lundi 6 juillet 2026

Parada Torres, Barcelone

 

 

Une des grandes ouvertures de restaurants il y a peu de temps, c’est celle des frères Torrès dans le marché de Santa Catarina. Un marché réputé pour son toit coloré en forme de vague et ses stands de nourriture variés. Plutôt une bonne nouvelle car rares sont les bonnes tables de ce quartier.


Ouvert en mai 2026, c’est un espace gastronomique créé par les Hermanos Torres, chefs 3 étoiles Michelin, qui ont ouvert un comptoir directement dans le marché Santa Caterina. Le nom vient du concept Parada qui est  un stand / un poste dans un marché (sens catalan très courant)., et Torres qui est le nom des deux chefs, Sergio et Javier Torres. Donc Parada Torres est tout bonnement “le stand des Torres”.


Un partenariat avec le Grup Pantea (qui possède Público, Can Fisher et Superlocal).


En réalité cet espace n’est pas complètement dans le marché mais attenant a celui-ci ou plutôt dans le bâtiment mais avec sa propre entrée et son entrée surveillée, ce qui est plutôt une bonne idée, empêchant les curieux d’entrer pour seulement regarder et ne pas consommer.


En fait, les fenêtres peuvent être ouvertes, et pendant les heures d’ouverture des stands, le bar s’intègre à la vie du marché. Le soir, lorsqu’il n’y a plus d’activité aux stands, elle peut être fermée et fonctionner de manière indépendante.


L’établissement spacieux de 440 mètres carrés comprend un bar central en marbre, une salle à manger pouvant accueillir environ 150 invités, ainsi qu’une terrasse extérieure.


La rénovation a été vraiment bien faite et l’agencement parfaitement dans les critères d’un étal de marché mais plutôt utilisé pour cuisiner, des tables tout autour parfaitement espacées afin de donner un peu d’intimité et comme cela pourrait être bruyant, laisser les convives s’entendre parler. Une sorte de hangar à l’entrée et ensuite cette grande salle à manger où vous serez accueilli comme dans un restaurant.

Le design intérieur rend hommage aux bars traditionnels du marché, avec des sols en terrazzo, des tables en acier et des éléments décoratifs reflétant l’héritage culinaire des frères.


Car oui, il faut le préciser, ce n’est pas qu’un simple comptoir comme dans les autres marchés avec souvent pas ou peu de service car tout se passe derrière un bar et souvent on se bagarre pour trouver un tabouret pour s’asseoir. Ici le service est de qualité comme d’ailleurs tout se qui se fait par les frères Torrès.


Possibilité de manger au bar ou alors a l’une des tables qui se trouvent le long des parois donnant sur l’extérieur ou autour de l’un des ilots.


Une belle décoration qui bien sût rappelle les étals de marchés avec des produits, des bouteilles et des conserves.


Pour les amateurs, le comptoir principal avec des jambons suspendus et la brigade dans cette grande cuisine ouverte sur la salle.


Parada Torres propose une carte qui met l’accent sur des ingrédients frais et de saison, issus directement du marché. Des plats espagnols ou catalans bien entendu classiques tels que l’esqueixada, l’escalivada, le fricandó, la salade russe, l’escalivada, les crevettes panées, les champignons à l’ail, la botifarra aux haricots, le pipito de bœuf, le rouleau au jambon, les anchois, les huîtres, les croquettes... et la crema catalana. Tous préparés avec un accent particulier sur la qualité et l’authenticité.


Une parfaite escalivada à la braise au charbon végétal. Toujours les trois piliers catalans : aubergines, poivrons rouges et oignons.


Toujours dans la perfection, les patatas bravas de la maison. Bien sur on en trouve partout mais celles-ci sont vraiment délicieuses.


Encore parfaite, l’esqueixada de morue. De la morue salée, dessalée, puis déchiquetée à la main (jamais coupée au couteau), des légumes crus, très frais, de l’huile d’olive, parfois un peu de vinaigre et des piparras.


Un grand Classique avec un succulent bar à la Donastiarra. Un morceau épais, cuit au à la plancha, puis nappé d’un refrito brûlant. De l’ail laminé doré dans l’huile d’olive, des guindilla (piment sec basque), un trait de vinaigre ou de vin blanc et un peu de persil. Le refrito est sur le poisson juste cuit, ça parfume, ça saisit légèrement la peau, ça donne ce goût typique basque. Un refrito est une “huile frite avec ail, oignon, pimentón et autres ingrédients, ajoutée en chaud sur certains plats.” Un bar ultra‑frais avec une cuisson simple, le refrito avec un trait d’acidité. Un plat pur, direct, très “Donostia”. Servi sur des pommes de terre fondantes.


Un calamar anzuelo à la plancha avec ail et persil. Ce sont des calamars pêchés à l’hameçon, c’est‑à‑dire un calamar capturé un par un, sans filet, avec un anzuelo (un crochet de pêche) . C’est un terme très courant en Espagne, surtout en Catalogne, Galice et Andalousie, pour désigner le calamar de la meilleure qualité possible.


Puis des crevettes blanches de couleur blanchâtre‑rosée, très pâle au goût doux, sucré, très fin, avec une texture délicate, moins iodée que la gamba roja. Un produit premium quand elles viennent de la lonja comme ici. Elles seront services rebozadas donc enrobées et frites. Typiquement passées dans de la farine ou un batter léger, puis frites dans l’huile chaude ce qui donne un résultat croustillant dehors, gamba fondante dedans. C’est la version espagnole des “beignets de crevettes”, mais plus fine, car la gamba blanche est très délicate.


En dessert une agréable tarte tatin avec un toffee maison sur le dessus.

Et une bonne glace vanille maison.

Une Bouteille de Rias Baixas Leiras Albarino 2023. Leiras signifie «ferme» en galicien et illustre le vignoble de Leiras Albariño dans la Valle do Salnes à Rias Baixas qui nous donne dans ce vin blanc les caractéristiques les plus authentiques de la variété Albariño. D'une couleur jaune pâle aux reflets de citron. Le nez s'exprime avec une bonne intensité des arômes de fleurs blanches, de pamplemousse, de pomme et d'épices. Il enveloppe le palais avec un bon équilibre et de la frâicheur, se terminant par une touche minérale caractéristique typique et des notes d'agrumes.

Une proposition qui s’engage à une simplicité bien comprise avec cuisine de marché avec un excellent rapport qualité-prix, des plats simples mais de qualité, et une ambiance Populaire. Incontestablement une nouvelle adresse qui est idéale dans ce quartier où l’on est sur d’avoir un repas servi avec aauthenticité dans un cadre très agréable.

mercredi 1 juillet 2026

Granja Elena, Barcelone

 

Je pense que c’est la treizième visite dans ce sanctuaire du bien-manger où on le comprend bien, vient et revient. Lorsque l’on veut faire bombance avec une cuisine Catalane de haut vol même si Borja le chef la considère comme une cuisine de quartier et de qualité, cela reste quand même de la prouesse gastronomique. Cuisine toujours bistronomique mais tout de même « un peu plus » dans certaines assiettes.


En règle générale, nous venons pour le premier service de 13 :00 où il y a un peu moins de monde para rapport a plus tard dans la journée, faut-il rappeler que l’établissement n’est ouvert que pour le petit déjeuner et déjeuner et que la semaine.

Bien sur que la carte est plutôt constante et ne change peut-être pas aussi souvent qu’ailleurs mais on apprécie toujours de manger ces plats dont Borja a le secret pour ses préparations. A noter qu’il y a souvent des plats de saison ou alors des plats hors cartes mais ce n’est pas systématique.

L’équipe en salle reste constante, une solidarité comme rarement vue dans d’autres établissements et cela explique également pourquoi Patricia la sœur du chef a été récompensée récemment comme la meilleure responsable de salle en Catalogne cette année. Om adorera l’ensemble du personnel, tous les serveurs et la délicieuse Carmen toujours prête à vous accueillir.

Ici je ne peux m’empêcher de toujours prendre pour l’apéritif un Jerez car c’est un des rares établissements en ville à avoir un tel choix. Patricia est une sommelière hors pair et toujours d’excellent conseil. Amontillado, Fino, Oloroso, si vous ne connaissez pas ces vins, laissez-vous conseiller par elle et voyager gustativement vers l’Andalousie.

Cette fois-ci c’est un verre d’Amontillado de fonda 15 de la maison Mar 7. Un vin fortifié d'exception originaire de Sanlúcar, élaboré exclusivement à partir du cépage Palomino Fino. Vieilli en moyenne 15 ans, il conjugue un élevage biologique sous voile de levures (*flor*) et une phase oxydative prolongée, donnant naissance à un vin sec, élégant et complexe titrant à 18,5 % d'alcool. Une teinte ambrées profondes ou acajou. Très intense et aromatique, révélant des notes de noisette, d'amande, d'herbes aromatiques, de bois patiné et une subtile touche de vernis. Une saveur onctueuse et équilibrée. Il offre une texture riche et enveloppante ainsi qu'une finale longue et persistante évoquant les fruits à coque.


Aujourd’hui, une nouveauté à la carte, les crevettes rouges de la côte cuites jusqu’au point de sel. Pas sur de l’emplacement de pêche mais probablement Palamos ou Dénia ou encore Garrucha. Le plus difficile c’est de savoir les préparer car ce n’est pas si simple que cela car elles méritent une préparation qui respecte leur goût ultra‑iodé et leur texture presque beurrée. Si j’ai bien compris elles sont plongées quelques instants dans une eau salée, puis dresses avec un peu d’huile d’olive. Le goût de la gamba roja est quelque chose d’assez unique en Méditerranée : profond, iodé, presque sucré, avec une intensité aromatique que très peu de crustacés possèdent. C’est pour ça qu’elle est considérée comme un produit « mythique » par les chefs espagnols.


Un verre de vin blanc avec un Verbena 2024 de la maison Cisteller qui est un vin blanc bio très exclusif issu à 100% du cépage rare Incrocio Manzoni cultivé à 450 mètres d'altitude, ce vin se distingue par son acidité vibrante, sa minéralité crayeuse et ses arômes d'agrumes.


Puis nous remangeons les incontournables de Borja comme le tartare de tomates aux Saint Jacques avec une émulsion de soja. La tomate donne l’impression d’être un peu confite, aucune trace aqueuse et comme elle a été travaillée avec de la sauce soja, on aurait presque l’impression de manger un tartare de viande ! L’association moelleuse du crustacé est absolument parfaite, comme à l’accoutumée une très belle entrée.


Puis un autre incontournable avec la salade russe mais cette fois-ci une différence car normalement c’est une salade crémeuse de pommes de terre et thon mariné dans une huile de jambon ibérique mais cette fois-ci c’est avec du foie de morue. Le foie de morue sur une salade russe, c’est une idée qui peut sembler étrange au premier abord… mais ça fonctionne étonnamment bien si c’est fait avec finesse comme ici. On est dans un registre nordique / soviétique, très “produit”, très gras, très umami. Le foie de morue est ultra‑fondant, très gras (comme un foie de poisson confit), iodé et riche en umami.  Une réinterprétation de la salade russe mais sans thon dedans, seulement pommes de terre et carottes, avec une mayonnaise bien équilibrée et ce foie ultra moelleux.


Un plat mémorable avec ces morilles farcies. Morilles fraiches qui proviennent des Pyrénées, farcies a la boutifarre de peyrol je crois, La boutifarre de Peyrol, c’est une botifarra cuite artisanale, au goût très franc de porc, avec une texture dense mais moelleuse. Elle est meilleure grillée, ou servie avec des haricots blancs, ou simplement sur pain grillé. Mais ici elle est utilisée pour farcir ces morilles qui sont ensuite arrosées d’un remarquable fond de sauce ou demi-glacé jamais gras, comme seul Borja sait les faire.


Autre nouveauté avec les excellentes boulettes de la maison. En réalité des petites boulettes de viande réalisées avec du sanglier, cuites a l’étouffée et servies également avec des morilles fraiches et le fond mentionné ci-dessus. Puis en dessous une crémeuse purée de pommes de terre.


Le vin principal est encore une incroyable trouvaille de Patricia, un Xerico 2023 qui est un vin rouge, D.O.Ca. Rioja, produit par Tentenublo Wines à Vinaspre, un hameau de Lanciego, dans la Rioja Alavesa. Un vin fluide, juteux et frais. Au nez, les arômes de fruits rouges frais ressortent avec des notes florales. En bouche, c’est intense, avec beaucoup de fruits et d’agilité. Un vin de village avec beaucoup de caractère.


Encore une remarquable assiette avec un filet de chevreuil rôti avec panais et châtaignes. Le filet est encore rosé, cuit à la perfection, la viande est tendre, fond de sauce, crème de pommes de terre et châtaignes confites,


Le choix de desserts reste semblable et mériterait d’évoluer. Cela sera cette fois-ci leur gâteau au chocolat qui reste moelleux un peu comme une grande tranche de fondant au chocolat.


A nouveau un repas réconfortant, des assiettes toujours gourmandes, des produits rares comme les crevettes rouges et les morilles, une ambiance toujours festive et l’impression que le temps s’est arrêté…