux Ajo Blanco, soupe d’amande et à l’ail avec de l’anguille Kabayaki. Plat que l’on trouve de plus en plus cette association de soupe crémeuse et délicate d’Andalousie, servie assez souvent avec par exemple de la sardine ou du maquereau, mais ici cette anguille est spéciale.  La manière la plus populaire de savourer l’anguille aujourd’hui au Japon, c’est de griller ses filets sur la braise en les couvrant d’une sauce sucrée-salée à base de mirin, de sauce soja et des arêtes de la bête. La technique est appelée kabayaki et existe au moins depuis l’époque de Muromachi (1336 – 1573). C’est donc ce que l’on trouve dans cette délicieuse soupe et qui donne une touche un peu caramélisée au tout.   


Une bomba mais non pas classique mais avec du poulpe, crème rocoto et aïoli à l’ail noir. Une belle texture et beaucoup de saveur. La crème est l'un des condiments les plus populaires du Pérou. Cette crème Rocoto est composée de mayonnaise, d'ail, de crème, de citron vert et de poivrons rocoto. Cette sauce au poivron rouge est délicieuse sur les pommes de terre et le poulet ou comme trempette pour les plantains, les calmars, les frites ou les chicharrones. Donc parfait avec la bomba, sans oublier l’aïoli.



Plus traditionnel, les artichauts de El Prat avec des clams « Japoniques », sorte de palourdes grises de quelques centimètres de diamètre, dans un bouillon style marinière avec des tronçons de légumes.


Un morceau de merlu grillé, chou, pois chiches, pommes de terre et boudin. Un « mer et terre » comme on apprécie souvent en Catalogne, le poisson parfaitement cuit, les accompagnements rappellent évidement les recettes comme les tripes puisque l’on utilise souvent pois-chiches et charcuterie. Gourmand et délicat.


Un sympathique dessert pour terminer, avec un « Recuit de drap » avec une confiture d’huile d’olive et du miel croustillant. Fromage blanc égoutté dans un drap, accompagné de cette confiture assez subtile en bouche et d’un biscuit au miel émietté.


Une bouteille d’excellent Montsant Vinya Cucut 2014 de chez Franck Massard. De jolis tannins, un côté un peu épicé, absolument parfait avec ce repas.


Une très belle adresse dans l’Eixample avec une cuisine soignée, inventive mais sans sombrer dans le cliché fusion, des produits de qualité comme fruits de mer et poissons, des cuissons précises et tout cela dans un très beau cadre et une architecture originale.

dimanche 1 juillet 2018

Bun Bo Raval, Barcelone


A la découverte des tables asiatiques de Barcelone, me voici aujourd’hui dans mon premier Vietnamien. De manière globale, les restaurants de ces divers pays d’Asie sont de manière générale assez décevants lorsque l’on a besoin d’ingrédients très spécifiques comme par example des herbes et justement, la cuisine vietnamienne est celle à mon sens qui en utilise le plus ! A ce jour, je n’ai jamais vu d’épiceries qui vendent autre chose que de la menthe et de la coriandre… De plus celles et ceux qui auront voyagés dans ces pays ou connaissent le niveau de certaines tables dans d’autres grandes villes européennes, auront un jugement bien différent.


J’ai entendu dire que la cuisine vietnamienne est une de celle qui est à l’honneur ces dernières années à Barcelone en raison de l’émigration massive qui a eu lieu du Vietnam dans les années 70, mais ceci reste à confirmer. Une autre particularité de cette cuisine est que leurs ingrédients sont toujours frais, peu salés et avec peu d’huile,  rendant cette nourriture  très saine. En outre, bien que cette cuisine soit liée aux traditions culinaires de la Chine, la Thaïlande et le Cambodge, la gastronomie Vietnamienne a sa propre identité, avec une influence Française et des ingrédients exotiques d’un climat subtropical. Maintenant pour clarifier, il y a deux « Bun Bo Vietnam », le premier dans le quartier gothique s’appelle bien de cette manière et le second dans le quartier du Raval s’appelle « Bun Bo Raval » mais ce qui peut troubler, c’est que l’enseigne indique également « Bun Bo Vietnam ». Bref….c’est la version dans le Raval…voila. Juste à côté du musée MACBA et de la Plaça del Angels (un lieu de prédilection pour les skateurs, les étudiants et les bohémiens), la Carrer dels Angels a longtemps attiré les hipsters affamés dans les bars à tapas et les restaurants ethniques.


Un décor intérieur très coloré, avec une entrée sur le bar. Lampions, lanternes de toutes les teintes, murs verts, sièges bleus, comptoir, jaune, c’est assez disparate mais cela fonctionne très bien, c’est même très réussi.


Au fond, une salle avec un certain nombre de tables plus dans un genre fast food que restaurant, probablement le type d’établissement axé sur des repas rapides qu’autre chose. Murs décorés de masques et de petites représentations de bouddhas, rideaux muraux représentant des scènes asiatiques avec des oiseaux.





A première lecture de la carte, le choix n’est pas grand mais on trouve quelques classiques, du moins en ce qui concerne les noms des plats.  Par exemple des feuilles de laitues que l’on confectionne soi-même en les remplissant d’un mélange de viande hachée de porc, au gingembre, piment, échalotes, le tout servi avec du nuoc cham, sauce de poisson vietnamienne.


Le hachis est assez bon, bien assaisonné mais manque d’herbes à l’intérieur comme coriandre et menthe.


On confectionne donc ses petits rouleaux que l’on tempe dans la sauce de poisson.


Un banh Xéo, sorte de crêpe de riz farcie dans laquelle se trouve un mélange de crevettes, de porc, de pousses de soja et d’oignons. Littéralement, « gateau grésillant », nommé pour le son fort grésillant qui fait quand la pâte de riz est versée dans la poêle chaude. Donc, une crêpe frite salée vietnamienne faite de farine de riz, eau, poudre de curcuma. Ce n’est pas mal réussi même si la crêpe manque singulièrement de croustillant, ce qui est tout de même la caractéristique principale du plat. La farce est trop semblable au premier plat, mais cela reste tout à fait correct.


Un Pho ga, qui est un bouillon de poulet avec des nouilles de riz plates dans lequel l’on ajoute des pousses de soja, de l’oignon vert, de la coriandre, du piment frais, du citron vert et de la menthe. Le bouillon est bien fait, les saveurs sont bonnes, on aurait apprécié du basilic thaï/viet mais je n’en ai jamais vu ici.




Une adresse avec un très agréable décor, des plats assez corrects, bien qu'à mon goût, cela reste loin d'être un authentique restaurant vietnamien, le menu du jour en vaut la peine et c’est un bon endroit pour un repas rapide avec un très bon rapport qualité / prix.