mercredi 12 février 2014

Bistrotheque, Londres



Si l’on me demandait « ou faut-il aller manger à Londres en ce moment », je répondrais immanquablement dans le quartier de Shoreditch qui est en train de devenir ou qui même est le quartier le plus créatif pour les nouvelles tables. Pas de grands restaurants classiques mais une gamme de chefs qui ont compris que la cuisine se doit d’être réalisée avec des produits de qualité qui proviennent de fermes locales ou des ingrédients bios. Des lieux souvent impressionnants et incongrus fréquentés par les « foodies » de la cité qui sont à la recherche des saveurs oubliées mais avec un niveau de sophistication très souvent impressionnant. Il n’y a qu’à se référer au Clove Club et autres Upstairs at ten Bells en attendant avec excitation la prochaine ouverture de Lyle’s fin mai, par  James Lowe ancien des « The Young Turks »,   cette équipe qui en 2010 lancèrent ce concept de « pop up dinner » repris ci et là, dont tardivement en France.

C’est donc ce soir à la « Bistrothèque » que je me dirige ce soir car l’endroit m’a tout de suite séduit en regardant leur site. Un peu à l’extérieur de Shoreditch ou je devrais dire à dix minutes à pied de toute la nouvelle animation nocturne de ce quartier, dans la partie appelée Bethnal Green.

Arrivé une fois à Wadeson Street qui est à la limite du glauque, ne paniquez pas… pas de signe de commerces, ni de restaurants… 


Quelques entrepôts, des tags sur les murs et des maisons résidentielles. Mais vous ne pourrez pas manquer d’entendre des bruits de restaurants ou alors voir des lumières sans toutefois trouver l’entrée ! En réalité vous verrez une arcade avec quelques lumières murales, puis une porte ouverte avec quelques lumières et c’est au premier que se trouve l’établissement. 


Au fond d’un couloir, puis quelques escaliers, vous voilà arrivé. 


Après un accueil des plus charmant,  vous serez assez impressionné par cet intérieur anciennement industriel avec un côté un peu spartiate comme au St John ou Clove Club. Si je devais deviner, c’est un lieu intentionnellement bien caché qui presque se mérite… J’ai d’ailleurs appris par la suite que lorsque le propriétaire ouvrit ce lieu, il n’avait pas les moyens de se payer une enseigne, maintenant que c’est le cas, il n’en a plus besoin...


 
C’est clair, j’adore ce style un peu dépouillé où l’on va à l’essentiel ; ambiance, beauté épurée du lieu, pas de fioritures sur les tables. On se sent bien immédiatement car c’est très convivial ; c’est vraiment ce que j’appelle un très bel endroit. Je me rappellerai toujours la citation de Curnonsky qui disait « On ne va pas au restaurant pour manger des rideaux. »



Un restaurant tout blanc dans un grand loft avec au centre un bar ou l’on peut démarrer la soirée et en face une cuisine ouverte. De lumières douces style lampes marines donnent au tout un très grand charme.



Installés au bar nous voici parti pour un verre de vin rouge dont j’ignore l’origine puisque je suis arrivé après l’autre convive,  mais je me suis décidé à prendre sur les recommandations de la très avenante serveuse  une bière en bouteille de l’une de ces nouvelles et exceptionnelles micro-brasseries Londoniennes. Une fabuleuse « Stout »  de chez « Old Ford ». Sur l’un des côtés de la salle,  la cuisine qui semble être bien concentrée sur la réalisation des dressages des assiettes.

 
Le responsable de salle est un personnage plutôt étrange mais dans le bon sens du terme, car il place les gens en fonction de leur style et attitudes.  Nous aurons le bonheur de nous trouver à une table de coin avec une banquette.


Question restauration comme le nom l’indique, une cuisine de bistrot plutôt française mais tout de même avec quelques clins d’œil britanniques. A première vue rien de comparable aux tables précitées car nous sommes face à une carte plutôt conventionnelle, ce qui n’est pas un problème en soi.

En entrée il y aura un tartare de loup, piment, sauce soja, gingembre. A priori il y a un côté plutôt asiatique ou japonais dans cette entrée, mais c’est plutôt bien présenté de manière contemporaine. Un produit frais, une sauce déposée en touche…C’est plutôt bon et rafraichissant.


Pour moi une assiette d’oignons frais de printemps, sauce romesco et parmesan. J’avais envie de quelque chose de léger et de frais. Ce fut plutôt bien réussi avec des oignons très fins au goût de grill, la sauce à base de poivron rouge et parmesan, également un peu de cresson. Ce n’est pas très original mais c’est très bien réalisé. 


Nous n’arrivions pas à nous décider pour le plat principal et finalement il y a eu quelques partages.. Un plat végétarien : épeautre, orge, brocoli, noisettes et stichelton, sorte de stiton au lait non pasteurisé. Un peu semblable à un risotto, voici un plat très savoureux, très gourmand.


Pour moi d’excellentes joues de porc braisées, purée de pomme de terre, betteraves caramélisées. Je m’étais imaginé un plat rustique mais c’est délicatement présenté dans des quantités raisonnables. Les joues sont fondantes, les betteraves blanches sont moelleuses, le fond de sauce est parfait. Un plat classique hautement recommandable.



Un gratin de chou-fleur à la truffe comme accompagnement traditionnellement préparé avec une sauce assez fine. Les saveurs de truffe étant plutôt difficiles à cerner.


Pour accompagner un anecdotique Rioja 2012, Bodegas Marqués de Reino. Comme nous n’avons pas pris de desserts, je me suis laissé tenter par une autre bière ; une pale ale bien fruitée de la brasserie The Kernel.


Voici un lieu qui marche avec le bouche-à-oreille et qui se trouve dans un lieu vraiment très agréable. L’endroit idéal pour une soirée entre amis où l’on vient manger une cuisine bien réalisée sans être vraiment originale. Le service est vraiment excellent, souriant, toujours prêt à vous conseiller. Les prix sont aussi vraiment très raisonnables pour Londres avec des entrés à moins de dix livres et des plats principaux inférieurs à vingt. Une très sympathique adresse.