lundi 8 janvier 2018

Casa Calvet, Barcelone


Lorsque l’on décide d’avoir un repas du réveillon de Noël au restaurant, ce n’est pas toujours très évident et bien entendu assez personnel. Pour ce repas, j’apprécie un lieu plutôt classique avec un décor qui me rappellera cette fête, une table avec nappes blanches, un décor soigné et une ambiance plutôt feutrée. Quelques critères vraiment pas évidents à Barcelone car la plupart des établissements sont assez contemporains, les grandes tables se trouvent la plupart du temps dans des hôtels avec plus ou moins toujours la même décoration stérile et moderne et pour finir certains établissements profitent de l’occasion pour pratiquer des tarifs vraiment indécents.  Si vous me demandez « où aller » pour une telle soirée…Je serais assez embarrassé si vous aviez les mêmes critères que moi. Pour ces raisons, cette année je me suis dis qu’un repas à la « Casa Calvet » se rapprocherait le plus de mes attentes.


Adresse incontournable pour les amateurs d’architecture et d’histoire, la « Casa Calvet » fût conçue par Antoni Gaudi en 1899 pour le Père Calvet, fabricant de textile. Immeuble de quatre étage et chef d’œuvre du Modernisme catalan. Propriété privée qui ne se visite pas, c’est au rez-de-chaussée que se trouve donc ce restaurant simplement appelé « Casa Calvet ».

Une très belle porte d’entrée un peu en retrait de la rue et qui immédiatement vous plonge dans l’univers de l’architecte catalan avec ses vitraux représentant des feuilles et des fruits, avec la date de construction du bâtiment.


Une réception qui se trouve plutôt être un coin de bureau avec un ancien livre ouvert ou serait inscrite votre réservation. Une impression de se trouver dans le bureau d’un appartement privé avec cette collection de livres alignées, cette ancienne horloge et cet ancien miroir.


Réception qui se prolonge par un couloir vous amenant dans la salle principale de l’établissement. Sur la droite deux salles privatives pour réunions de familles ou simplement des groupes. Salles simplement séparées par de belles parois boisées ciselées et vitrées. Au sol, des tapis, sur les murs de faience blancs, des lumières de style art-nouveau.





La spacieuse et confortable salle principale est comme l’on pourrait de l’imaginer offre une ambiance chaleureuse, un espace soigné et légèrement pompeux. Il s’agit des anciens bureaux de comptables et du conseil d'administration qui ont été convertis en salles à manger, où le goût et l'élégance est préservée pour le plus grand plaisir des clients.  Grande baie de vitraux, plafond de style typique catalan de l’époque, tables nappées, chaises recouvertes de velours rouge, tapis persans au sol sur un parquet, le lieu est idéal pour un moment tel que ce soir.






Dans un des coins, une autre salle privative mais de taille légèrement réduite. Murs de faience blanche, photos noir et blanc du passé, anciennes affiches, un magnifique endroit.


En cuisine le chef Miguel Alija qui propose une cuisine méditerranéenne classique avec une pointe de créativité. Il faut mentionner que pour ce repas du réveillon de Noël, aucun menu n’est imposé, ce qui est malheureusement souvent le cas ailleurs mais que le client peut soit diner à la carte soit choisir l’un des menus qui sont adapté à la saison. Menus d’ailleurs sagement tarifés pour une telle soirée et surtout un tel endroit puisque celui de ce soir est à 63 euros, service de pain, eau et café inclut. Un ensemble de plats à première vue assez classiques, tendance un peu bourgeoise et française.

Pour commencer une coupe de Cava Rosé de la maison Raventos i Blanc en 2015, Cava souvent servi dans les bonnes maisons et toujours très agréable.


Petit amuse-bouche un peu quelconque pour démarrer avec un cube de saumon type gravlax, un fromage battu à l’aneth, une crème d’asperge autour.


Une salade comme entrée avec de la mangue, framboise, accompagnée de coquilles Saint-Jacques, vinaigrette à la cardamome. Joliment présenté, pas franchement mon style, des Saint-Jacques minuscules trop cuites, mais cela reste tout à fait correcte.



Changement complet de registre avec un surprenant ravioli d’huitre au Cava, poireau et pommes, bouillon de petites seiches. Un plat vraiment mémorable, gourmand et original. La pâte est fine, l’huitre à l’intérieur est charnue et parfaitement cuite. On appréciera le côté un peu doux de la pomme associée à la saveur du poireau un peu caramélisé et pour compléter cette délicieuse sauce à base d’encre qui met bien en valeur le tout. Pour moi, l’assiette de la soirée.


Belle assiette plus classique avec un filet de sole et scampi dans une sauce au fenouil sur un lit de légumes vinaigrés. Plat méditerranéen dans son apparence, coloré, un poisson bien cuit, des légumes eux aussi à la cuisson maitrisée et une petite sauce avec une pointe de vinaigre.


Met principal avec un rack d’agneau de Burgos avec une croute de champignons, focaccia aux asperges vertes et parmesan. La viande est de qualité, la cuisson précise, la croute bien parfumée de champignons, une petite galette de pain avec quelques tronçons d’asperges et un très bon fond de sauce. Assiette convaincante et bien dressée.


Un peu moins emballé par le dessert qui est un lingot de chocolat accompagné d’une glace au Baileys. Beaucoup trop riche, compacte et écoeurant.


Comme vin rouge un Nita Priorat 2015 Meritxell Palleja, vin équilibré et puissant qui accompagnera parfaitement l’agneau.


Une très belle prestation pour une soirée de Noël, un lieu évidemment de toute beauté et une cuisine tout à fait adaptée à l’endroit, la circonstance. Assiettes maitrisées, dressages agréables, certains produits furent de qualité comme poissons, viande et légume. Un public plutôt assez varié et non pas que touristique mais aussi une génération de personnes locales qui apprécient le côté un peu solennel de l’établissement.

samedi 6 janvier 2018

La Panxa del Bisbe, Barcelone


Quelle belle découverte que cette table peut-être un peu confidentielle est assurément peu connue des touristes, ce qui n’est pas plus mal. Peu connue à ce jour car ni dans des guides et encore moins citée par les réseaux épicuriens. Toujours donc difficile de se dire s’il faut dévoiler ou non ses petits secrets… « La Panxa Del Bisbe » ne se trouve même pas dans la partie très commerçante du quartier de Gracia mais plutôt sur le haut non loin des Jardins de Menéndez y Pelayo.  A priori l’on pourrait s’imaginer qu’il y ait une relation avec un certain côté ecclésiastique puisque la traduction littérale est « le ventre de l’évêque » mais j’apprends qu’il s’agit en fait de l’un des sommets de la montagne sacrée qu’est Montserrat, car sa forme évoque une tête avec un ventre proéminant. En fait, le chef Xavier Codina est un passionné d’escalade, ce qui explique pourquoi le restaurant a été ainsi nommé.


Pas forcement une nouvelle table puisque celle-ci fût ouverte en 2007 par ce chef qui au préalable travailla chez « Santa Maria » dans le quartier du Born et l’étoilé « Las Petxinas », tout deux maintenant fermés. On trouve aujourd’hui dans cet établissement, une cuisine catalane inventive, des petites assiettes que l’on se partage comme d’ailleurs dans beaucoup d’endroits mais ici avec une touche additionnelle, une « étincelle » !




Murs de briques dans la salle d’entrée, un intérieur lumineux, un comptoir et une salle plus intime dans le fond. Il semblerait qu’il y ait un patio pour l’été. Mobilier contemporain, service jeune, tout pour passer une plaisante soirée dans un environnement décontracté.



Depuis la salle du fond vous pourrez apprécier la cuisine avec son ouverture et observer le chef Xavier Codina et sa brigade.



Table en bois brut, chaises métalliques, une décoration de bon goût et dans les tons actuels.


Une carte avec une belle série de tapas ou plutôt d’assiettes à se partager avec des intitulés comme dans peu d’endroits. On pourrait a priori s’imaginer qu’il s’agit d’une cuisine un peu fusion mais on réalise bien vite que ce n’est pas tout à fait le cas car les ingrédients « d’ailleurs » sont utilisées intelligemment, sans excès, sans transformer les plats en quelque chose de moitié espagnol, moitié je ne sais quoi… Un vrai exploit.  Des plats qui utilisent évidemment des produits de saison.

Par exemple les couteaux aux fruits de la passion, poivre noir et coriandre. D’une qualité irréprochable, cuits à la seconde, avec cette touche un peu fruitée et acidulée complétée par la discrète saveur de l’herbe.


Ou alors cet étonnant plat d’anémones de mer frites avec des artichauts, crevettes et sauce romesco. Je raffole de ces anémones que d’ailleurs j’ai découvert ici à Barcelone et qui je vous rassure n’ont rien de gluant ou de spongieux mais très délicates en bouche avec une légère et fine odeur marines. Elles ont jusqu’à aujourd’hui toujours été servies frites mais ici accompagnées avec quelques éléments bien catalans comme de fins morceaux d’artichauts eux aussi délicatement frits, de ces crevettes de qualité et de cette sauce que je ne présente plus. Nous restons dans presque du classique mais avec la petite touche inattendue.


Nous changeons un peu de registre avec un plat plus léger que sont ces gnocchis à la betterave, chou romain et œuf poché. Une jolie assiette bien colorée avec un agréable jeu de textures entre moelleux et croustillant, on remarquera que les légumes sont parfaitement cuits et la présence de jeunes carottes.  Le gnocchi est comme il se doit car vraiment moelleux, le fond de sauce discret et l’œuf mollet amène de la suavité à l’assiette.


Encore une très belle surprise avec ce poulpe à la papaye, crème de pommes de terre et piment jalapenos. Jamais je n’aurais pensé imaginer associer ce fruit a ce produit ; la papaye gouteuse est travaillée de manière salée, la crème est onctueuse et probablement bien montée au beurre, l’ajout de ce piment d’Amérique centrale une excellente idée. Assiette bien gourmande et différente préparations de poulpes à la galicienne ou associés a de la pomme de terre.


Ce qui nous étonnera le plus et se trouvera être le plus jubilatoire, c’est ce cochon de lait avec une sauce au kimchi, fruits secs et glace à la mandarine. Le porc fond en bouche, la sauce est étonnement équilibrée et ne met pas trop en avance le côté acide des légumes marinés mais surtout l’ajout d’une glace, surtout à la mandarine est exceptionnel. L’association sucrée avec du porc fonctionne toujours, la saveur de la mandarine est fantastique, et le côté chaud-froid même si surprenant reste une très bonne idée.


Passage aux desserts avec un fromage « recuit », avec du miel et des fruits rouges. Un peu l’idée du « mel i mato » mais non pas avec du « mato » mais un fromage de l’Emporda qui pourrait se comparer toute proportion gardée avec la ricotta. Une mousse vanillée montée au siphon sur le dessus, le « recuit », un peu de miel liquide, quelques quartiers de fraises plutôt odoriférantes et des cerneaux de noix.


Autre dessert qui est un modèle dans son genre, le pain au chocolat en truffe, perles d’huile et sel. Je ne sais pas si ce dessert est d’origine catalane ou non mais en tout cas il se trouve dans divers endroits et toujours réalisés de manière très différente. C’est surtout la manière de travailler le chocolat qui change. Parfois en mousse ou en ganache, souvent trop riche ou trop sucré ou trop compacte. Ici...juste une perfection ! Le pain travaillé en fine lamelle toastée et croustillante, le chocolat bien noir avec une texture encore moelleuse, un petit côté moléculaire avec les billes d’huile d’olive en addition de l’huile elle-même et les pétales de sel.


Sur ce repas, un Priorat Lo Mon 2013, intense, savoureux, soyeux et très gourmand.


Si vous êtes à la recherche d’une cuisine assez différente, bien pensée sans tomber dans la facilité, préparée avec d’excellents produits, presque créative malgré ses racines locales, voila une bien belle adresse a découvrir ou re-découvrir.

jeudi 4 janvier 2018

La Rovira, Barcelone


Ce ne sont pas les bars qui manquent dans Barcelone mais celui-ci a vraiment quelque chose de différent et probablement à cause de son ambiance.  « La Rovira » dans le quartier de Gracia est un établissement à première vue assez typique depuis l’extérieur avec ses portes vitrées en bois, son enseigne d’époque de couleur noir avec des caractères dorés. De chaque côté, sur des ardoises extérieures, on vente les bières artisanales à la pression ainsi que les planches de dégustation.


Un petit intérieur avec bar et mezzanine, une ambiance des plus animée comme on les aime, mais finalement pas un lieu aussi ancien que l’on pourrait se l’imaginer car il y a une touche un peu contemporaine ou alors une rénovation assez bienfaite. Tout le charme du passé a été conservé mais un coup de peinture a dû être donné.




Un choix entre le comptoir, la petite salle sur la mezzanine où celle en contrebas, deux marches en dessous où l’on trouvera une table communautaire et deux individuelles sous un plafond plutôt bas.





Un choix de petites assiettes joliment inscrites sur des panneaux mais à ce moment nous ne sommes venus que pour prendre une bière.


Quelques objets assez amusants tels que cet ancien jukebox qui s’avère être le fameux Würlitzer fabriqué par monsieur Rudolf Würlitzer qui émigra aux Etats-Unis en 1856 à Cincinatti dans l’Ohio. Celui-ci est plutôt récent car de 1978 et se trouve être un « Niagara 2 ».


D’autres objets insolites comme tourne-disque, coffre fort et ventilateur sous l’escalier.


Soixante bières en bouteilles mais surtout leurs bières à la pression qui méritent vraiment d’être découvertes. Avec un peu de chance vous serez servi par l’une des sympathiques dames, dont une d’entre elles parlent un très bon français si vous ne parlez aucune des langues de la ville. Principalement des IPA et APA qui sont affichées.



La bière qui porte le nom de « Rovira » est excellente, une IPA maison ou plutôt une recette maison avec une bière réalisée dans une brasserie locale appelée « Guineu ».


Un très agréable bar, une superbe ambiance, de très bonnes bières, une adresse à ne pas manquer dans le coin pour prendre un verre.

mercredi 3 janvier 2018

Grasshopper, Barcelone


Il y avait quelques semaines de cela j’avais découvert le très bon « Mosquito »  avec sa série de plats asiatiques allant de la Chine au Vietnam en passant par la Corée.  Cet établissement faisant partie d’un groupe de restaurants, nous voici parti pour « Grasshopper » qui lui est plutôt spécialisé dans les Ramen et qui se trouve toujours dans le quartier du Born. Facilement reconnaissable grace à sa devanture faire de lamelles de bois, l’endroit semble à priori assez similaire à certains établissements japonais d’ailleurs. Difficile donc de passer à côté des ramen, cette soupe au nouilles japonaise qui fait fureur à peu près partout en Europe et qui consiste en des nouilles à la farine de blé que l’on plonge dans un bouillon à base de poisson ou de viande, aromatisé entre autres la sauce soja ou miso. Il y a autant de recettes que de régions et que de restaurants, autant de garnitures que de composantes pour réaliser un fabuleux bouillon. Je serai très clair, je suis loin d’être un expert en la matière et n’ai pu apprécier ces plats qu’aux Etats-Unis et en Grande Bretagne.


L’intérieur est tout à fait fidèle a ce qu’est un établissement de style japonais avec un long comptoir le long duquel l’on mange avec la cuisine derrière.  Pas de réservation, on s’installe où l’on trouve de la place et sommes assis comme on le comprend facilement l’un à côté de l’autre.





Porte-manteau sur le mur, ardoises avec les sake et bières artisanales du moment. Comme chez « Mosquito », on privilégie les petites micro brasseries locales, ce qui est grandement apprécié.


Juste devant les cuisiniers, la vaisselle pour d’autres plats que les soupes et la sempiternelle sauce sriracha qui finalement n’a pas beaucoup de sens dans ce type d’établissement.


Les ramen ici sont au nombre de quatre mais comme je l’ai déjà dit, le nombre de recettes est inimaginable. Ici ils sont réalisés avec du porc charsiu qui normalement est cantonais mariné dans une sauce sucrée-salée puis cuit au four, mais ici à la manière japonaise et qui se présente de différentes manières, sa texture étant plus ou moins ferme ou fondante. Le charsiu japonais n’est pas épicé, et il est souvent bien plus gras, un gras totalement assumé, maîtrisé et exploité pour obtenir une viande incroyablement fondante et juteuse. En plus de ce charsiu, des pousses de soja, de bambou, des œufs, des oignons frais et ce bouillon avec trois variations : viande, viande et produits de la mer et végétarien.  Les nouilles sont elles, bio.

Pour démarrer quelques très bons Gyoza qui sont des raviolis croustillants frits, certains à la viande et les autres aux légumes. A noter que ceux à la viande sont plus gouteux.


La farce à base de légumes est telle hachée finement qu’il est difficile d’identifier quoi que ce soit. Accompagnés tout deux de sauce soja.


Un premier ramen appelé Shio qui signifie « sel » mais ne signifie pas que celui-ci soit salé. Simplement que celui est réalisé avec du sel et non du soja ou du miso. Ce bouillon est un mélange d’un bouillon de viande et d’un bouillon de poisson dans de moindre quantité. Considéré comme délicat, un peu doux et avec le plus grand « umami ».  Ce qui fait une des grandes différences dans un ramen, c’est incontestablement la qualité du bouillon qui ici est assez quelconque et sans trop de saveur.


Le second, le Shoyu qui est à base de sauce soja et d’algues kombu. Le bouillon de base est à base de viande. Si on le souhaite, on peut rajouter avec un supplément quelques ingrédients, comme des œufs, du porc, du bambou, des champignons. Un peu plus parfumé mais assez commun dans les saveurs.


Des prix raisonnables, des ramen assez classiques pas forcément liés a des régions et qui m’ont semblés être un peu fades, pas franchement exceptionnels mais tout à fait corrects.