Une adresse au long passé gastronomique
avec des chefs tous plus qualifiés les uns que les autres mais aujourd’hui c’est
de Julien Bousseau qu’il s’agit a repris en 2008 l'établissement précédemment
tenu par Christophe Dufau, qui était lui-même chef étoilé avant de partir
ouvrir les Bacchanales à Vence et qui maintenant est parti depuis quelques
années à Lézignan.
Tourrettes-sur-Loup est l'un des plus beaux
villages perchés des Alpes-Maritimes, situé entre Vence et Grasse, à une
quinzaine de kilomètres de la Méditerranée. Le village médiéval est bâti sur un
éperon rocheux et est célèbre pour ses ruelles voûtées, ses artisans et surtout
pour sa culture de la violette. Pour arriver à ce bistrot il vous faudra parquer
sur la place centrale du village puis descendre quelques minutes dans les rues
pittoresques avant d’arriver au restaurant.
Une ruelle avec deux tables, sur la gauche,
des murs en pierres apparentes, une cave à vins donc on peut se douter de
trouver quelques magnifiques flacons.
La carte sur une ardoise est vraiment
originale. Centrée sur les produits elle propose chacun de ceux-ci avec une
entrée et un plat principal. Donc vous choisirez dans ce menu ou plutôt formule
car l’on peut prendre deux ou trois plats de manière très libre. Un menu
complet ou formule complète étant entrée, plat principal et dessert. Les
produits de ce soir étant, les tomates de Tourrettes, le poulpe, le bœuf familial
de race parthenaise.
A l’intérieur une belle salle à manger, confortable,
avec au fond la cuisine un peu cachée à côté du comptoir.
Mais la surprise c’est de se retrouver sur
une autre terrasse à quelques mètres du restaurant dans la rue qui descend et
sur la droite. Un petit patio entouré de maison avec quelques tables. Le
service se faisant de manière très efficace entre les deux lieux sans s’imaginer
qu’il faut descendre et remonter la rue !
Une porte, toise ou quatre petites marches
et quelques jolies tables colorées, tout cela à côté d’un figuier. Manger en
plein air dans de telles conditions est magnifique.
Pour revenir aux propositions de ce menu,
je décèle quelques influences sud-américaines dans certaines assiettes sans
bien entendu tomber dans une cuisine de type fusion, mais le chef Julien Bousseau en sortant
me confirme quand dans son équipe ou sa brigade, il y un chef de mémoire colombien,
ceci expliquant cela.
Quelques amuse-bouche de bienvenue en
attendant les premières assiettes, accompagné d’un excellent pain de campagne.
Une première entrée que je qualifierais d’exceptionnelle
et que j’ai même essayé de reproduire chez moi, la tarte tomate au miel et
curry, aubergine et moutarde. Une tarte estivale de type « cuisine du marché »
qu'une tarte tomate traditionnelle provençale. C'est une association assez
séduisante, avec un côté légèrement oriental apporté par le curry, sans quitter
l'univers méditerranéen. Tomates confites au four afin qu’elles perdent leur eau,
une pâte peut être style brisée avec une fine couche de purée d’aubergines et un
peu de moutarde, une sauce assez parfumée a base de miel et une pointe de
curry. C’est la douceur confite de l'aubergine, la fraîcheur acidulée de la tomate, la rondeur
du miel et la finale moutardée et épicée du curry.

Autre entrée avec un ceviche de poulpe, « leche
de tigre » au lait de coco, sauce olive et pommes paille de patates
douces. On en revient au fait que l’un des cuisiniers est sud-américain, les
ceviche sont bien entendu des plats assez à la mode, mais finalement pas si
classique que cela. L'avantage ici est que le lait de coco tempère fortement
l'acidité de la leche de tigre classique. Le résultat devient plus soyeux,
presque velouté, et souvent plus accessible à ceux qui trouvent le ceviche
traditionnel trop agressif. Une assiette contemporaine, élégante, légèrement
fusion Pérou-Asie et plus gourmande que strictement traditionnel.

En plat principal,
une pièce de bœuf aux épices, sauce œuf mollet à l’estragon, salade d’haricots
verts et champignons aux citrons confits. Le bœuf parthenaise : est une race
réputée pour sa finesse et sa tendreté, parfaitement cuit, tranché, les champignons
crus en fines lamelles, les épices amène un relief sans masquer le goût du bœuf,
une sauce riche, presque comme une gribiche ou une sauce à l'œuf coulant, avec
la fraîcheur anisée de l'estragon, les haricots apportent le côté terrien et
végétal. Un plat assez français dans sa structure, mais modernisé par les
épices et le citron confit.
Pour terminer le repas, un incroyable
fromage travaillé, la neige de brebis de la vallée d’Ossau, poire pochée au
piment d’Espelette. Un fromage au lait cru assez noble et identitaire avec des
notes de noisette, de beurre et de caramel, râpé ici sur la poire et la touche
pimentée.
Un dessert avec les figues rôties au
barbecue, jus réduit au cassis, glace yaourt myrtille et biscuits noisette. Le
barbecue apporte des notes fumées, presque résineuses et caramélisées, qui vont
très bien à la figue. Le jus réduit au cassis : apporte l'acidité, la
profondeur, la glace introduit de la fraîcheur lactique et le biscuit la texture
et les notes torréfiées qui rappellent à la fois le barbecue et le caractère
fruité de la figue.
Le sommelier nous a proposé un choix absolument
magnifique avec un vin dont je me rappellerai longtemps, un Crozes-Hermitage
Domaine Les Bruyères Georges. C'est le genre de Crozes-Hermitage qui privilégie
l'équilibre et la digestibilité plutôt que la démonstration de puissance. Une
impression plus raffinée qu'extractive avec une syrah expressive mais pas lourde,
des fruits noirs et rouges mûrs, des arômes d’épices et de poivre, une très belle
fraîcheur.
Une très belle table avec une cuisine « maison »
contemporaine, inventive locale, bio maîtrisée, qui cherche un peu
d'originalité sur les entrées tout en restant attachée aux saisons, à de très
bons produits français pour le plat et le fromage. C'est un menu qui fût
globalement cohérent et très séduisant avec son identité culinaire. L'une des
très bonnes tables de l'arrière-pays niçois.